Chagos : la restitution à Maurice suspendue à la dernière minute par Londres

Le Royaume-Uni devait restituer ce jeudi 22 mai 2025 l’archipel des Chagos à l’île Maurice. Mais la Haute Cour de Londres a suspendu la signature de l’accord à la dernière minute, relançant un dossier aussi historique que sensible.
L’Histoire semblait en passe de tourner une page décisive : ce jeudi 22 mai, une cérémonie virtuelle devait sceller officiellement le transfert de souveraineté des îles Chagos du Royaume-Uni vers l’île Maurice. Pourtant, à la surprise générale, la Haute Cour de Londres a bloqué le processus à la dernière minute, sur décision d’urgence rendue dans la nuit par le juge Julian Goose.
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Cette suspension judiciaire intervient après la plainte de Bertrice Pompe, native des Chagos, qui conteste la légitimité de l’accord négocié entre Londres et Port-Louis. Le juge a ordonné que le Royaume-Uni “maintienne la juridiction” sur le territoire britannique de l’océan Indien “jusqu’à nouvel ordre”. Une audience a été fixée dans la journée pour évaluer la validité de cette injonction.
Un accord contesté et ajourné
L’accord prévoyait la restitution de l’archipel à Maurice, tout en maintenant l’usage militaire de l’île de Diego Garcia par le Royaume-Uni et les États-Unis via un bail de 99 ans. En échange, plusieurs milliards de livres sterling devaient être versés à Maurice, avec la création d’un fonds destiné au développement et à la réinstallation des anciens habitants des Chagos - à l’exclusion notable de Diego Garcia.
Mais cette dernière disposition est justement au cœur de la contestation. Les opposants à l’accord, menés par des membres de la communauté chagossienne, dénoncent leur exclusion du processus de négociation. Ils réclament un véritable droit au retour sur l’ensemble de l’archipel et la reconnaissance des torts historiques subis, notamment l’expulsion forcée de leur terre natale entre les années 1960 et 1970.
Entre enjeu judiciaire, géopolitique et mémoire
Le report surprise de la signature ravive les tensions diplomatiques. Maurice n’a pas officiellement commenté la suspension, mais une réunion d’urgence a été convoquée au Bureau du Premier ministre à Port-Louis. Londres, de son côté, se retrouve de nouveau empêtré dans un processus de restitution qu’il espérait voir finalisé.
L’injonction relance également le débat au Royaume-Uni, où plusieurs parlementaires s’inquiètent des conséquences géopolitiques de la restitution, notamment en lien avec les relations de Maurice avec des puissances comme la Chine ou l’Iran. Certains voient dans cet accord une brèche dans la sécurité stratégique de la base militaire de Diego Garcia, utilisée depuis des décennies par les États-Unis.
Au cœur du débat, la question du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes reste brûlante. Les Chagossiens ne veulent pas voir leur avenir scellé sans eux. Cette suspension judiciaire pourrait bien être le point de bascule d’un processus de décolonisation inachevé, 50 ans après l’arrachement de l’archipel à l’île Maurice.
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