"Ce n’est pas la journée des fleurs" : à Saint-Denis, les femmes transforment le 8 mars en cri de colère

Plus de deux cents personnes ont défilé ce dimanche 8 mars dans les rues de Saint-Denis pour la Journée internationale des droits des femmes. Devant la préfecture, plusieurs militantes ont pris la parole pour dénoncer inégalités salariales, précarité, violences et conditions de travail dégradées, rappelant que cette date reste avant tout une journée de lutte.
Sous le soleil déjà haut de ce dimanche 8 mars, les pas résonnent sur l’asphalte du centre-ville de Saint-Denis. Les pancartes oscillent au rythme de la marche.
Des slogans griffonnés à la main, des drapeaux violets, quelques tambours. En tête du cortège, des femmes de tous âges. Certaines venues entre amies, d’autres avec leurs enfants, d’autres encore derrière les banderoles d’associations et de syndicats.
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En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, plus de deux cents personnes ont défilé dans les rues de la capitale réunionnaise.
Quelques heures plus tôt, près de 3000 participantes s’élançaient déjà depuis Champ Fleuri pour la Dionysienne, course emblématique devenue au fil des années un rendez-vous sportif et symbolique.

Mais à midi, devant la préfecture, l’atmosphère change. Ici, ce n’est plus la course. C’est la parole.
Une femme prend le micro. Elle regarde la foule rassemblée, compacte mais attentive. Les premières phrases tombent, nettes.
Naomi Saquoitier--Balon, de l'union 974 étudiant : "Ce n’est pas une journée pour offrir des fleurs ou des soins. Ce n’est pas la journée de la femme. C’est une journée de lutte internationale."
Les applaudissements montent aussitôt. Car le ton est donné. Dans le monde, rappelle-t-elle, les femmes subissent encore guerres, régimes autoritaires et violences structurelles. De l’Iran à l’Afghanistan, de la Palestine au Soudan, en passant par le Rojava, le Venezuela ou l’Ukraine.
"Avec nos sœurs du monde entier"
La manifestation dionysienne se veut solidaire de ces combats lointains. "Nous sommes en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier", poursuit-elle, les couleurs de la CGT dans le dos, dénonçant la montée des politiques réactionnaires et la remise en cause des droits des femmes et des minorités.

Mais très vite, les regards se tournent vers la réalité locale. La Réunion, disent les intervenantes, n’échappe pas aux inégalités. Dans les métiers de l’éducation, de la santé ou de l’accompagnement social, majoritairement féminins, "la même mécanique se répète". Une attente d’abnégation permanente, souvent justifiée par une supposée "nature maternelle".
"Cette vision sexiste sert de paravent à l’exploitation", lance une autre voix au micro.
Les revendications s’alignent. Revalorisation des métiers féminisés. Égalité salariale. Fin du temps partiel imposé. Transformation des contrats précaires en emplois stables. Réduction du temps de travail avec embauches correspondantes. Derrière ces mots d’ordre, des expériences concrètes. Des insultes au travail. Des agressions. Des conditions de travail dégradées.
Précarité
Dans l’île, la précarité frappe particulièrement les femmes. Les chiffres circulent dans la foule, répétés par les militantes. "Le taux d’emploi féminin reste bien inférieur à celui de l’Hexagone", glisse-t-on. Les salaires sont plus faibles. Et les familles monoparentales, dans leur immense majorité, sont dirigées par des femmes.

Jocelyne, de la CGT : "Beaucoup sont mères seules. Beaucoup vivent avec des revenus fragiles. Dans plus de la moitié des cas, ces familles vivent sous le seuil de pauvreté."
La question du travail invisible revient souvent dans les discours. Les tâches domestiques, l’éducation des enfants, l’aide aux personnes âgées ou en situation de handicap. Des activités quotidiennes, essentielles, mais rarement reconnues.
"Quatre-vingts pour cent des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine et au ménage, contre un peu plus d’un tiers des hommes", rappelle une intervenante. Et ce temps invisible pèse sur les carrières, sur les salaires, sur l’autonomie.
Puis vient le sujet des violences. Le silence se fait plus lourd dans la foule.
Pas devant le micro : "Dans le monde, près d’une femme sur trois subit des violences sexuelles ou conjugales au cours de sa vie. À La Réunion, chaque jour, quinze femmes déposent plainte pour violences conjugales. Les forces de l’ordre interviennent en moyenne dix-sept fois par jour pour des violences intrafamiliales."
"Nous continuons à compter nos mortes", dit simplement une militante. Glaçant.
Les applaudissements cette fois sont plus graves.
Accompagnement des victimes
Les intervenantes réclament davantage de moyens pour la prévention, l’accompagnement des victimes et la sanction des agresseurs. Elles dénoncent aussi l’impunité persistante, les plaintes classées, les viols rarement condamnés.
La liste des combats s’élargit encore. Une éducation non sexiste. Une véritable éducation à la vie affective et sexuelle dans les écoles. L’accès égal des femmes aux postes de responsabilité. Des politiques publiques capables de lutter contre les violences sexistes et sexuelles au travail... La liste est longue.
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Autour de la préfecture, les manifestantes commencent à se disperser lentement. Certaines discutent encore, autour du casse-croûte. D’autres replient les banderoles.
Le soleil de midi frappe les façades du centre-ville. La foule se dilue peu à peu dans les rues de Saint-Denis.
Mais les voix, elles, continuent de porter. "Tant que l’égalité ne sera pas réelle, disent les organisatrices, le 8 mars restera une journée de lutte."



