Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

C’est manifestement manifeste

Ecrit par Pierrot Dupuy – le dimanche 24 avril 2011 à 10H21

Aucune image à la une trouvée pour cet article.

"La grande industrie a créé le marché mondial, le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce. Poussée par le besoin de débouchés nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les  pays. Les vieilles industries ont été supplantées par de nouvelles industries qui n’emploient plus de matières indigènes mais des matières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les  parties du globe.

De même que la bourgeoisie a soumis la campagne à la ville, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l’Orient à l’Occident.

La bourgeoisie supprime de plus en plus l’émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence fatale en a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier.  

Depuis des dizaines d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contres les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise. Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés mais encore un grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s’abat sur la société – l’épidémie de la surproduction.

À mesure que grandit la bourgeoisie, c’est à dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital. Ces ouvriers sont victimes des fluctuations du marché.

Les intérêts, les conditions d’existence au sein du prolétariat, s’égalisent de plus en plus, à mesure que la machine efface toute différence dans le travail et réduit presque partout le salaire à un niveau également bas. Par suite de la concurrence croissante des bourgeois entre eux et des crises commerciales qui en résultent, les salaires deviennent de plus en plus instables et la condition de l’ouvrier de plus en plus précaire. L’ouvrier moderne, loin de s’élever avec le progrès de l’industrie, descend toujours plus bas, au-dessous du niveau social de sa classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s’accroît plus rapidement encore que la population et la richesse".

De qui ces écrits ? Les plus anciens auront sans doute reconnu Karl Marx et Friedrich Engels car c’est d’eux dont il s’agit.

Cet extrait du "Manifeste du Parti Communiste", publié en 1848 me semble à bien des égards d’une brûlante actualité. Remplacez "bourgeoisie" par "capitalisme" et "ouvrier" par "salarié" et vous avez un texte d’aujourd’hui.  Vous trouvez, dans l’ordre, la mondialisation, la course à la productivité agricole à tout prix pour nourrir les villes puisque les campagnes se vident, l’exploitation des pays pauvres pour les matières premières (prix du cacao décidé à Amsterdam ou Anvers et non en Côte d’Ivoire qui en est le principal producteur, exploitation des matériaux -d’Afrique principalement- pour nos  portables et autres technologies), la concentration des richesses (seulement 600.000 assujettis à l’ISF sur 20 millions de foyers fiscaux imposables en France, 40 milliards de dividendes distribués par les entreprises du CAC 40 en 2010), des blocs resserrés (G20, G8, Europe) avec contrôle commercial de l’OMC et douane aux frontières de l’Europe, les crises économiques périodiques (la dernière  dite des subprimes n’a pas fini de se faire sentir) et concurrence exacerbée, surproduction en tout genre, les salariés qui sont la variable d’ajustement en cas de crise du libéralisme comme aujourd’hui, accroissement de la paupérisation générale (8 millions de personnes pauvres en France et 43,6 millions –un record- aux USA en 2010) et des salariés (2 millions de travailleurs pauvres en 2007 en France et 7,3 millions ou 28 millions selon les sources en 2003 aux USA).

Depuis 1848 les choses n’ont donc pas changé, elles se sont aggravées même et les dramatiques tentatives de mises en forme de la pensée marxiste n’ont donné vraiment rien de bon. De plus l’URSS (qui n’existe plus) est passée carrément à l’Ouest et la Chine vire capitaliste.  

Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge du communisme dont il ne reste que deux dinosaures (Cuba et Corée du Nord) dans le monde mais simplement de remarquer la constance de l’évolution mondiale, et ce texte s’y prête à merveille. Problème, que faire pour changer le monde ? Est-ce vraiment désespéré ou  bien alors les Taxe Tobin ou autres pourraient-elles inverser le cours des choses ?

Ce qui est sûr c’est qu’il y a encore des combats à mener et des places fortes à prendre.

Claude POTHIN

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :