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Chroniques judiciaires : Violences, menaces et importation de cocaà¯ne au menu

Les audiences de comparutions immédiates ont pour but de juger rapidement un mis en cause pour empêcher une réitération des faits. Certains partent directement en prison, d'autres non, c'est le principe d'individualisation de la peine cher à  notre système judiciaire.
Ecrit par Régis Labrousse – le mardi 11 octobre 2022 à 16H38

Ce lundi, trois affaires étaient jugées devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis. Violences sur ascendant, menaces de mort sur concubin et importation de cocaà¯ne par colis postal. Trois affaires pour trois profils différents qui ont écopé de peines plus ou moins importantes, voire clémentes. 

Altération du discernement, violences et jalousie 

Rudy M., 29 ans, avait à  répondre de faits de violences en date du 16 aoùt et du 24 juillet derniers. Avant de le juger, le tribunal a renvoyé plusieurs fois l'audience en raison de difficultés à  obtenir une expertise psychiatrique. Ce lundi, c'est chose faite. La conclusion de l'expert indique une altération du discernement au moment des faits. Le jeune homme, qui est sous tutelle, se drogue et ne prend pas ses médicaments pour des traits hallucinatoires. Il ne s'entend avec sa sœur qui s'occupe de ses parents dont le père est handicapé à  80%. Par jalousie, il les frappe dès qu'il est contrarié.

Le 16 aoùt dernier, il s'en prend à  eux pour une histoire d'argent. Les gendarmes interviennent et il finit par menacer de se couper les veines avec un tesson de bouteille lors de son interpellation. Les militaires finissent par utiliser la lacrymo pour le maitriser. Le 24 juillet, voyant sa sœur chez ses parents, il frappe tout le monde. 

à€ la barre, il reconnait partiellement les faits. Il n'aurait pas touché sa mère et ce malgré la présence de témoins. "Les victimes sont là  pour crier leur peur", assène la partie civile qui demande uniquement des interdictions de contact et de présence au domicile parental et sur Bras Panon. "Ce n'est pas simplement de la violence, mais de la rage. Il est important de reconnaitre son altération, mais il n'y a pas d'abolition du discernement", tance le parquet lors de ses réquisitions, regrettant la prise de drogue du prévenu et l'arrêt de son traitement. La procureure requiert 20 mois de prison dont 6 mois assortis d'un sursis probatoire ainsi que le maintien en détention. "Son discernement est altéré alors quelle sanction lui infliger ? Vu son état, beaucoup de soins sont nécessaires, il faut surtout l'accompagner", plaide la défense. 

Le prévenu est finalement condamné à  12 mois de prison dont 6 mois assortis d'un sursis probatoire. Il est maintenu en détention. 

Menaces de mort au sabre à  3,06 g/l

jean-Louis V., 37 ans, est le deuxième prévenu de l'audience. Il est séparé de sa compagne, enfin elle est séparée car lui ne l'entend pas de cette oreille. Le 7 octobre dernier, il a un peu bu et il veut que la mère de ses enfants lui laisse son téléphone pour mettre de la musique. Elle refuse. Avec 3,06 g/l dans le cornet, il brandit un sabre en la menaçant et lance "continue comme ça et mi té fé saut out tête". Lors des auditions, la victime indique qu'elle ne l'a pas vu brandir le sabre alors que les témoins affirment le contraire. "C'est dans la colère que j'ai fait ça", se défend-il à  la barre alors que le président lui rappelle qu'il est sous le coup d'une contrainte pénale en addictologie pour l'alcool. 

"Jamais je ne l'aurais fait. Ce sont les mots des auteurs de menaces de mort mais dans son cas, ce ne sont pas des paroles en l'air puisqu'il brandit un sabre", invective la procureure qui requiert une peine de 6 mois de prison, la révocation d'un sursis de 6 mois et le maintien en détention. Elle indique n'être pas opposée à  une détention à  domicile sous bracelet. La défense déclare, compte tenu du casier de son client, "être en phase avec les réquisitions du parquet qui prennent en compte ses problèmes d'addiction". Le tribunal suit les réquisitions mais maintient le prévenu en détention. 

