Commerce extérieur : La Réunion à la peine dans son intégration régionale face à l'île Maurice

Une étude menée par l’IEDOM-IEOM, publiée dans le dernier bulletin de la Banque de France, met en lumière la dépendance de La Réunion vis-à-vis de l’Hexagone et son faible ancrage régional. En comparaison, son voisin mauricien a su multiplier ses échanges avec l’Europe et l’Afrique. La Réunion dispose pourtant d’un potentiel de croissance considérable, notamment dans l’agroalimentaire.
La Réunion peine encore à s’émanciper de son lien quasi exclusif avec l’Hexagone. « La Réunion, dans l’ombre de Maurice », résume une dernière étude de l’Institut d'émission des départements d'outre-mer-IEOM* publiée en septembre dans le bulletin de la Banque de France. Le parallèle est frappant et peut-être un brin provocateur quand on connaît les différences de statut entre les deux îles. Sur la période 2004-2021, La Réunion a exporté près de 4 milliards de dollars vers l’Union européenne, une valeur « proche de son potentiel ». Mais Maurice, avec une stratégie beaucoup plus tournée vers l’extérieur, a expédié six fois plus de marchandises sur la même période.
Avec les mêmes conditions mauriciennes, le potentiel d'exportations démultiplié à La Réunion
Cette différence se reflète dans les ratios. « Le taux de couverture des exportations (exportations/importations) de Maurice vers et en provenance de l’UE dépasse 55 % en moyenne sur la dernière décennie, quand il atteint seulement 6 % à La Réunion », souligne l'étude. Conséquence : si La Réunion bénéficiait des mêmes conditions bilatérales que Port-Louis, « le potentiel d’exportations de La Réunion vers l’UE est 3,5 fois plus élevé. Plus spécifiquement pour les produits agroalimentaires, ce multiplicateur est évalué à 2 ». Autrement dit, l’île pourrait doubler ses ventes de sucre, de rhum ou de fruits tropicaux vers l’Europe.
La situation est encore plus marquée du côté des importations. « L’Hexagone est à l’origine de près de 90 % des importations de La Réunion pour les produits végétaux, alors que 30 % des importations de Maurice pour ce secteur proviennent des marchés africains », observe l’IEDOM-IEOM. Résultat : l’île se prive d’une diversification qui pourrait la rapprocher de ses voisins. Selon l’étude, les importations réunionnaises de produits végétaux « pourraient être augmentées de 30 % depuis l’Afrique du Sud et multipliées par quatre depuis Madagascar et globalement doublées depuis l’ensemble des marchés africains si l’île française affichait les mêmes effets couples de pays que sa voisine mauricienne ». Un constat qui pourrait aussi aller à l'encontre des dernières velléités politiques sur le sujet, plus enclins à défendre et développer une filière locale agricole pour répondre aux besoins d'autonomie alimentaire.
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Normes, marchés, logistique...
Cette dépendance traduit un manque d’intégration régionale, là où les autres petits États insulaires en développement (PEID) de l’océan Indien – Maurice, Seychelles, Maldives, Comores – multiplient les échanges. Les barrières sont multiples : taille réduite du marché intérieur, éloignement des grandes routes maritimes, coûts logistiques, mais aussi normes et pratiques héritées du lien historique avec la métropole. « Ce ne sont pas uniquement les barrières tarifaires qui sont à l’origine des faibles échanges entre les territoires ultramarins et leurs voisins, mais une somme de barrières non tarifaires : normes, méconnaissance des marchés, chaînes logistiques intégrées avec l’Hexagone, langues différentes, etc. », insiste l'auteur de l'étude. Les normes européennes et françaises ne sont pas forcément adaptées à la réalité locale. D'où un plaidoyer porté par les acteurs économiques locaux pour lancer des normes RUP (régions ultra-périphériques) permettant d'aller s'approvisionner dans les pays de la zone.
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Pour les auteurs, l’enjeu dépasse le simple commerce extérieur : il touche directement au pouvoir d’achat et à la vie chère, un sujet brûlant sur l’île. Une meilleure intégration régionale permettrait de diversifier les approvisionnements, d’atténuer la dépendance aux importations venues de l’Hexagone et de fluidifier les échanges. La conclusion est claire : « Mieux intégrer les Outre-mer à leur environnement régional, favoriser la diversification des partenaires et alléger les barrières non tarifaires pourrait contribuer à renforcer leur insertion économique et à atténuer les effets de la vie chère ».
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À l’heure où La Réunion s’interroge sur son modèle économique et ses leviers de développement, le contraste avec Maurice agit comme un miroir : l’île voisine, sans "dépendance coloniale", a su bâtir une stratégie offensive vers l’Europe et l’Afrique. Pour La Réunion, le potentiel existe, mais il reste à transformer.
*IEOM : banque centrale des collectivités d'outre-mer du Pacifique


