Des crocodiles et des serpents contre les migrants ? L’Inde pense à une idée choc pour sa frontière avec le Bangladesh

Face aux passages clandestins dans des zones impossibles à contrôler, New Delhi envisage une solution radicale. L’utilisation de serpents venimeux et de crocodiles comme "barrière biologique". Une piste encore à l’étude, mais qui suscite (évidemment) déjà de vives critiques.
Il y a les murs, les grillages, les miradors. Et puis, désormais, une autre image, presque irréelle. Des crocodiles tapis dans l’eau, des serpents venimeux glissant dans les hautes herbes. À la frontière entre Inde et Bangladesh, longue cicatrice de plus de 4.000 kilomètres, certains responsables sécuritaires envisagent sérieusement de laisser faire la nature, ou plutôt de s’en servir.
L’idée circule, encore à l’état d’étude, dans les couloirs de la Border Security Force. Installer, ou favoriser, la présence de crocodiles et de serpents dans les zones les plus poreuses, celles où les clôtures disparaissent au rythme des crues et des marées. Une "barrière biologique", disent les documents évoqués par plusieurs médias internationaux, dont le très sérieux The Guardian. Une manière de transformer les failles géographiques en pièges vivants.
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Car ici, la frontière n’a rien d’une ligne nette. Elle se dissout dans les eaux troubles du delta, se déplace au gré des saisons, échappe aux cartes autant qu’aux hommes. "Le projet nous permettrait de sécuriser des zones où les clôtures ne tiennent pas", glissent des sources citées dans la presse britannique. Derrière la formule, un constat brut. La technologie, les murs, les patrouilles ne suffisent pas.
Alors reste l’imaginaire. Ou l’instinct. Faire peur. Dissuader sans surveiller. Mais à quel prix ?
Une forme archaïque de contrôle ?
Car cette hypothèse, aussi spectaculaire soit-elle, inquiète jusque dans les rangs indiens. "Les défis sont nombreux", reconnaissent des responsables sécuritaires. Manière feutrée de dire que l’idée pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Qui contrôlera ces animaux ? Que se passera-t-il pour les habitants, les pêcheurs, les enfants qui vivent au bord de ces eaux déjà incertaines ?
À mesure que l’on s’éloigne des discours officiels, le projet prend des airs de symptôme. Celui d’une frontière impossible à verrouiller totalement. Celui aussi d’un durcissement politique, où la dissuasion devient spectacle. Et, à plus grande échelle encore, une telle mesure serait-elle contraire à toute morale ? A toute humanité ?
Pour l’heure, rien n’est acté. L’étude est en cours, parmi d’autres pistes. Mais l’image est là. Et paradoxalement, dans un monde saturé de technologies de surveillance, certains en viennent encore à convoquer les bêtes.
Comme si, face aux flux humains, il fallait revenir à une forme archaïque de contrôle. Une frontière vivante, imprévisible, presque sauvage...


