Comment tuer le projet européen ?

Voici l’opinion de Paul Krugman, prix Nobel d’économie, au sujet de la situation européenne à propos du dossier grec, et parue dans le New York Times.
Supposons que vous considériez Alexis Tsipras comme incompétent. Supposons que vous vouliez vraiment voir tomber le gouvernement gauchiste Syriza. Supposons même que vous voyez d'un bon œil la perspective de pousser ces emmerdeurs de Grecs hors de l'euro.
Même si tout cela est vrai, la liste d'exigences de l'Eurogroupe est insensée. Le hashtag #ThisIsACoup a tout à fait raison. On passe de la rigueur à la pure vengeance, la destruction complète de la souveraineté nationale d'un pays, sans aucun espoir de solution. Elle est, vraisemblablement, conçue comme une offre que la Grèce ne peut pas accepter ; mais même ainsi c'est une trahison grotesque de tout ce que le projet européen était supposé promouvoir.
Est-ce que quelque chose peut maintenant retenir l'Europe au bord du gouffre ? Le fait est que Mario Draghi essaye de réintroduire un peu de bon sens dans le débat, et que Hollande prend enfin un peu de recul avec la conception moralisatrice de l'économie allemande, ce qui lui a tellement fait défaut dans le passé. Mais une grande partie des dommages a été déjà faite. Qui fera confiance désormais aux bonnes intentions de l'Allemagne après tout ça?
D'une certaine manière, la science économique est presque devenue secondaire. Mieux encore, soyons clairs : ce que nous avons appris de ces deux semaines passées c'est qu'être un membre de la zone euro signifie que les créanciers peuvent détruire votre économie si vous faites un pas hors de la ligne. Ceci n'a plus rien à voir avec de l'austérité d'un point de vue économique. Il est plus vrai que jamais que l'austérité brutalement appliquée sans aucune restructuration de la dette est une politique vouée à l'échec, et peu importe jusqu'à quel point le pays est disposé à accepter la souffrance. Ce qui veut dire en conséquence que même une capitulation grecque sans condition mènerait à une impasse.
La Grèce peut-elle réussir sa sortie ? L'Allemagne essayera-t-elle de bloquer toutes les issues ? Désolé, mais c'est le genre de chose que nous devons maintenant nous demander.
Le projet européen vient juste de recevoir un coup terrible et peut-être mortel. Et quoi que vous pensiez sur Syriza, ou la Grèce, les Grecs ne l'ont pas porté.
Vous trouverez ici l’original : http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/07/12/killing-the-european-project/?smid=tw-share&_r=0
Bruno Bourgeon, président d’AID


