Démographie de l’effondrement

Or, ces chiffres ne sont que des projections de modélisation, et sont déconnectés de la réalité. Ces projections se résument ainsi : notre population devrait arriver à 9 milliards en 2050, toutes choses égales par ailleurs. Le problème est qu’au vu des frontières de notre planète déjà décrites dans un article précédent, des événements climatiques déjà en cours, des risques économiques fort élevés d’autres crises, les choses ne sont pas égales par ailleurs.
Combien serons-nous alors ? Les prédictions du Club de Rome et du MIT de 1972, révisées en 2012, nous indiquent un déclin irréversible et incontrôlé de la population humaine à partir de 2030. Ce n’est pas une prévision, il y a de nombreux aléas : inventions géniales ou sursauts humanistes d’un côté positif, guerre totale, astéroïde géant, accident nucléaire, d’un côté négatif.
L’important est de nous illustrer deux visions du monde futur : malthusienne et cornucopienne (la corne d’abondance). Ces deux imaginaires ne sont pas incompatibles, ils se succèdent dans le temps. Les animaux vivent dans un monde malthusien du fait de la chaîne alimentaire. Les humains alternent les deux visions : la phase de croissance d’une civilisation est évidemment cornucopienne, puis les limites du milieu se resserrent autour de la population, ce qui stimule l’innovation technique et repousse les premières limites physiques. Enfin la civilisation heurte les frontières (climat, ressources, complexité et absence de volonté politique), et bascule dans un monde malthusien.
La question est donc de savoir quand notre civilisation industrielle basculera, pour rejoindre le cortège des guerres, famines, et maladies. La mortalité repartirait sérieusement à la hausse, mais la natalité aussi, dans une moindre mesure, car le paradoxe est que dans un monde malthusien l’humanité fait beaucoup d’enfants. Alors que dans un monde d’abondance, la natalité chute (la fameuse transition démographique).
Le regain de natalité, au bord de l’effondrement, ne ferait qu’empirer les choses, en accélérant l’épuisement des ressources. Ces tendances sont décrites dans le rapport du Club de Rome. Et les collapsologues vont bon train pour prédire combien nous serons en 2100. Comment le considérer ? Si l’on pense que l’abondante énergie fossile a amené l’explosion démographique que nous connaissons, il est très perturbant d’imaginer un monde sans pétrole : pas d’engrais azotés par exemple (fabriqués à partir du gaz), moins d’alimentation, on devine la suite...
Enfin les allergiques à la dénatalité argueront qu’il faut d’abord diminuer l’empreinte écologique des pays riches et mieux redistribuer les richesses. Or l’impact d’une population sur son milieu est défini par I = PxAxT, où I est l’impact, P la population, A le niveau de vie, et T le niveau technique.
Ne compter que sur la réduction des deux derniers termes (réduction de la consommation et amélioration de l’efficacité technique) est loin d’être suffisant pour infléchir notre trajectoire exponentielle. D’ailleurs, nulle part dans l’Histoire de l’Humanité, nous n’y sommes jamais arrivés. Et il faut aussi tenir compte de l’effet-rebond de Jeavons (l’introduction d’une technologie plus efficace dans l’utilisation d’une ressource augmente la consommation de cette ressource) et de la consommation ostentatoire. Tout ceci sera vain si la population continue d’augmenter.
La question des limites et du franchissement des frontières démographiques est devenue gênante : préférons-nous être moins nombreux et consommer plus, ou plus nombreux et consommer moins ?
Les rares tentatives politiques de réduction de nos effectifs n’ont pas donné de très bons résultats, et aucun débat institutionnel sérieux n’est mis en place sur ce sujet. Et si nous ne pouvons envisager de décider collectivement qui va naître, et combien, pourrons-nous décider dans quelques années sereinement qui va mourir et comment ? Un avenir à la Walking Dead ?
Dr Bruno Bourgeon, président d’AID
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