Bruny Payet est contre la nouvelle route du Littoral
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Je ne suis pas d’accord avec ce projet soumis à la consultation du public.
A mon avis, les raisons qui ont été retenues par le passé pour écarter les scénarios de route en hauteur ou en tunnels, au profit d’une route « aménagée » en pied de falaise, sont devenues obsolètes. A fortiori le projet soumis aujourd’hui à notre consultation devient d’autant plus contestable.
On persisterait encore dans une voie qui nous expose toujours aux dangers des forces de la nature qui demeurent aussi imprévisibles qu’incontrôlables.
Je lui préfère la solution de 2 x 2 voies en double tunnels avec le tunnel réglementaire de sécurité.
J’exposerai cette position ci-après.
I. Pourquoi je ne suis pas d’accord avec le projet présenté par la Région
A. Ce projet est pharaonique mais pas plus solide
Non seulement le projet est d’un coût pharaonique mais sa destruction par les forces naturelles n’est pas exclue et de ce fait il maintient l’incertitude de la liaison nord entre La Possession et Saint-Denis.
1. La gabegie d’un projet pharaonique
Le projet engouffre la somme de 1,6 milliard d’Euros. L’incidence financière des choix techniques (digue et viaduc) s’avère mal maitrisée. Les actions futures de la collectivité risquent d’être gravement compromises.
D’ailleurs tout le monde semble s’accorder sur des dépassements budgétaires inévitables du seul fait de l’évolution du cours des matières premières mais aussi de la particularité maritime du projet qui ne manquera pas d’alourdir les imprévus des marchés.
Ce projet, par son coût, vient se rajouter à la gabegie entraînée par les erreurs de jugement des choix initiaux, constatées toujours trop tard.
Avant même le premier coup de pioche, des surcoûts sont déjà envisagés ! L’argument du coût excessif du tunnel présenté dès l’origine dans les années cinquante - et même encore sous la mandature précédente – n’a plus de sens aujourd’hui. Cela remet en cause le choix d’un nouveau tracé en mer.
2. Une liaison toujours incertaine
Le projet présenté ici par la Région ne supprime pas l’insécurité en remplaçant les dangers actuels d’éboulement par des nouvelles menaces marines et sous-marines futures.
En effet tout projet par mer en digue ou viaduc, expose l’ouvrage au danger des houles cycloniques et aux lames de fonds. Celles-ci remontent et déstabilisent les pentes des fonds sous-marins à plus ou moins long terme. Sommes-nous certains que les contraintes de notre environnement géologique et climatique ont bien été intégrées dans leurs aspects dynamiques pour calculer le projet ?
D’ores et déjà les tétrapodes que l’on a pourtant dû alourdir, doivent régulièrement être remplacés.
C’est un lieu commun de rappeler que ces dangers seront aggravés part le réchauffement climatique. N’oublions pas que le tsunami extrême, envisagé haut de 10m à Fukushima par les ingénieurs japonais, l’a été en fait de 14m !
De la même façon, dans l’hypothèse malheureuse d’un dépassement toujours probable du risque envisagé, la société réunionnaise sera-t-elle encore en mesure de faire face à la situation de crise nouvelle ? Cet ouvrage sera t-il toujours à l’échelle de nos moyens techniques et financiers ?
Pourrons-nous toujours l’entretenir ou le reconstruire même partiellement ? Que ferons-nous, même temporairement, sans cette liaison ?
B. Il manque une étude hydraulique de l’ensemble du projet sur modèle réduit
Il ne suffit donc pas de relever la route au-dessus des vagues de houle dites « les plus hautes » ou de promettre un système encore "révolutionnaire" de fondation - prétendu aujourd’hui "parfaitement maîtrisé" - pour se protéger de nos inquiétudes. On tente de nous rassurer avec la modélisation de la digue en bassin. Mais on oublie que toutes les digues doivent être en permanence entretenues sous l’effet des sollicitations dynamiques et permanentes de l’océan.
En conséquence, au vu de l’échelle et du prix de l’ouvrage, l’absence de simulation hydraulique de l’ensemble du projet (digue et viaduc), à bonne échelle et sur la durée, fait craindre une insuffisance d’étude sérieuse des risques.
Comme la Région choisit d’exposer l’ouvrage aux phénomènes marins, les moins sécurisants, il s’agit ci-dessus de craintes légitimes d’un contribuable et futur usager.
C. L’empreinte environnementale est désastreuse
1. Destruction des ressources et paysages locaux
Les mouvements de matériaux en déblais et remblais ne sont pas équilibrés. Le projet réclame pour les digues, l’apport de 40 millions de m3 provenant de sites d’extraction éloignés. Cela aggrave non seulement le coût mais aussi l’empreinte carbone dus tous deux au transport routier.
