Comment devenir pilote de rallye ?

Comme pour de nombreux sports, la passion du rallye est souvent héréditaire. Mais si les passionnés de foot ou de rugby peuvent s'improviser coach pour leurs progénitures, c'est plus difficilement le cas pour les sports automobiles. En plus d'être illégal, s'entraîner à piloter une voiture en pleine rue représente également un risque important en cas de problème, qu'il soit accidentel ou mécanique.
C'est donc sans aucune formation, à l'exception du permis de conduire, que la plupart des pilotes s'engagent lors de leur première course. "C'est beaucoup de stress et d'incertitudes. On a beau avoir eu des conseils à droite à gauche, être allé se renseigner sur Internet, on n'a aucune certitude à part pour son copilote et sa voiture. Mais c'est ce qui rend l'expérience rallye si incroyable", s'enthousiasme Bryan Moussa en se remémorant ses premières courses.
Ses débuts, c'est sur le bitume du Rallye jeune qu'il a pu les effectuer. Ses bonnes performances lui ont permis d'être sélectionné pour aller en métropole participer à une formule de détection où il fera de nombreuses rencontres. C'est à moment-là qu'il rencontre Loïc Bellus qui lui propose d'être son copilote. L'année d'après, c'est lui qui tenait le volant de sa première voiture.
Le Rallye jeune a également été un tremplin pour Damien Dorseuil en 2005 alors qu'il n'avait que 16 ans et un permis de conduite accompagnée en poche. Mais avant de poser ses mains sur un volant de voiture, il avait déjà 5 ans d'expérience de karting, sous la houlette de son père et de ses oncles. Ces derniers vont se procurer un véhicule pour le jeune prodige qui fait ses débuts sur le circuit pro à 18 ans. Malheureusement, un accident lors de la 2e spéciale de sa 1re course casse la voiture et met fin à sa saison.
Les difficultés pour progresser
Cette mise à l'écart de la compétition pour sa 1re saison, le futur gagnant du Tour Auto va la mettre à profit. Il se rapproche de Malik Unia qui dispense des cours de pilotage afin de l'aider à faire sa transition du karting au rallye. "Le karting est une petite étape au début, mais ce n'est pas le même univers. Les freinages et les trajectoires sont différents. La gestion de la voiture aussi avec la masse, les appuis, les mouvements et le transfert de poids. Le karting peut apporter aux pilotes sur certains aspects, mais on peut faire sans. De plus, dans le rallye, il y a un copilote", explique la légende du rallye.
Mais si certains pilotes profitent du savoir de Malik Unia pour se perfectionner, il reste difficile de pouvoir s'entraîner pour la majorité d'entre eux en dehors des pistes du circuit de la Jamaïque ou de Sainte-Anne. Damien Dorseuil fait lui appel à un coach pour une préparation physique et mentale et utilise un simulateur, mais à part cela, impossible de s'imposer une routine de travail quotidienne comme le ferait un adepte du trail.
"Chaque rallye est une course et un entraînement. Le professionnel va passer d'un rallye à l'autre, tandis que les amateurs vont rouler moins. Ce sont pourtant les kilomètres engendrés qui permettent de s'améliorer. L'aspect progrès se fait avec le temps. Un amateur ne va avoir que trois passages de reconnaissances pour une course. Cela ne représente au total 3 ou 4 km, mais jamais 150. C'est ça qui est particulier dans ce sport" souligne Malik Unia.
Une opinion totalement validée par le double vainqueur du Tour Auto. "Chaque course est un entraînement et une préparation pour la course suivante. C'est là que l'on peut voir les améliorations à faire sur la voiture" explique Damien Dorseuil. Car en dehors des courses, les pilotes n'effectuent que de simple "roulage" pour valider les pièces.
"C'est à partir de mon 5e ou 6e rallye qui j'ai commencé à me libérer. C'est certain que plus on roule, mieux on appréhende les passages de vitesse. On améliore également son improvisation. Car lors des essais, la route est propre, tandis que lors de la course, on peut retrouver des cailloux ou quelques obstacles sur la route. C'est là qu'il faut savoir improviser", explique Bryan Moussa.
Pour devenir pro, la chance est aussi importante que le talent
Si pour bon nombre de pilotes, prendre le départ d'une course est déjà une victoire, d'autres ambitionnent de pouvoir gagner des titres et pourquoi devenir pro. Mais contrairement à d'autres sports, le rallye nécessite des gros moyens pour atteindre les sommets. "Cela n'empêche pas les amateurs de faire des coups d'éclats, comme lorsque j'ai terminé 3e à Antibes lors des championnats d'Europe. Mais ça reste ponctuel, car sans une bonne voiture et une bonne équipe, c'est impossible de rester au contact des meilleurs", souligne Malik Unia.
À l'échelle régionale, les pilotes en quête de victoires vont donc chercher à obtenir des sponsors afin d'avoir les moyens d'optimiser leur voiture. C'est ce qui a permis à Damien Dorseuil et Bryan Moussa d'évoluer progressivement dans les classements. Mais si ces apports financiers permettent de truster les premières places sur le circuit local, ils restent confrontés à certaines problématiques pour passer à l'étape supérieure.
"Il y a beaucoup de monde pour peu d'élus. Le talent n'est pas le problème pour beaucoup de pilotes, c'est surtout le budget. Il est difficile d'avoir l'opportunité de se faire repérer par une équipe professionnelle", indique Malik Unia. Ainsi, les meilleurs de ce sport n'ont peut-être jamais pu dépasser le stade des courses régionales, faute d'avoir eu leur chance au sein d'une grande équipe. Pour les Réunionnais qui souhaitent atteindre ce stade, mieux vaut traverser la mer comme Réhane Gany.
Si Damien Dorseuil ne souhaite pas nécessairement tout quitter pour tenter l'aventure dans l'Hexagone, Bryan Moussa est prêt à tenter sa chance, mais ne peut pas actuellement faute de moyens suffisamment conséquents. Car en plus d'avoir un véhicule adéquat, avoir une équipe technique composée de professionnels est à prendre en compte dans le budget.
C'est pourquoi le rallye reste principalement un sport pratiqué par des amateurs, tant au niveau du pilotage que de l'équipe technique. "Ils sont méritants. 85 à 90 % sont des purs amateurs. C'est ça qui fait le charme de ce sport", assure Malik Unia.


