Couleur Réunion fête ses 10 ans et alerte sur l’avenir du folklore réunionnais

Le groupe folklorique Couleur Réunion célèbrera ses dix ans le samedi 30 août à la salle Gramoune Lélé, à Saint-Benoît. Un moment festif qui se double d’un appel lancé aux collectivités, aux programmateurs et aux médias à (re)donner une place au folklore réunionnais, sous peine de le voir disparaître.
Le 31 août 2015, Serge Samy, agent administratif à la mairie de Saint-Benoît et passionné de musique réunionnaise, donne le jour au groupe Couleur Réunion avec des collègues, musiciens, « qui étaient déjà dedans ».
Le groupe est né d'une conviction : préserver un patrimoine musical déjà en perte de visibilité. « À l’époque, il n’y avait quasiment plus de groupes folkloriques, à part les Compères créoles qui étaient en sommeil », explique le fondateur.
Une tradition qui remonte aux années 1960-70
Il garde le souvenir des premiers groupes folkloriques, nés dans les années 60-70, « qui animaient les mariages, les communions, podiums et les grandes fêtes ». Certains, comme Mascareignas ou les Étincelles panonnaises, verront leur renommée dépasser les frontières de La Réunion et partir en tournée à l’international. « À l’origine, le folklore réunionnais est d’abord un métissage de musiques métropolitaines réarrangées à la sauce réunionnaise », commente le manager.
De grands auteurs comme Luc Donnat, Narmin Ducap ou Georges Fourcade lui donneront ensuite ses lettres de noblesse en l’inscrivant dans le séga.

Préserver et transmettre
Avec ses 18 membres, principalement issus de l’Est, Couleur Réunion perpétue cette tradition et ce répertoire riche. « Notre objectif est de faire en sorte que les pionniers de la musique réunionnaise ne soient pas oubliés et que les jeunes puissent s’approprier ce patrimoine », souligne Serge Samy. Le groupe a d’ailleurs revu le rythme des chansons pour mieux coller aux attentes des jeunes générations.
Sur scène et dans ses albums, le groupe mêle séga, maloya et morceaux folkloriques qui jalonnent l’histoire musicale de La Réunion : Mam’zelle Paula, Bichiques la rose, Ran zano la… Des morceaux qui font danser La Réunion depuis des décennies. Le groupe espère qu’il en sera toujours de même, mais se montre inquiet.
Un patrimoine menacé
Malgré un album sorti en 2024, envoyé à toutes les radios, seules Radio Pikan localement et Force Métissage en métropole l’ont relayé, regrette le manager. « Aujourd’hui, le folklore est en danger à cause des médias qui ne mettent pas en valeur cette musique. Aux grandes fêtes, ce sont toujours les mêmes artistes et les mêmes morceaux qu’on entend du 1er janvier au 31 décembre », juge Serge Samy. Comme d’autres, il appelle de ses vœux l’émergence d’un festival folklorique à La Réunion.
En attendant, il regrette que les collectivités et programmateurs des plateaux des grandes fêtes qui jalonnent l’année et permettent de faire vivre de nombreux artistes locaux, ne donnent pas plus de place aux groupes folkloriques Réunionnais, à la différence d’artistes mauriciens, voire antillais.

Plus demandé en Europe qu’à La Réunion
C’est le paradoxe : « Nous sommes plus demandés en Europe qu’à La Réunion mais il y a toujours le problème du manque de moyens pour financer le voyage ». Couleur Réunion s’est produit au festival des Cultures du Monde de Gannat, en 2017, aux côtés de 90 autres formations internationales et aux Seychelles l'année suivante. Le groupe est invité pour une nouvelle tournée en métropole en juin... L'appel est lancé aux collectivités et aux éventuels sponsors.
Le fondateur insiste sur l’importance de faire perdurer ce patrimoine : « Le folklore raconte la vie des Réunionnais lontan, la coupe canne, la pêche… Ça a été très bien fait par nos prédécesseurs, il ne faut pas que ça disparaisse. Nous n’avons pas cette culture, comme à Maurice, aux Seychelles, de dire “c’est mon identité, ma musique”, voilà pourquoi le folklore est en danger ».

« J’ai peur que nos enfants et nos petits-enfants ne connaissent plus cette richesse, alors qu’elle fait partie de notre histoire », s’inquiète le manager bénévole, comme le sont tous les musiciens et danseurs de la troupe. Seule la passion les anime. Celle de « faire bouger tout ça et de faire perdurer cette tradition ».
Une fête sous le signe du partage
Pour son 10e anniversaire, Couleur Réunion montera le 30 août sur la scène de la salle Gramoune Lélé. Des surprises et des invités sont annoncés, à l’image d’Yves André-Eve (Maperine) (les places sont à réserver au 0693936760). « Nous créons nos propres costumes, nous jouons par passion et par envie de faire vivre cette musique », rappelle Serge Samy.
Le groupe entend bien poursuivre sa mission : faire danser le public et transmettre la tradition musicale réunionnaise.


