Blessés des armées : un village en projet, un marathon pour le concrétiser

Alors que la France commémore aujourd’hui l’armistice du 8 mai 1945, l’ARBA (Association Réunionnaise des Blessés des Armées) se bat depuis 6 ans pour venir en aide aux ex-soldats blessés, mais aussi d’active. Son but : créer le premier village de France des blessés des armées, à Saint-Benoît, pour pallier un manque d’infrastructures localement. Pour lever des fonds, elle organise un 1er marathon des blessés des armées le 25 mai à Saint-André.
Depuis son départ de l’armée, il y met son « cœur et ses tripes ». Ancien parachutiste blessé à plusieurs reprises, c’est en 2016 que Frédérick Nivarosa rentre sur son île après 25 ans passés sous les drapeaux. Rapidement, il se rend compte de la « difficulté qu’avaient tous mes camarades à s’insérer dans la vie civile ».
Il n’hésite pas à parler d’un véritable « rejet ». « De retour à la vie civile, certains peuvent se sentir rejetés et se renfermer, pas par le Réunionnais en lui-même mais par les institutions, l’ensemble de la communauté. Dès que l’on dit qu’on est blessé et qu’on cherche un travail qui prend en compte nos pathologies, il n’y a pas le temps avec nous ». Il évoque une « certaine incompréhension » pouvant parfois exister entre deux mondes – militaires et civils.
Les institutions sont accusées de toujours renvoyer l’ex-soldat vers la case armée alors que celle-ci n’apporte qu’un soutien limité localement. À La Réunion, les militaires blessés n’ont pas accès à des structures spécialisées comme des hôpitaux militaires.
Il n’y a rien. Alors il a tout créé.
« On reprend tout à zéro »
Après avoir fondé l’ARBA (Association Réunionnaise des Blessés de l’Armée), c’est un premier refuge qui voit le jour, à Saint-Pierre, avec potager, activités et vie collective pour retisser du lien et « se reconnecter à la terre ». Il loue une maison à cet effet pendant deux ans.
Sa retraite y passe financièrement, et même sa moto, l’ARBA ne bénéficiant d’aucune subvention. Le soutien de ses frères d’armes et de civils ne se fait pas attendre : l’association compte aujourd’hui plus de 200 adhérents. Elle intervient notamment tout au long de l’année dans les établissements scolaires (plus de 7 000 élèves à ce jour).
Le projet est avant tout humain : depuis sa création, l’ARBA offre un soutien à ceux qui, de retour à la vie civile, se retrouvent seuls, blessés dans leur chair ou leur tête et peuvent se sentir rejetés par les institutions. Premier objectif : rompre l’isolement. « On reprend tout à zéro, certains peuvent sombrer dans l’alcool, la drogue, parfois jusqu’au suicide. Il y en a déjà eu sept… Le dernier n’avait que 21 ans, tout ça est une réalité », confie le fondateur. Avec son association, il veut « recréer une famille, une cohésion ». Un combat que l’association résume dans son slogan : « Reconstruire ensemble par la reconnaissance ». Son logo : un paille-en-queue arborant les couleurs tricolores. « Il veut tout dire, reprendre son envol même quand on est abîmé, physiquement ou dans la tête », le leitmotiv de celui que l’on surnomme « Nicki ».
« Beaucoup ignorent qu’il y a des blessés ici »
Première étape : mettre dans la lumière ces blessés. Ils sont plus d’une centaine dans l’île selon l’association, « mais ils sont sûrement plus », estime Frédérick Nivarosa. « Beaucoup de gens ne savent pas qu’il y a des blessés de guerre ici », regrette l’ancien parachutiste. Parmi ses adhérents, le plus âgé a 93 ans et a servi sous les ordres du général Bigeard ; un autre « ne parle plus depuis 30 ans et la grotte d’Ouvéa en 1989 ». Un des derniers adhérents à avoir rejoint l’association vit à Sainte-Anne. Il a perdu une jambe en servant son pays.
Cette mise en lumière prendra des allures de fête du vivre-ensemble. Ce sera le 25 mai, à l’occasion du premier marathon des blessés des armées organisé par l’ARBA, à Saint-André. Sportif et solidaire, ouvert à tous, l’évènement rassemblera des militaires blessés et valides, des civils, des coureurs expérimentés et amateurs. Un moment de partage et de soutien envers les blessés des armées auquel certains participeront en relais, à l’aide d’une joëlette ou en vélo adapté.
Trois parcours sont proposés : un marathon organisé dans les rues de la commune, un semi-marathon et une course de 4 km, « Les Foulées des Blessés », accessible à tous. Les inscriptions sont possibles jusqu’au 21 mai sur le site sportpro.re (60, 30 et 10 euros pour les licenciés / 62, 32 et 10 euros pour les non-licenciés). Chaque participant se verra remettre un dossard, un t-shirt et une médaille. On compte pour l’heure déjà plus de 300 inscrits.
Un village pour renaître
Chaque euro récolté servira à financer un projet cher au cœur de l’ARBA : la création du premier village de France dédié aux blessés des armées. Après avoir frappé à de nombreuses portes, c’est à Saint-Benoît que l’association a obtenu un soutien, sous la forme de la mise à disposition des anciens locaux de l’ALEFPA, à la Confiance.
Patrice Selly y voit l’occasion de « rendre hommage à tous ces blessés de nos armées, c’est un juste retour des choses ». Grâce à ses sept bâtiments, le village permettra de créer un espace dédié à la parole, une cellule d’accompagnement psychologique mais aussi social, une maison pour accueillir les familles, des lieux dédiés à des activités plus ludiques, un potager, un réfectoire… « Tout sera fait pour le bien-être du blessé, on va créer quelque chose de fort », ambitionne le président de l’ARBA.
Si le site, abandonné depuis trois ans, reste en bon état général, des travaux et un bon coup de peinture sont nécessaires. Un important défrichage a déjà été effectué par l’association.
Pour mener à bien le projet, l’ARBA a réussi à fédérer de nombreuses bonnes volontés avec l'envie d’associer les jeunes et d’ouvrir les portes au-delà de l’armée. Les cadets du RSMA, de la gendarmerie, mais aussi la chambre de métiers via son centre de formation de Saint-André et le LP Jean-Perrin sont déjà engagés dans le projet. La porte est grande ouverte à tous ceux qui veulent apporter leur pierre à l’édifice, par un don financier (défiscalisable) ou de matériel.
Le juste soutien d’une nation envers ceux qui ont servi sa cause. Parfois par le plus grand des sacrifices.

L’ARBA lors de la 6 ème journée des Blessés des armées organisée en juillet 2022 au 2 ème RPIMA (photo D.R)

L’association organise le 1er marathon des blessés des armées à Saint-André

L’ARBA intervient tout au long de l’année dans les établissements scolaires (photo D.R)

La mairie de Saint-Benoît a mis les anciens locaux de l’ALEFPA à disposition de l’association