En outre, les paysages des sites d’extraction, avec leur faune et leur flore, seront définitivement bouleversés.
2. Modification de l’espace marin :
On ne peut ignorer qu’un tel projet par son emprise, modifiera aussi, profondément et durablement notre milieu marin dans son ensemble. Les conséquences sont imprévisibles sur la faune, la flore et les courants côtiers.
Les sommes engagées pour reconstituer, en principe, notre cadre de vie, ne cesse de s’amplifier.
Les anciens peuvent témoigner de tous les dommages causés par les choix erronés d’aménagement du territoire et aussi par manque de prévoyance sur plusieurs générations.
II. Ma proposition
Je me place ici dans l’hypothèse où le développement de la Montagne s’appuierait sur d’autres ouvrages. En conséquence, je vous propose de toujours nous inscrire dans l’objectif d’un développement économique par le bas : recherchons un transit fiable et sécurisé entre La Possession et Saint-Denis !
Alors ne pouvons-nous pas retenir le tunnel comme protection, durable et économique vis-à-vis des phénomènes naturels raisonnablement envisageables ? Nous allons le voir.
A. Je propose de revenir au projet suivant :
Des tunnels de la Possession à Saint-Denis, pour se protéger définitivement de l’instabilité de masse de la falaise et des dangers provenant de l’océan.
Ce scénario a déjà été écarté à maintes reprises, notamment pour son coût jugé alors trop élevé. L’argument semble "périmé". Cela mérite aujourd’hui d’être de nouveau débattu à la lumière de l’inflation des coûts :
· d’investissement puis d’entretien et de sécurisation observés sur "l’existant",
· et de ce qui nous est proposé, qui est déjà pharaonique.
Notre solution de tunnels permet en outre d’envisager une réalisation "phasée" des travaux au fur et à mesure des besoins.
Par ailleurs, nous verrons plus loin la réponse à l’argument de la congestion du tunnel : un vrai problème de circulation et de ventilation, pour lequel les solutions existent.
1. Un siècle durant, le tunnel a fait ses preuves à la Réunion
Une solution de 2 x 2 voies en double tunnels (compris le tunnel règlementaire de sécurité) est une solution éprouvée toujours pratiquée dans le monde. J’aime rappeler que même Haroun Tazief, le vulcanologue bien connu, de passage dans l’ile, avait publiquement préféré la solution du tunnel (voir le JIR de l’époque).
Le recours à un tunnelier est mieux maîtrisé que l’immersion de viaduc ou digue sur nos pentes sous-marines instables. Combien de débarcadères ont été emportés par l’océan !
Le chemin de fer à circulé dans des tunnels à roches nues pendant près d’un siècle mais il est vrai dans un diamètre réduit… Dans notre cas, le soutènement préconisé de la voute - de plus grande portée - par des ouvrages en béton armé est d’usage courant. En plus, l’expérience acquise pour le basculement des eaux dans la résolution des obstacles rencontrés - dont la gestion des eaux souterraines - ne peut que profiter aux futurs tunnels à la Réunion (voir l’article du JIR du 26/05/11 : "On ne peut pas prévoir l’inattendu").
2. Un phasage des travaux est possible
Le phasage des travaux peut être envisagé pour des raisons économiques et en fonction des besoins ou des nécessités :
- En première période, seules les deux voies côté montagne seraient remplacées par des voies en tunnels. Les deux voies actuelles côté mer seraient maintenues provisoirement.
Donc dans un premier temps, un seul tunnel à deux voies (sens La Possession → St-Denis) doublé du tunnel de sécurité, resterait accompagné des voies côté mer. Les voies en pied de falaise seraient conservées "au cas où". Leur coût d’entretien devra être maintenu par la collectivité.
Ce dispositif autorise une flexibilité suffisante pour maintenir la permanence de la liaison : les coupures totales du trafic seront supprimées. Le "canal bichiques" entrera alors dans nos livres d’histoire !
- A terme, le deuxième tunnel de deux voies assurera finalement la sécurité de l’ensemble.
Ultérieurement, quand les conditions s’imposeront, il serait procédé à l’ouverture des autres tunnels pour sécuriser hors de l’océan la liaison dans l’autre sens : St-Denis → La Possession.
En définitif, cette solution avec son phasage, semble la plus supportable économiquement.
B. Les trois articulations du projet à soigner
Certain aspects de ce projet que chacun jugera avec moi important, ne peuvent être négligées !
