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Chronique judiciaire : Misère sociale, troubles psychiatriques et psychotropes produisent un cocktail explosif

Ce mercredi 18 septembre, le tribunal de Saint-Pierre a examiné trois dossiers lors de l'audience de comparution immédiate pour des faits de violences. Dans chaque cas, les prévenus étaient en situation de détresse sociale et/ou psychologique, associée à des psychotropes, les poussant à basculer dans la violence.
Ecrit par G.D. – le dimanche 22 septembre 2024 à 16H43

Il agresse un témoin en sortant de sa garde à vue

Âgé de 25 ans, Ryan est sans domicile fixe depuis presque 10 ans, bien qu'il souffre d'épilepsie. Originaire de l'Est, il a déménagé à Trois-Bassins pour se rapprocher de sa copine, chez qui il peut parfois loger. Le reste du temps, il squatte une maison abandonnée, entretenue par la famille de la défunte propriétaire.

Ryan s'installe dans la maison en retirant les nacos. Hormis quelques objets déplacés, il ne dégrade pas les lieux et va même jusqu'à entretenir le jardin, faisant croire au voisinage qu'il est le nouveau locataire. Toutefois, il découvre une cave à vin d'une valeur de 2.000 euros. Ne buvant pas, il tente de vendre les bouteilles de grands crus dans la résidence de sa copine... en les faisant passer pour du vin de Cilaos.

Finalement, la famille de la propriétaire découvre que quelqu'un a fouillé les lieux, et l'enquête des gendarmes mène rapidement à Ryan, qui vendait les bouteilles de vin. Interpellé et placé en garde à vue, il était convoqué pour une simple Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Mais trois heures après sa sortie de la gendarmerie, il agresse le gardien de l'immeuble où vit sa conjointe, l'accusant de l'avoir dénoncé.

Il est finalement jugé en comparution immédiate pour l'ensemble des faits et se voit condamné à une peine de 10 mois de prison, dont 4 mois avec un sursis probatoire.

 

Il s'invente une relation avec la conjointe de son père et finit par l'agresser

Depuis sa jeunesse, Jean souffre de problèmes psychiatriques non diagnostiqués et, surtout, non traités. Ces troubles ont probablement été aggravés par une agression au couteau qu'il a subie en juin dernier, le plongeant à deux reprises dans un état de mort cérébrale. Bien que sa survie relève du miracle, ce coup de pouce du destin ne l'a pas aidé à se sevrer de l'alcool ni à sortir du contexte social dégradé dans lequel il vit.

Dimanche dernier, il passe la journée avec Nirina*, la conjointe de son père, s'alcooliser. Les deux ont passé une nuit ensemble il y a quelques années, et depuis, Jean pense qu'ils sont en couple. Alors que leur taux d'alcoolémie atteint des sommets, un conflit éclate entre eux à propos d'une histoire de téléphone. Jean saisit un couperet et le pose sur le cou de Nirina. Celle-ci parvient à s'enfuir par le toit et se réfugie chez les voisins.

Le facteur aggravant de violences conjugales n'a pas été retenu, puisque cette relation n'existe que dans la tête de Jean. Il est néanmoins condamné à une peine de 15 mois de prison ferme avec maintien en détention.

L'aîné s'autoproclame chef de famille et tyrannise tout le monde

Comme le décrit le procureur, le contexte de cette dernière affaire est "un huis clos familial où tout peut dégénérer". Dans un petit logement vit une famille composée de la mère, ses trois enfants majeurs, la compagne et la fille de l'un d'eux. Personne ne s'entend vraiment, et chacun fait sa vie. Les seuls points communs entre eux : personne ne travaille et tout le monde se drogue au B13, cette nouvelle drogue qui prend de l'ampleur dans l'île.

Dans ce chaos, c'est Killian, le fils aîné, qui s'est autoproclamé chef de famille. Il violente tout le monde dans la maison, prétendant éviter qu'ils ne dérivent tous comme lui. À 24 ans, il compte déjà 15 condamnations. C'est donc pour plusieurs faits d'agressions sur sa mère, sa sœur et son frère qu'il est jugé.

Pour lui, tout est un complot de sa sœur, qui veut l'envoyer en prison pour être tranquille. S'il ne nie pas avoir la main leste, il affirme que "ce ne sont pas des violences, c'est de l'éducation". Pour le procureur, "le seul endroit où l'on sait qu'il ne commettra pas de violences sur sa famille est en prison". Il requiert donc une peine de 20 mois de prison, dont 10 avec sursis probatoire. Les juges suivent ces réquisitions, ajoutant une obligation de soin pour ses addictions et son comportement violent.

 

*Prénom d'emprunt

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