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Cour criminelle : "Le délinquant sexuel qui se cachait en pleine lumière au sein de la PJJ"

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 28 janvier 2026 à 22H24

Condamné ce mercredi 28 janvier à dix-huit ans de réclusion criminelle, Richard Derand a presque admis les faits de viols et d’agressions sexuelles en prenant la parole en dernier.

« Les violences sexuelles sont une œuvre de mort. » C’est par cette phrase empruntée à Jean-Marc Sauvé, rapporteur de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, que l’avocat général a entamé le réquisitoire qui l’a conduit à réclamer une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle à l’encontre de Richard Derand, ex éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de Saint-Pierre. Antoine Tur a ainsi entendu s’exprimer avec une grande clarté alors que « l’accusé a fait le choix du flou et de la digression pendant deux jours et demi ».

Le magistrat a souligné que « le caractère intolérable et la gravité exceptionnelle de ce dossier étaient qu’il s’inscrivait au sein d’une institution ». Il a ainsi rappelé que l’on « ne pouvait pas séparer l’homme de l’éducateur car il s’est servi de la capacité de la PJJ, de ses moyens matériels et de son argent pour assouvir ses besoins sexuels ». Des faits d’autant plus graves « qu’il connaissait plus que quiconque les conséquences de ses actes sur ses victimes ».

« La prise en charge des victimes est critiquable »

L’avocat général a réitéré ses remerciements à l’adolescent de 14 ans qui, « par son courage et sa présence d’esprit qui forcent l’admiration, a filmé une partie de ce que lui a fait subir le délinquant sexuel qui se cachait en pleine lumière au sein de cette institution qu’est la PJJ ». « Sans cette vidéo, personne ne l’aurait soupçonné », poursuit Antoine Tur. Il en veut pour preuve qu’en apprenant que Richard Derand était en garde à vue, ses collègues n’y ont d’abord pas cru.

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La suite des investigations allait révéler l’existence de trois autres mineurs également abusés sexuellement. Des victimes que le juge d’instruction ne parviendra pas à retrouver. Ce qui fait dire à l’avocat général qu’ils « ont été exclus de la procédure » et que « la prise en charge des victimes est critiquable ». Pour balayer la notion de consentement, dont s’est prévalu l’accusé au fil de l’enquête et des débats, le magistrat s’est attaché à démontrer que « les critères de la contrainte physique ou morale étaient réunis ».

« Les faits sériels d’un protecteur devenu prédateur »

L’écart d’âge tout d’abord puisque face à ces mineurs de 14 à 16 ans, l’éducateur comptait entre 29 et 34 ans de plus qu’eux. « Une différence abyssale avec une génération d’écart », a souligné Antoine Tur. Quant à la relation d’autorité, il l’a qualifié d’évidente. Comment pouvait-il en être autrement puisque Richard Derand « était leur éducateur et qu’il avait leurs démarches entre ses mains ». Le magistrat n’en a évidemment pas oublié le rôle joué par l’argent ou les repas donnés par l’éducateur. « Quel meilleur appât que l’argent pour des mineurs pauvres ? »

Avec quatre victimes à son actif, l’avocat général a estimé « être sur des faits sériels » perpétrés par « un protecteur devenu prédateur ». « Cette multiplicité doit être prise en compte », a-t-indiqué aux juges. Le quantum élevé de la peine qu’il s’apprêtait à requérir ne faisait plus mystère quand il a mis sur la table « la question de la récidive qui n’est pas résolue car la question de la culpabilité ne l’est pas ».

« Il n’a été qu’imposture et duplicité même s’il reconnaît avoir jeté une vie à l’abîme »

Le magistrat a illustré son propos en rappelant que l’accusé « n’a pas réussi à faire un pas envers les victimes et qu’il n’a fait que pleurer sur lui. Il a pris l’image d’un animal blessé le concernant mais rien pour eux ». C’est ainsi qu’il a justifié « une détention longue pour qu’il n’y ait pas de risque pour la société ».

