Chante pour la Grande Ile

Réjouissance au Barachois avec couleurs et chatoyance, nous aurions pu appeler ce billet « Madagascar pour tous » ou « Magnifique Alice » dans le miroir de l’élévation d’une fête où la joie était présente.
Voilà une bonne initiative de la commune pour une belle Réunion collective, populaire, artistique et gustative organisée par Tiana avec l’aide de plusieurs associations malgaches. Des stands et des groupes attrayants représentant les provinces, une action positive pour le tourisme culturel. Fête clôturée dans la nuit par le très dynamique groupe Black Nadia qui a su marier la modernité avec le rythme séculaire.
Lorsque Charles de Gaulle en 1960 se rend à Antananarivo à Mahamasina (ce qui rend sacré), et touche la grande pierre fondatrice pour lancer le processus de décolonisation des peuples, l’histoire est en marche.
Mais, il est une autre histoire, symboliquement puissante qui a été initiée par un ensemble de personnes dont de nombreuses femmes de cinquante ans pour traverser à pied du nord au sud la grande île « bénie » par cette grande marche qui avait une allure thérapeutique de médecin d’acupuncture dont l’objet de Diégo-Suarez à Fort-Dauphin était de distiller l’idée de paix et de réconciliation nationale, en dehors de tout clivage ethnoculturel, religieux ou politique. Toute cette équipe était menée par le médecin-artiste Alice Pèlerin qui nous ont fait avec son photographe de mari (médecin aussi) l’honneur de devenir membres de notre modeste Académie Réunionnaise Arts et Lettres. C’est donc avec un vif plaisir que nous avons participé au lancement symbolique de la seconde idée qui était d’ériger des stèles, totems pour la paix, sur tout le long du parcours.
La première stèle a été posée à Ramena (Madame Rouge) à 25 kilomètres de Diego et point de départ de la Marche. Les pêcheurs du village ont choisi symboliquement un grand poisson et cette stèle a été érigée le 24 décembre 2013, un jour solsticial prélude à Noël, lorsque l’on sait que le rouge représente à Madagascar la couleur royale (celle du cœur) et que le poisson est le signe du christ et des premiers chrétiens des Catacombes qui l’inscrivant dans les grottes où ils se réfugiaient, à savoir un signe de paix et d’élévation pour notre présente ère… un signe aussi de multiplication. Cette démarche volontaire de type apollinaire quand il nous rappelle à propos de Matisse : Ordonner le chaos, voilà la création. Et si le but de l’artiste est de créer, il faut un ordre dont l’instinct sera la mesure.
Ainsi la pensée directrice d’Alice et de ses magnifiques amies est noble (car sans ami(es), rien ne peut se faire), elle porte déjà ces fruits qui serviront à l’édification de cette harmonie à venir pour toutes les îles de l’océan Indien et par extension pour notre humanité.
Mihirà, mihirà i Madagasikara !
Christian VITTORI


