Centre de stockage de déchets à Sainte-Marie : 20 hectares de terres cannières menacées, selon la FDSEA et la famille Barau

À Sainte-Marie, la FDSEA et la famille Barau rejettent le projet d’ISDU du SYDNE, estimant qu’il menace des terres agricoles parmi les plus fertiles de l’île. Le syndicat intercommunal maintient toutefois le cap vers une expropriation.
La Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de La Réunion a tenu une conférence de presse ce lundi 10 novembre sur la propriété de la famille Barau, à Beaufond (Sainte-Marie), pour affirmer son opposition au projet d’Installation de Stockage de Déchets Ultimes (ISDU) porté par le SYDNE. En cause : le choix d’un foncier agricole reconnu pour sa qualité exceptionnelle, actuellement cultivé en cannes à sucre.
Des terres « parmi les meilleures zones de production cannière »
La famille Barau, propriétaire du terrain concerné, a tenu à clarifier sa position après plusieurs rumeurs laissant entendre un accord avec le SYDNE. «Nous sommes contre le projet d’ISDU, malgré les rumeurs qui ont circulé. C’est clair et net. On a seulement autorisé des études de sol, pas donné notre accord», ont affirmé Magalie et Xavier Barau.
Pour eux, le projet met directement en péril leur exploitation : «Ce sont nos meilleures terres agricoles de toute la propriété, 10 % de la surface mais près de 20 % de notre chiffre d’affaires. Cela met trop en péril l’exploitation, la biodiversité et la filière canne.»
La famille s’inquiète également de l’impact environnemental du projet, situé « entre deux ravines », dont la ravine Charpentier, «riche en chevaquines et en cabots bouche ronde», selon un expert hydrologue mandaté par la famille Barau.
La FDSEA dénonce « un non-sens total »
Pour la FDSEA, ce projet va à l’encontre des engagements pris en faveur de la souveraineté alimentaire. «À l’heure où l’on nous demande de protéger les terres agricoles, implanter une ISDU sur l’une des meilleures zones arables de l’île est un non-sens total», a dénoncé Stéphane Sarnom, président du syndicat.
Selon lui, le projet représente «près de 20 hectares de terres perdues», avec «un risque d’extension à 60 hectares». «Nous interpellons l’ensemble du monde agricole et les élus : on ne peut pas accepter ça», a-t-il ajouté.
Élus et professionnels unis contre le projet
Le maire de Sainte-Marie, Richard Nirlo, a réaffirmé son opposition : «Depuis le départ, nous avons dit que nous étions contre ce projet. On nous a exclus du SYDNE pour ensuite nous planter un poignard dans le dos. Si je suis maire de Sainte-Marie, il faudra me passer dessus, car je ne laisserai pas faire.»
Lire aussi : ISDU : "Les Saint-Mariens ont dit 'non', nous porterons leur voix jusqu'au bout"
Même son de cloche du côté de Pierre-Emmanuel Thonon, co-président du Comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre (CPCS), qui dénonce un manque d’écoute du SYDNE : «Nous avons proposé des alternatives sur des terres en friche, mais rien n’a été pris en compte. Quand on sait qu’il y a 12.000 hectares de friches à La Réunion, ne pas trouver 20 hectares pour un ISDU, c’est incompréhensible.»
Pour la Région, la vice-présidente Céline Sitouze appelle à une solidarité mieux répartie : «La solidarité territoriale ne peut pas se faire uniquement sur le dos des Sainte-Mariens. Pourquoi continuer à enfouir autant de déchets alors que la loi impose une réduction d’ici 2035 ?»
Elle rappelle aussi que Sainte-Marie «a déjà suffisamment perdu de terres à canne à forte valeur agronomique », en plus d'avoir déjà «donné sa part avec la station d'épuration du Grand-Prado».
Le SYDNE maintient le cap vers l’expropriation
De son côté, le président du SYDNE, Daniel Alamélou, assume la poursuite du projet malgré les oppositions. «Nous avançons sur ce dossier», a-t-il déclaré, interrogé à la fin du conseil syndical du SYDNE qui s’est réuni dans la matinée.
Lire aussi : ISDU : Alamélou lance un “appel” à Richard Nirlo
Selon lui, «la phase d’expropriation» est désormais engagée : «Nous allons procéder à l’expropriation même si nous ne fermons pas complètement la porte à la forme amiable. Mais nous considérons que le propriétaire du foncier ne revient plus vers nous sur les propositions faites depuis le 14 août dernier. Nous sommes donc entrés dans cette phase d’expropriation.»
Une déclaration d’utilité publique (DUP) devrait être déposée en décembre, tandis qu’un projet d’intérêt général a déjà été transmis à la préfecture le 30 septembre dernier et reste en cours d’instruction.
Un front agricole qui reste mobilisé
Malgré cette annonce, la FDSEA et la famille Barau affirment leur détermination à poursuivre le combat. Pour elles, le projet de Beaufonds illustre «une déconnexion entre la politique de gestion des déchets et la protection du foncier agricole».
Elles appellent à un moratoire sur l’implantation du site et à un dialogue renouvelé pour identifier des terrains alternatifs non cultivés.