1. Protéger et valoriser le site de la Grande Chaloupe
Il faudra bien évidemment raccorder les tunnels avec la quatre voies au droit de la Grande Chaloupe. Car le transit interurbain doit éviter le secteur historique et de nature sensible du site.
L’ouvrage doit rester en effet à l’écart de façon à sauvegarder son patrimoine historique, sa faune et sa flore endémique. Si l’accès touristique ou résidentiel doit bien en être facilité, l’échangeur du projet régional à plusieurs dizaines de millions d’euros lui, est hors d’échelle. Sa conception est inadaptée à la fréquentation que l’on souhaite mesurée pour valoriser tout en sauvegardant le site.
Il n’est surtout pas sérieux de proposer à retenir des "demi-échangeurs" dans cette consultation.
2. Fluidifier impérativement l’entrée Ouest de St-Denis
Les embouteillages quotidiens bien connus des automobilistes à l’entrée Ouest de Saint-Denis se reporteraient bien entendu au débouché du tunnel.
L’aération (notamment directe sur l’océan) de l’ensemble des tunnels, par ventilation artificielle en plus de naturelle, s’impose de toute façon pour faire face à tout risque de congestion, comme cela se fait couramment pour extraire l’air vicié dans les parkings souterrains.
Mais la solution à l’embouteillage repose sur les mesures tant attendues pour fluidifier le trafic entrant dans le chef lieu. Et celles-ci sont en discussion entre les collectivités responsables. C’est un autre débat.
3. Rendre à La Possession son front de mer
A la sortie des falaises, le projet régional prévoit de compléter et d’améliorer le giratoire existant. Une bretelle permettra enfin de sortir de la route littorale pour rejoindre immédiatement les rampes de la Montagne côté Possession.
Mais au risque d’être hors sujet, le problème dramatique des Possessionnais est d’avoir été dépossédés de leur front de mer et de continuer à l’être par l’extension du port Est. Le moment n’est-il pas enfin venu avec ce nouveau projet routier de repenser la traversée de la commune par la quatre voies ?
Soit celle-ci dans son emprise actuelle sur la façade maritime de la ville, passera en tranchée couverte par une place paysagère reliant à nouveau la ville à la mer ;
Soit il s’agira de reconquérir l’emprise nécessaire à une déviation par l’arrière du centre-ville tel que cela aurait dû être fait dès le début…Cela semble encore possible !
III. Conclusions
Le choix d’une liaison en pied de falaise, finit par devenir insoutenable techniquement et financièrement, dans sa dérive vers le large : un sentier, puis une fois deux voies, ensuite deux fois deux voies pour finir … "les piliers dans l’eau".
Vu les problèmes posés, ce choix ne doit-il pas être dorénavant écarté par sagesse ?
Vouloir regrouper l’ensemble des flux de marchandises, de transports en commun et individuel sur le même ouvrage, semble risqué tant cela interdit toute alternative de déplacement en cas de sinistre.
Ma proposition phasée, bâtie sur le scénario de tunnel, offre plusieurs avantages sur les solutions retenues jusqu’ici :
- Le tunnel nous abrite définitivement des chutes de pierre comme des attaques de la mer. Nous avons vu que tout projet en pied de falaise ou dans l’océan, ne pouvait être sécurisé.
- La possibilité de le réaliser par phases successives selon les besoins ou les nécessités. Chaque phase constitue une tranche fonctionnelle complète. Il est certain qu’en attendant une deuxième phase de réalisation des tunnels, l’ensemble des ouvrages (existants et premiers tunnels) entre Saint-Denis et La Possession, pourra-être utilisé avec une certaine souplesse en fonction des aléas liés aux intempéries.
Ainsi l’énorme sacrifice financier consenti jusqu’ici, jusqu’au filet de protection, ne serait pas abandonné comme par caprice dans le projet de la Région, après seulement 40 ans !
- A la différence des projets envisagés jusqu’ici par l’Etat et la Région, notre phasage permet de sécuriser totalement les deux sens de circulation, en différant les dépenses dans le temps. Avec les digues et viaducs, celles-ci une fois engagées, ne peuvent plus être différées ou arrêtées surtout sur une largeur de 6 voies !
Par son caractère pharaonique et marin, le projet régional engagerait définitivement l’avenir des finances de la collectivité dans un devenir économique qui reste encore incertain.
Si la Région nous engage malgré tout dans cette direction, ne risque-t-on pas, faute de moyen, de ne jamais voir le bout de cet ouvrage à 6 voies ? Et toujours sans liaison sécurisé Possession - Saint-Denis. La Réunion ferait ainsi à son tour l’expérience d’un ouvrage d’art d’ampleur, inachevé…
Bruny Payet
Ancien conseiller régional


