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Déchets ultimes : Les Sainte-Mariens appelés au vote

Ecrit par Philippe Madubost – le mercredi 14 mai 2025 à 10H45
Les 20 ha concernés par l'ISDU comptent parmi les meilleures terres à cannes.

Pour “donner la parole” aux habitants de Sainte-Marie sur le projet d’ISDU (Installation de stockage des déchets ultimes), la mairie, opposée au projet, organise un référendum d’initiative populaire ce dimanche. Un vote qui n’aura aucune valeur juridique, prévient le président du SYDNE, Daniel Alamélou. Il met en avant “l’intérêt général” du projet. 

L’impression de revivre le même scénario que pour le projet initial, prévu à Franche-Terre, à Sainte-Suzanne. Comme à l’époque, le projet d’implantation, prévu désormais dans le secteur de Beaufonds dans les Hauts de Sainte-Marie, suscite une levée de boucliers de riverains, des élus de la commune (majorité comme opposition) et d'agriculteurs.

Seule différence, les riverains concernés au premier chef sont moins nombreux - une vingtaine d’habitations selon le SYDNE (Syndicat intercommunal de traitement des déchets du Nord et de l’Est de La Réunion) - dans ce petit quartier de Beaufonds, aux allures de hameau. Tous les riverains rencontrés hier disent leur opposition et leur crainte face à l’arrivée de l’ISDU, appelé à sortir de terre à l’horizon 2028 sur une surface d’environ 20 ha, et même 22 ha en ajoutant un futur nouveau centre de tri. Il accueillera les futurs déchets « ultimes », soit environ 70 000 tonnes par an de déchets non-dangereux et non valorisés en amont au centre d’Innovest, à Sainte-Suzanne. 

On sent les odeurs de Bel-Air à 2 km

Mais si les riverains directs sont peu nombreux, l'opposition n’en est pas moins forte. Les riverains de Beaufonds ont reçu le soutien du collectif contre l’enfouissement 974. Celui qui avait mené le combat contre le projet de Franche-Terre. Sa présidente, Mélanie Damour, place les futures zones impactées bien au-delà du seul périmètre concerné : “Il y a les maisons du Domaine Barau, mais aussi Bagatelle, Terrain Elisa, Ravine Coco, Beaumont et plus loin encore avec des vents d’Est, Les Cafés, la Convenance, à la Ravine-des-Chèvres… Nous sentons les odeurs de Bel-Air qui est pourtant situé à 2 km !”. La raison d’une pétition lancée en ligne sur le site Change.org qui avait recueilli hier un peu plus de 1 700 signatures. Des prospectus ont aussi été distribués en boîtes aux lettres et au marché forain.

La famille Barrau voit rouge

Du côté des agriculteurs, le propriétaire de la vingtaine d’hectares concernés, plantés à 100% en cannes, voit rouge : “Ils nous prennent des cannes à fort potentiel, parmi les meilleures du Nord-Est, à plus de 100 tonnes à l’hectare en moyenne, on a besoin de ça d’un point de vue économique après trois mauvaises campagnes, sans compter Garance. On a bien dit au SYDNE qu’il y a ailleurs des terres en friches disponibles, à Saint-Benoît”, clame le propriétaire, Xavier Barrau. Il l’affirme, “on s'opposera. Ils disent qu’on est prêt d’un accord avec moi, c’est archi-faux”. L’agriculteur estime au plus près à environ 400 mètres des habitations l’implantation de l’ISDU. Ce sera plus selon le SYDNE. 

Nirlo dénonce une “manoeuvre politique”

Ce dimanche, lui et les riverains de Beaufonds iront voter dans l’un des cinq bureaux de vote ouverts par la mairie à l’occasion d'un référendum d’initiative locale organisé autour du projet d’implantation. La réponse à donner sera simple, c’est oui ou c’est non. 

“Ce projet aura des implications sur l’avenir de notre territoire, en particulier sur la protection de nos ressources naturelles, terres agricoles, eau potable et paysages”’, argumente la mairie sur sa page Facebook. Dimanche, lors d’un débat organisé par Réunion la première entre Richard Nirlo et le président du SYDNE, Daniel Alamélou, le maire de Sainte-Marie a estimé que sa commune était victime d’un “tour de passe-passe qui a vu les deux autres sites sélectionnés à Saint-Benoît disparaître après déjà l’exclusion de Sainte-Suzanne, de qui se moque-t-on ?”

L’élu dénonce un vote au SYDNE “illégitime”, les élus de Sainte-Marie ayant perdu leurs places au bureau du syndicat à la suite d’une redistribution des cartes à la CINOR. “Il y a un flou artistique total et quand il y a un loup, il y a Alamélou, c’est une manœuvre politique pour déstabiliser Sainte-Marie et pour la gauche pour mettre le grappin sur la ville”. 

Selon lui, Sainte-Marie a aussi déjà payé son lot de nuisances “olfactives et sonores” avec la station d’épuration du Grand Prado. Il pointe par ailleurs des impacts pour le forage des Cafés et bien sûr pour les terres agricoles. Il en fait son “peut-être dernier et plus beau combat”. 

Une pétition a déjà enregistré plus de 1 700 signatures sur le site change.org.

“Des critères techniques”

En face, Daniel Alamélou fait aussi feu de tout bois. Il met en avant l’intérêt public du projet : “Que ce soit au niveau environnemental, technique, économique ou d'éloignement des habitations, ce site répond à tous les critères, il figurait déjà dans les études précédentes de recherche de sites”. Contre un seul propriétaire foncier impacté, ils étaient “entre 16 et 18 à Saint-Benoît et avec une zone plus urbanisée”, argumente-t-il.

L’élu de Sainte-Suzanne l’assure : “Il n’y a pas de logique politique mais l’application de critères techniques. J’ai rencontré Richard Nirlo plusieurs fois, il ne découvre pas les choses”. Il renvoie la raison de l’éviction des deux élus de Sainte-Marie du bureau du SYDNE à leur choix en 2020 de voter contre le candidat de la CINORpuis d’avoir voté “systématiquement” avec les voix de la CIREST.  “Ce qui a entraîné deux ans de retard et un calendrier désormais très contraint”, la durée de vie du centre d’enfouissement de Bel-Air étant fixée au mieux “jusqu’à mi-2028”. 

A qui profitera le vote ?

Concernant le forage des Cafés, “il est situé à plus de 4 km, au-delà de ce qu’impose la réglementation et il a déjà fait l’objet d’une pollution par des pesticides notamment, nécessitant un renforcement des mesures de traitement”. Sur les friches, aucun site étudié ne permettrait d’installer l’ISDU, “ou alors sur trois sites différents, ce qui est impossible”. 

Concernant les nuisances craintes par le collectif, un amalgame est fait selon lui avec les odeurs dégagées par le fumier épandu dans les champs. L’ISDU générera également “beaucoup moins d’odeurs” et de nuisances que Bel-Air, affirme-t-il, par la nature des déchets enfouis et l’absence de déchets fermentescibles. Cela malgré le fiasco de la collecte des bacs marrons (tri au centre d’Inovest).

Reste désormais à attendre le résultat des urnes. Même si le scrutin n’a “aucune valeur juridique”, assène Daniel Alamélou, une faible participation donnerait des arguments aux porteurs du projet. Le contraire donnerait par contre des ailes à ses opposants dans l’optique de l’enquête publique, attendue pour fin 2026.

Etiquettes : Déchets | Sainte-Marie

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