Culture hip-hop : un débat pour briser l’invisibilisation des femmes

L’ouverture de l’Urban Konection Festival a été l’occasion, lors de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, de débattre de la place des femmes dans la culture hip-hop. Invisibilisées ou cataloguées, malgré certains progrès, les artistes féminines peinent encore à se hisser en haut de l’affiche, ou simplement à y figurer.
Si, au niveau national et international, les femmes gagnent en visibilité dans le hip-hop, au niveau local, se faire une place parmi les rappeurs, les B-boys, les MC et les DJ reste un véritable parcours du combattant. "Dans ces milieux où l’on est entourée de garçons, il faut du tempérament, il faut prouver", témoigne Clémence Flahaut, alias B-Girl Clem’s, cofondatrice de l’association Cœur de rue.
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En ouvrant cette 4ᵉ édition de l'Urban Konection Festival à Saint-Pierre avec un débat dédié à la place des femmes, la Fédération Hip-Hop et Culture Urbaine de La Réunion souhaite engager une "réflexion collective, dans une discipline artistique encore trop marquée par des inégalités de représentation".
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Synonyme de rébellion, porte-voix des luttes contre le racisme, les inégalités sociales ou la violence à ses débuts en France, la culture hip-hop reste pourtant en retard sur la question de l’égalité femmes-hommes, constatent plusieurs intervenants.
Se libérer du regard des autres et trouver sa place
Pour encourager davantage les femmes à s’exprimer à travers le hip-hop, il faut d’abord parvenir à "se délivrer du regard des gens", confie Clem’s." Il n’y avait pas de salle au début, on dansait devant l’église du Tampon ou les snacks du lycée Roland-Garros", se souvient l’éducatrice et professeure de danse. "Le hip-hop était associé à la délinquance, et les gens qui nous voyaient le rapportaient à nos familles. C’était difficile, mais je me suis dit que j’allais leur montrer qu’ils se trompaient, et je suis fière d’en avoir fait mon métier."
Se libérer du regard extérieur, mais aussi gagner en visibilité. "C’est un processus qui ne peut se faire que dans la confiance en soi et grâce à un accompagnement. On accepte d’abord de danser dans un petit cercle, puis le cercle s’agrandit et finalement, c’est la scène", analyse Nadine, alias Flavor Roc, invitée d’honneur. Figure reconnue du breaking français, elle travaille notamment avec les adolescentes sur l’acceptation du corps grâce au breakdance. "Les mots peuvent parfois être violents. Maintenant que l’on a appris, on peut accompagner. Le hip-hop permet de trouver son style, quelle que soit sa morphologie."
"Comme d’autres supports, le hip-hop a pu faire passer des messages, mais aussi des messages contradictoires", observe la députée Emeline K’Bidi qui entend également dénoncer, alors que les acteurs culturels demandent davantage de soutien des pouvoirs publics, les élus qui confondent "trop souvent la culture qui sert à éveiller et l'animation qui sert à calmer la population".
"On est passé d’un moyen d’expression à un moyen de consommation", déplore un ancien danseur.
L’assemblée pointe également l’hypersexualisation des femmes dans le hip hop pour pouvoir apparaître au premier plan ou percer dans l'industrie musicale.
" Il y a tellement de choses qui font que les femmes ne parviennent pas à s’engager. Elles tiennent souvent plusieurs rôles", rappelle Marie-Thérèse Clair, conseillère aux femmes de l’île Rodrigues.
"On a parlé d’utiliser les moyens de communication pour attirer, et sur l’affiche du festival, il n’y a pas de femmes", souligne une intervenante.
Étude sociologique et battle 100 % féminin pour changer la donne
En donnant la parole à celles qui créent, enseignent et accompagnent, l’Urban Konection Festival tente d'ouvrir un espace de réflexion et de visibilité. La Fédération Hip-Hop et Culture Urbaine de La Réunion mène d’ailleurs une étude sociologique dédiée à la place des femmes dans la culture hip-hop à La Réunion, destinée à produire des données, des témoignages et des analyses pour de futures actions de médiation et de développement.
Pour poursuivre cette mise en lumière, le festival organise également un Seven To Smoke 100 % Girl, un battle entièrement réservé aux danseuses. Une manière de rappeler que la scène hip-hop réunionnaise doit se construire aussi au féminin.