Importation de cocaà¯ne et de kétamine par la poste

Une jeune professeur en art plastique était jugée pour avoir reçu de la cocaà¯ne et de la kétamine dans un colis en provenance de Toulouse. Ce sont les douanes qui ont eu le nez creux en vérifiant le contenu de l'envoi. La drogue était dissimulée dans un flacon de Sanex pour la kétamine quand la cocaà¯ne était, elle, diluée dans un flacon d'eau de Cologne. La trentenaire s'est fait interpeller en allant récupérer le 6 octobre dernier le colis parti le 12 septembre de la ville rose. Elle avoue en audition que ce n'est pas la première fois qu'elle essaye mais sans y parvenir. Dans cette affaire, elle indique qu'une amie à  elle et son petit ami ont une implication dans cet envoi. Si la première a été entendue et écope d'une peine de 3 mois de prison avec sursis et 500€ d'amende, le second n'a pas été inquiété. 

La jeune professeure est arrivée à  la réunion il y a un an, ça fait 10 ans qu'elle enseigne. Lors d'une soirée, elle rencontre un jeune homme qui deviendra son petit ami et qui l'initie à  la drogue. En audience, elle explique que cet envoi est destiné à  leur consommation mais que le surplus serait vendu. En résumé, c'est assez confus d'autant qu'elle a changé de version plusieurs fois. Au début, c'était son amie qui lui avait demandé de recevoir le colis pour elle. Ensuite, c'était son petit ami, texto à  l'appui. à€ la barre, elle a tout fait par elle-même. à€ noter, la présence de son amie dans la salle lors de l'audience. 

"Il n'y avait pas de bénéfices, c'était tout pour ma consommation", répond-elle au président qui la questionne sur ce qu'elle pouvait tirer de ce colis. "Je regrette beaucoup ce que j'ai fait, surtout que je suis enseignante et que ce n'est pas un bon comportement à  avoir", ajoute la jeune femme, indiquant ne consommer que de la kétamine. Les douanes estiment la quantité présente de cocaà¯ne à  25% dans le contenant pour un total de 583 grammes. La kétamine est estimée à  888 grammes, contenant inclus. Le rapport final retient 100g de cocaà¯ne et 40g de kétamine. 

"La drogue de type cocaà¯ne est d'autant plus destructrice qu'addictive. Les conséquences sont d'autant plus graves en milieu insulaire, surtout que cette drogue n'est pas présente naturellement sur l'île, il faut l'importer. Ce sont des produits rares et chers. Elle n'est pas poursuivie pour trafic aujourd'hui, mais c'est la seule à  collaborer avec la personne de Toulouse. Elle reconnait 4 ou 5 envois ratés et n'est pas très claire sur qui fait quoi. Au final, un texto prouve que son petit ami est impliqué une fois, mais tout tourne autour d'elle. Elle n'est pas instrumentalisée. Je vous demande une peine de 20 mois de prison dont 10 mois de sursis probatoire ainsi qu'un mandat de dépôt", requiert la procureure de la République. 

Pour la défense, "sa personnalité est à  prendre en compte, elle n'a pas de casier et afin de mieux comprendre, elle a vécu une enfance particulièrement difficile. Son père s'est suicidé alors qu'elle avait 5 ans et ensuite, son beau-père la battait ainsi que sa mère. Pour autant, elle n'est pas tombée dans la délinquance et s'en est sortie par les études. Elle n'est pas addicte mais elle l'aime - son petit ami - et est aveuglée alors qu'il la balade depuis plusieurs mois. Elle est parfaitement consciente de la gravité des faits qui ont été commis", plaide la robe noire. 

La prévenue est condamnée à  2 ans de prison, intégralement assortis d'un sursis probatoire. Le tribunal refuse la non inscription de la condamnation à  son casier pour le moment et lui inflige une amende douanière de 16.800€ soit 15.000€ pour la cocaà¯ne et 1.800€ pour la kétamine. Force est de constater que le tribunal s'est montré clément à  la vue des peines déjà  prononcées allant de 2 à  5 ans de prison ferme pour des faits en lien avec de l'import de cocaà¯ne. 

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