Dans le viseur de Bruxelles, Corsair se dit "serein"

Face à l’annonce de la Commission européenne d’étendre à deux nouveaux points l’enquête en cours sur le plan de restructuration de sa compagnie, le PDG de Corsair se dit "serein". Si l'attribution de l'aide est jugée illégale, la compagnie devra rembourser les millions d'euros perçus. Il annonce par ailleurs, pour la deuxième année consécutive, un retour aux bénéfices pour la compagnie.
Un an après avoir ouvert une enquête approfondie sur des aides à la restructuration perçues par la compagnie aérienne Corsair, Bruxelles a annoncé la semaine dernière étendre sa procédure d’examen à deux nouveaux points au vu de "nouveaux faits". Le premier concerne un montant de 32,4 millions d’euros d’aides versées par l’État pendant la période du Covid. Des aides qualifiées "d’illégales" par la Commission européenne.
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Pour Bruxelles, ces aides ne pouvaient être octroyées à des entreprises en difficulté avant la survenance de la crise.
La Commission estime par ailleurs que la compagnie n’aurait pas respecté son obligation de limiter sa flotte à neuf appareils. Une condition prévue dans le plan de restructuration de 2020 afin de limiter les distorsions de concurrence.
Selon des concurrents (Air Austral, Groupe Dubreuil Aéro) et des données présentées par la Commission, Corsair aurait utilisé jusqu’à 11 avions via des affrètements de longue durée (notamment sur les lignes Paris-Bamako et Paris-Montréal). En réponse, la France affirme que ces derniers étaient ponctuels et justifiés par des situations exceptionnelles comme les troubles au Mali et les retards de livraison d’appareils notamment.
Interlocuteur de Bruxelles, l’Etat français a un mois pour fournir des informations détaillées. Bruxelles rappelle que toute aide illégale peut être récupérée auprès de l'entreprise bénéficiaire.
"Pas une surprise"
Pour son PDG, Pascal de Izaguirre, cette nouvelle demande de la Commission européenne n’est d’abord "pas une surprise". Dans le cadre d’un « dialogue continu entre les autorités française et européenne, nous sommes informés de cette demande de complément d’investigations depuis longtemps ». Il se dit « serein » face à cette procédure qui porte sur « deux points supplémentaires, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de demande d’informations complémentaires sur tous les autres sujets ».
Le PDG réfute toute infraction : « Nous avons parfaitement respecté nos engagements au titre du plafonnement de nos capacités », et porte l'attention sur le fait que le débat porte sur « le nombre d’avions mais que la capacité en nombre de sièges est un indicateur plus pertinent ».
Concernant les aides versées lors de la crise sanitaire, il répond qu' « à cette époque-là, tout le monde considérait que le Covid était quelque chose de transitoire et que la vie reviendrait à la normale à partir de 2021, ce qui n’a pas été le cas. Ce qui a entraîné le maintien des mesures Covid, de type fermeture des frontières. Il y a ensuite eu la guerre en Ukraine qui a fait exploser le prix du fuel, les émeutes sociales aux Antilles… donc forcément cela a décalé notre programme de redressement et de restructuration. Et durant cette période, l’État a décidé d’accorder des aides Covid, mais pas seulement au bénéfice de Corsair. Toutes les compagnies aériennes ont bénéficié de ces aides et, au-delà, plusieurs autres secteurs ». Selon le PDG, « Il n’y a pas eu une spécificité pour Corsair » et donc pas de distorsion de la concurrence.
« L’État voit tous les efforts que nous avons faits et il est conscient de l’utilité sociale et économique de notre compagnie pour la desserte des Outre-mer. Si on veut une concurrence forte et une qualité de desserte, il faut des acteurs engagés. Sur Mayotte, nous avons fait beaucoup par exemple », met-il en avant le soutien de la France.
Pas d’impact du Chikungunya sur l’activité
Il met aussi en avant un élément qu'il qualifie de « satisfaisant », c’est d’avoir "prouvé l’efficacité de notre modèle économique avec tout le projet de transformation structurelle qui est quasiment parachevé ». Un plan qui passe notamment par la modernisation et le renouvellement de la flotte de la compagnie. « Nous avons reçu notre dernier avion le 24 décembre, notre flotte est aujourd’hui la plus jeune du marché français et l’une des plus jeunes dans le monde », affirme le PDG.
Malgré ces turbulences du côté de Bruxelles, la compagnie renoue avec les bénéfices : « Nous continuons sur une très bonne dynamique. Après avoir annoncé un retour à la rentabilité pour l’exercice 2023/2024 (résultat net positif de 1,1 million d’euros), nous avons enregistré sur les douze derniers mois un résultat net significativement positif. C’est aussi le cas sur le premier semestre du nouvel exercice ».
Interrogé sur l’éventuel impact de la hausse des droits de douane américains, le PDG se veut là encore confiant. Il voit même une «
opportunité » pour l’Outre-mer. « Nous avons d’abord la chance de ne pas être exposés sur les États-Unis. Quand il y a de l’instabilité, de l’insécurité quelque part, les destinations Outre-mer deviennent des destinations refuges car sécurisantes. En revanche, il faudra suivre l’impact sur le coût de la maintenance et des pièces détachées. Mais en l’occurrence, Corsair a déjà modernisé 100 % de sa flotte. Nous devrions être impactés de façon plus marginale que d’autres transporteurs », espère-t-il.
Enfin, Pascal de Izaguirre confirme qu'il n'y a pas d’impact, pour l’heure, sur les réservations malgré la crise du chikungunya : « Nous avons des engagements très solides pour l’été. Sur les Outre-mer, il y a toujours une composante affinitaire très importante et solide ».


