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Du stationnement gênant au contrôle de gendarmerie, des insultes racistes devant la justice

Ecrit par P.B. – le lundi 19 octobre 2026 à 11H53

Une dispute de voisinage pour une voiture mal garée au Tampon et un contrôle de gendarmerie à Saint-Louis ont conduit deux hommes devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Dans ces affaires sans lien entre elles, les tensions ont rapidement pris une dimension identitaire, entre insultes racistes et accusations de discrimination.

Quatorze ans que ces voisins du 19e km, au Tampon, se côtoient sans difficulté majeure. Mais le 11 avril dernier, une voiture garée sur une partie du trottoir de la RN3 va mettre à mal leurs relations.

Ce jour-là, un ami de la famille vient leur rendre visite. Son véhicule gêne la sortie de la maison voisine. Johnny*, 38 ans, qui a bu trois verres de whisky pour fêter une nouvelle fois l'obtention de son code de la route, s'agace de la situation. Son neveu est au volant. Il s'en prend d'abord au propriétaire de la voiture, puis aux voisins venus voir ce qui se passe. Selon les victimes, les insultes et les menaces fusent. À la voisine, Johnny lance notamment : "Putain de Malgache, la merde, retourne dans ton pays."

Des propos contestés par le prévenu

À la barre, Johnny conteste avoir tenu des insultes racistes. Il reconnaît seulement avoir lancé : "Té boyo, déplace ton loto." Le trentenaire se dit surpris par la procédure, assurant avoir toujours entretenu "de bonnes relations" avec ses voisins. Il reconnaît toutefois que les gendarmes sont déjà intervenus chez lui pour des nuisances sonores.

Si les auditions des victimes concordent, ni le neveu du prévenu, présent lors des faits, ni son épouse n'ont été entendus. Seul le père de Johnny a été interrogé, mais celui-ci était resté à l'intérieur de la maison et n'a rien entendu.

Le casier judiciaire du prévenu comporte plusieurs condamnations, notamment pour menaces, vol en réunion, dégradation de biens et conduite en état d'ivresse. "Votre casier montre votre impulsivité", relève la présidente du tribunal.

Son avocat, Me Ben Ali Ahmed, estime que les paroles de son client ont pu dépasser sa pensée et que certains jurons créoles ont pu être mal interprétés. Il fait également valoir qu'il connaît Johnny depuis longtemps et que, étant lui-même noir, il ne considère pas son client comme raciste...

Le tribunal reconnaît néanmoins Johnny coupable de menaces de mort à caractère raciste. Il le condamne à une peine de 120 jours-amendes à 5 euros, ainsi qu'à une interdiction de contact avec les victimes pendant un an. Il devra également leur verser 500 euros chacun.

"Vous n'aimez pas les Mahorais"

À Saint-Louis, un contrôle de gendarmerie a également donné lieu à des insultes visant les origines et la couleur de peau, le 22 mai dernier. Comme dans la première affaire, l'identité est rapidement devenue un enjeu du rapport de force alors que ce n’était pas la question initiale.

Tahir*, qui circule à trottinette près de la gare routière, est arrêté par les militaires. Dans son sac, ils découvrent un couteau et un tournevis.

Le jeune homme s'emporte aussitôt. "Sales poulets", "bande de racistes", "sales Blancs, vous aussi vous êtes racistes, vous n'aimez pas les Mahorais", lance-t-il aux gendarmes. Il menace également une militaire de la retrouver.

Interpellé et placé en garde à vue, Tahir poursuit ses provocations. Le dépistage d'alcool est négatif. Il refuse en revanche le test de stupéfiants.

Devant le tribunal, il s'interroge sur les raisons de son contrôle. Pourquoi lui plutôt qu'un autre ? Il affirme également que les gendarmes lui auraient dit, les premiers, que s'il n'était pas content, il pouvait retourner à Mayotte.

"Vous comprenez que le contrôle, dès le début, ne peut pas bien se dérouler avec ce comportement", lui fait remarquer la présidente.

"J'ai dit des choses que je ne pense pas", répond le prévenu.

"On ne peut pas se permettre de dire n'importe quoi, surtout à un gendarme", lui rappelle la magistrate.

Le jeune homme vient d'obtenir son CAP d'électricien et doit prochainement passer son permis de conduire."Au lieu d'écouter les copains et les réseaux sociaux, vous feriez mieux d'écouter votre mère. Vous êtes venus ici pour vous donner un avenir", lui lance la présidente du tribunal.

Poursuivi notamment pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, menaces, port d'arme et rébellion, Tahir est finalement condamné à 200 heures de travail d'intérêt général à effectuer dans un délai de 18 mois. Le tribunal lui interdit également de porter une arme pendant trois ans et le condamne à verser 500 euros à chacun des quatre gendarmes constitués parties civiles.

*prénoms d'emprunt

Etiquettes : PU1 | Racisme | Tribunal

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