Pour leur part, les avocates des parties civiles ont insisté sur la détresse et la souffrance des jeunes gens dont ils ont porté la parole. « Il n’a été qu’imposture et duplicité même s’il reconnaît avoir jeté une vie à l’abîme », a estimé Me Céline Germand-Robert pour le mineur qui a démasqué son éducateur. « Il a agi au mépris de la loi et de ses fonctions et il était parfaitement au fait de la souffrance qui est la conséquence de ses actes criminels. »

« L’audace scandaleuse dont il fait preuve aujourd’hui en déformant les propos de ces jeunes »

Me Brigitte Hoarau rappelle qu’il « a trahi la confiance des jeunes dont il avait la charge et celle de leurs familles ». Elle est persuadée qu’il « avait des cibles dont il a exploité la vulnérabilité. Il a fait peser le poids de ses actes sur ces jeunes grâce à des relations tarifées et au culte du secret ».

L’avocate parle encore d’une « relation totalement perverse avec des conséquences graves qui vont présenter des traumatismes pendant des années ». Elle est révulsée par « l’audace scandaleuse dont il fait preuve aujourd’hui en déformant les propos de ces jeunes. Il ment pour décrédibiliser ces jeunes qui ne sont que de la chaire pour satisfaire ses besoins ».

« Pour que la honte soit dans le box et pas sur le banc des parties civiles »

Me Devaguy Mardaye pointait même le comportement de l’accusé qui s’est levé pour dire à son client : « Il ment. » « Ainsi, il le méprise en lui disant qu’il n’était qu’un objet sexuel ». L’avocate a même dépeint « un personnage sournois et perfide, avec des stratagèmes pour parvenir à ses fins en choisissant des profils grâce à ses 22 ans d’expérience professionnelle ». Elle a alors demandé aux juges de donner à son client « sa place, celle d’un mineur abusé et violé ». « Une vérité judiciaire pour que la honte soit dans le box et pas sur le banc des parties civiles ».

En défense, Me Elise Generet s’est consacrée au cas des trois mineurs dont Richard Derand dit avoir recueilli le consentement afin de plaider l’acquittement en ce qui les concerne. Elle a soutenu que deux d’entre eux étaient majeurs au moment des faits et que tous trois étaient absolument consentants avec des relations sexuelles s'inscrivant dans la durée. Avant de parler « de dérapage », tout en relevant la moindre contradiction dans leurs dépositions.

« Je n’ai pas su empêcher les viols et les agressions sexuelles et j’en porte seul l’entière responsabilité »

Au contraire, l’avocate indiquait que la relation avec le jeune de 14 ans qui permis de confondre son client « ne relève pas du même mode opératoire ». « Il s’est laissé entraîné par ses désirs fulgurants. » La transition était toute trouvée pour Me Amel Khlifi-Ethève qui a plaidé le cas de cet adolescent que son client « a avoué avoir a minima agressé sexuellement et violé ». « C’est une trahison grave qui doit être sanctionnée à la hauteur de ce qu’il a commis et que rien ne peut justifier », a-t-expliqué. Mais elle a également rappelé que « toute sanction ferme doit être proportionnée, être adaptée à la gravité des faits. C’est-à-dire qui protège la société et qui guérit ». Toute la question étant de savoir « combien de temps il doit rester à l’écart de la société ».

Pour conclure les débats, Richard Derand a pris la parole en admettant « avoir touché au sacré ». « J’ai trahi tant de personnes, mes amis, ma famille, mes collègues, le service de la PJJ par mes agissements qui sont des passages à l’acte de nature criminelle mais aussi la confiance de ces jeunes touchés dans leur intimité et leur intégrité. Je n’ai pas su empêcher les viols et les agressions sexuelles et j’en porte seul l’entière responsabilité », a-t-il admis tardivement tout en demandant « pardon ».

Etiquettes : Faits divers | Justice | Tribunal

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