Contrefaçons de produits de luxe : le boss et son lieutenant condamnés

Hier, Ben Hizboullah H., 34 ans, et son lieutenant Ben Kadere M., 28 ans, ont été condamnés à 18 mois de prison avec sursis et 100.000 euros d’amende douanière. Entre 2020 et 2023, ils avaient importé et écoulé à La Réunion des contrefaçons de produits de luxe des marques Dior, Louis Vuitton, Givenchy, Kenzo, Lacoste ou encore des Nike pour un chiffre d’affaires estimé à un demi-million d’euros.
Haut blanc pour Ben Hizboullah H., haut noir pour Ben Kadere M. et carrures de déménageurs pour les deux. Les prévenus sont manifestement plus à l’aise aux barres des salles de musculation qu’à celle du tribunal judiciaire où ils font face au président Bernard Molié et à ses questions teintées d’un humour un brin provocateur.
Les deux amis comparaissent pour avoir été en affaires entre l’hexagone et La Réunion, entre 2020 et 2023. Un business parfaitement illégal, fort lucratif et plutôt bien organisé. Ben Hizboullah H., 34 ans, passait commande de contrefaçons de produits de luxe à Aubervilliers et à Lyon. Les colis de vêtements, de chaussures, de sacs et de tabac arrivaient par dizaines au domicile bordelais de Ben Kadere M., 28 ans.
554 colis et huit tonnes de produits de contrefaçons
Les enquêteurs ont dénombré pas moins de 554 colis qui ont été livré chez lui, entre février 2020 et avril 2023. Soit 8 tonnes de produits de luxe contrefaits et du tabac. Son travail à lui consistait à reconditionner la précieuse marchandise et à réexpédier les nouveaux colis à La Réunion, en minorant leur poids pour limiter les frais d’envoi. Destination la commune de Saint-André où Ben Hizboullah H. avait concentré son activité en jouant les grossistes.
La première question du président Bernard Molié s’adresse à Ben Kadere M. « Vous étiez l’intermédiaire mais qui livrait les colis ? » « C’était livré par une société de livraison », explique le prévenu, plutôt avare de confidences. « Qui les payait ? », poursuit le magistrat. « C’était ici à La Réunion », élude-t-il.
« Quand on voit vos paires de pompes, je reste sur ma faim… »
Le président cherche à savoir combien il a été rémunéré. « Je n’ai pas de chiffre exact… » « A la louche… », insiste le président Molié. « Je n’ai pas vraiment compté… », persiste le prévenu. Alors le magistrat se tourne vers Ben Hizboullah H. « Vous avez une idée des sommes ? » « Il n’y avait pas de comptabilité. C’est impossible à dire… », coupe la tête d’affiche.
Il est notamment question de plus de 5.000 paires de basket contrefaites. « Des Nike presque exclusivement », indique le président Molié avant de tenter une blague pour dérider les prévenus. « Quand on voit vos paires de pompes, je reste sur ma faim… », lâche-t-il en portant son regard sur le sol. Surpris, les deux costauds regardent illico presto le bout de leurs pieds. « Et oui, vous ne portez même pas des baskets de marque… », enchaîne le magistrat avec une pointe de regret.
« Un véritable showroom »
Lors des perquisitions dans plusieurs domiciles, placés sous la coupe de Ben Hizboullah H., les douaniers ont mis à jour « un véritable showroom » pour reprendre l’expression de leur représentante au procès. Pas moins de 1.631 articles de marques contrefaites différentes et 144 kilos de tabac ont été mis à jour. Il est question de dix faux ensembles Givenchy et autant de la marque Kenzo, de sacs et de vêtements contrefaits Dior pour une valeur vraie de 42.300 euros. Les contrefaçons de Louis Vuitton et de Lacoste tutoient les 35.000 euros.
« Qui a eu l’idée géniale de tout ça ? », interroge le président Molié. « C’est une pratique courante à l’île de La Réunion », se dédouane Ben Hizboullah H., le cerveau aux muscles noueux. « Et vous en avez tiré un profit ? », tente le président Molié. « Pas grand-chose… », lâche le prévenu. « Effectivement, si vous avez reçu des tonnes de marchandises, ça n’est pas énorme… », le reprend de volée le président.
« J’avais déjà le projet de créer une entreprise sur Mayotte »
Aux enquêteurs, Ben Hizboullah H. a prétendu qu’il avait empoché 60.000 euros de bénéfice. « C’était pour vivre et se faire plaisir… », s’informe le magistrat. « Ça dépend de ce que vous entendez par plaisir et sur quoi se base votre échelle du plaisir », philosophe l’armoire à glace.
Le président Molié abandonne les lettres pour passer aux chiffres. « Les services d’enquête ont évalué votre bénéfice à 325.723,10 euros pour un chiffre d’affaires de 557.613 euros. » Ben Hizboullah H. s’abstient de commenter. Par contre, il assure que « c’était le dernier voyage » car, ajoute-t-il, « j’avais déjà le projet de créer une entreprise sur Mayotte ». « Une entreprise créée en 2023 dont l’objet était l’import-export de marchandises… », s’esclaffe le président Molié.
« Une organisation parfaitement rôdée »
La représentante des douanes note « la mauvaise foi des prévenus devant les enquêteurs et devant vous ». Pour elle, « il est difficilement entendable qu’ils étaient sur la fin de leur trafic ». Elle réclame au nom de Bercy une amende douanière de 632.600 euros pour les contrefaçons de baskets, le tabac et de produits de luxe.
La vice-procureure de la République parle d’une « organisation parfaitement rôdée ». Elle précise que Ben Kadere M. était chauffeur-livreur chez Chronopost. Ce qui permettait de faciliter l’acheminement des colis reconditionnés en partance pour La Réunion. Elle note encore l’existence de flux financiers suspects en direction de la Turquie et de la Chine à hauteur de 67.447 euros pour financer leur trafic.
« Vous êtes arrivés bien habillés et vous allez ressortir en short »
A l’encontre des deux prévenus, elle requiert 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans avec obligation d’indemniser les victimes et de travailler, 10.000 euros d’amende pour le premier et 6.000 euros pour le second.
Le tribunal judiciaire se montre plus clément à leur égard. Il les condamne à 18 mois de prison avec sursis simple et 100.000 euros d’amende douanière à régler de façon solidaire. Il est également fait droit aux demandes des parties civiles de manière partielle.
19.428 euros pour le préjudice principal de Louis Vuitton, 15.000 euros pour celui de Lacoste, 19.000 euros pour Dior, 13.400 euros pour Givenchy et 9.900 euros pour Kenzo. « Vous êtes arrivés bien habillés et vous allez ressortir en short. Ce sont les risques du métier, de votre métier », a conclu le président Molié en rendant sa décision.


