Deux suicides et deux tentatives en sept mois : une enquête ouverte sur les conditions de travail à Matignon

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après une plainte pour harcèlement moral déposée par une fonctionnaire des services du Premier ministre. Cette procédure intervient dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par deux suicides et deux tentatives de suicide survenus en l'espace de sept mois au sein des services administratifs de Matignon. En parallèle, plusieurs enquêtes internes ont également été lancées.
L'affaire, révélée par France Inter hier, lundi 3 août, a conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire pour des faits présumés de harcèlement moral. La procédure fait suite à une plainte déposée jeudi 25 juin par une agente du service de la correspondance du Premier ministre, qui affirme avoir été victime d'un harcèlement ayant conduit à une tentative de suicide en avril dernier. L'enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP).
Selon les éléments révélés par plusieurs médias, la fonctionnaire dénonce une dégradation progressive de ses conditions de travail. Elle affirme avoir été progressivement écartée de ses missions, exclue des réunions et isolée de ses collègues, jusqu'à être affectée dans un bureau en sous-sol. Son avocate évoque un processus d'exclusion ayant duré plus d'un an avant son passage à l'acte.
Cette plainte s'inscrit dans un contexte particulièrement sensible au sein des services du Premier ministre.
Depuis octobre 2025, deux fonctionnaires ont tenté de mettre fin à leurs jours et deux autres se sont suicidés. Une première tentative est survenue sur le lieu de travail à l'automne 2025. En mars 2026, deux agents appartenant à des services distincts de Matignon se sont donné la mort à quelques jours d'intervalle. L'un travaillait au Secrétariat général pour l'investissement, l'autre au Secrétariat général du gouvernement. Tous deux évoluaient, selon les informations recueillies, dans un contexte de souffrance au travail déjà identifié.
Le signalement adressé à la justice par un représentant du personnel, au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale, évoque des faits susceptibles de relever du harcèlement moral et de la mise en danger de la vie d'autrui.
Trois enquêtes internes en parallèle
Au-delà de la procédure judiciaire, Matignon a engagé trois enquêtes administratives internes.
Deux portent sur les circonstances des suicides survenus en mars 2026, tandis que la troisième concerne les accusations de harcèlement formulées par la fonctionnaire ayant déposé plainte. Une mission plus large consacrée aux risques psychosociaux et aux conditions de travail doit également être lancée afin d'évaluer le fonctionnement des services du Premier ministre.
Selon plusieurs témoignages recueillis par France Inter, la succession rapide de plusieurs Premiers ministres depuis la crise politique de 2024 aurait contribué à une instabilité importante de l'administration, avec des réorganisations fréquentes et un climat de travail particulièrement tendu. Toutefois, aucun lien de causalité n'est établi à ce stade entre ces changements institutionnels et les drames survenus.
L'affaire place les services du Premier ministre sous une pression inédite. Les investigations devront désormais déterminer si les faits dénoncés relèvent d'un harcèlement moral individuel ou révèlent des dysfonctionnements plus profonds dans l'organisation du travail au sein de Matignon.


