Des souris et des hommes

1973 :
Je ne vis pas l’instant, je me projette instinctivement dans le futur. Je suis toujours pressé et mange trop vite, j’ignore le présent, et ça m’empêche d’être heureux.
- Tu vis comme si tu devais mourir demain !
3 jours plus tard :
- Cathy… ?
- Quoi !
- J’veux une maison, rien qu’à nous, pour ne pas avoir de comptes à rendre, un endroit désert pour faire ce que l’on veut et recevoir les gens qu’on aiment, quand ça nous plaît !
- Tu devrais lire des souris et des hommes !
Le temps passe tellement vite. Après vents et marées, en 40 ans, j’ai connu des bas.
Marie me demande à brûle-pourpoint :
- Est-ce que Mick Jagger est homosexuel ?
- J’en mettrais ma main au feu !
Elle parle comme la Une du journal, abordant trois thèmes différents en même temps.
- À tout suite et sois prudent !
Chemin faisant, la place de la mairie est en effervescence à ce que je vois. À vue d’œil, y a bien 300 personnes pour applaudir le candidat 2007.
J’ai les abdos écrasés contre la barrière de protection. Les bras tendus, je saisi la main de Sarkozy pour le faire venir à moi. La chaleur et la sueur ont raison de ma capture, nos mains glissent lentement pour se séparer ensuite.
Le surhomme traverse la foule, bouche ouverte, la tête renversée, les yeux mi-clos. En lévitation, il marche sur l’eau, au bord de l’orgasme, c’est le bonheur qui le soulève.
On ne s’entend plus dans ce brouhaha, je hurle :
- La corruption ! la corrup….. !
Le sujet est tabou, la Réunion a des droits mais pas de devoirs. Les fonds publics sont comme le fruit mûr, l’argent braguette déprave les foyers.
Son discours me dit insécurité, chômage, émigration.
Le buffet est offert. Je me goinfre de petits-fours.
- Il faut que je fasse attention à ma ligne ! Fais-je, pour me faire remarquer devant ma plantureuse voisine de gourmandise.
- Bah, vous pouvez vous permettre ! Me répond-elle.
Les lèvres parfaites, les reins cambrés au bon endroit, le décolleté généreux, c’est de la belle ouvrage.
Je me dis qu’il n’y a pas que du mauvais à Droite !
2013 :
Je lis enfin des souris et des hommes…
La vie est un combat.
Gilles Bayet


