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Bello/Gironcel : Bon dié i dor pa

Ecrit par Georges Donald POTOLA – le samedi 14 février 2026 à 08H44

- Courrier des lecteurs -

La décision de Maurice Gironcel de soutenir Frédéric Maillot ravive une guerre interne que beaucoup croyaient close. Cette bataille pour la succession du Parti communiste réunionnais a commencé bien avant la mort du « Grand Chef » Paul Vergès. Dès que celui-ci a vieilli, la meute a commencé à penser à l’après. Aujourd’hui, Sainte-Suzanne est un champ de bataille politique. La ville peut devenir la tombe du PCR ou lui offrir une survie inespérée. L’enjeu dépasse la commune.

Le PCR n’était plus un parti, il était devenu la machine personnelle de Paul Vergès. 9 hommes verrouillaient la direction, près de 250 cellules et une vingtaine de sections obéissaient sans discussion, toute contestation était assimilée à une trahison.

Les victoires régionales de 1998 et surtout de 2004 précipitent la faute stratégique : Paul Vergès écarte Huguette Bello, héritière naturelle, pour imposer un médecin non communiste. Humiliation pour cette militante des origines, passée par toutes les crises et marquée par les violences du 4x4 de Tampon. Charismatique, populaire, redoutée, elle doit disparaître du jeu.

Le comité murmure. La base gronde. Mais personne n’ose affronter le Grand Chef. Pour les ambitieux tapis dans l’ombre, c’est simple, « un rival de moins ».  

Quant la pyramide devient une prison.


Paul Vergès, installé « au quatrième étage », ne voit plus que sa famille, le comité et son cabinet technocratique. Les militants sont ignorés, leurs souffrances méprisées « pas de temps pour les petites gens ». On recrute des « zoreils » étrangers à la réalité réunionnaise, dans un département frappé par le chômage, là où le PCR clamait encore « donne Kréol travail ». La base se sent trahie, tandis que le cabinet rassure « tout va bien, Grand Chef ».

Saint-Paul : l’humiliation suprême


En 2008, Huguette Bello réalise l’impensable, battre la droite à Saint-Paul, un bastion ou le grand chef a toujours échoué et cela malgré les sabotages du PCR. L’élection est annulée, en 2009, et le peuple tranche à nouveau, plus largement encore. Bello devient une menace directe. Tous les coups sont permis, avec la bénédiction silencieuse du sommet. Elle s’éloigne du PCR, consciente qu’on cherche à la détruire.

En 2010, le maintien de la candidature de Michel Vergoz  du PS, offre la Région à Didier Robert. Le grand chef est battu, une catastrophe. Mais la direction du PCR cherche des boucs émissaires. On accuse encore Huguette Bello, pourtant absente de la campagne. La vérité est limpide, sans le maintien de la candidature PS, la Région serait restée communiste.

En 2012, Huguette Bello fonde le PLR avec de jeunes candidats. Elle parie sur l’avenir pour reconstruire une gauche populaire. En 2014, les derniers cadres du PCR s’acharnent contre elle à Saint-Paul jusqu’à provoquer sa chute. On découvre alors des arrangements honteux avec la droite.

Sainte-Suzanne : dernier bastion


La guerre interne éclate au grand jour. Pierre Vergès est évincé. Maurice Gironcel hérite d’un parti en ruines. Sainte-Suzanne devient le dernier bastion. Le Grand chef historique du PCR disparaît le 12 novembre 2016.

Pour sauver alors sa commune, Gironcel pactise avec les socialistes, ennemis historiques. Les finances se stabilisent, mais la justice le contraint à quitter la scène.

Il faut alors choisir : livrer la ville aux socialistes ou la confier à la vraie gauche, portée par Huguette Bello. Cette dernière a entre-temps reconquis avec courage et foi, la mairie de Saint-Paul, plusieurs communes du département, et surtout la Région. Gironcel choisit finalement de soutenir Frédéric Maillot, poulain de Bello. Il sait que la succession a été sabotée et que Bello a été injustement écartée. Son geste est un rattrapage politique.

Ni les héritiers autoproclamés, ni les socialistes n’ont gagné, ce sont les enfants de cette guerre qui prendront peut-être le relais.

Huguette Bello, contrairement à Paul Vergès, a organisé sa succession. Autour d’elle, une nouvelle génération s’est formée : jeunes, compétents, lucides. Elle a reconstruit une gauche de terrain, profondément enracinée dans le peuple et auprès des militants.
Elle a compris que la succession se gagne par les urnes.
Le ralliement à Sainte-Suzanne peut devenir le point de départ, et surtout l’acte fondateur de la refondation d’un communisme réunionnais modernisé, débarrassé de ses dogmes et fidèle au peuple, même si le nom change.

Comme dit le créole : « BON DIE I DOR PAS ».

Georges Donald POTOLA

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