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Assises : Les deux sœurs sous l’influence d’un gourou

Le procès pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner de Sabeira et Sophia I. sur leur soeur Mariame a repris ce mardi par les auditions de différents intervenants, dont les fils de la victime. Fait rarissime dans un procès aux assises, personne ne s’est constitué partie civile, pas même ses trois enfants.
Ecrit par zinfos974 – le mardi 7 septembre 2021 à 20H39

Le premier à entrer en scène est le médecin légiste. Il indique qu’à son arrivée, le corps était à même le sol et que la victime faisait état de nombreuses ecchymoses. Ses vêtements étaient emplis de selles liquides et de sang alors que son corps ne portait aucune trace, comme si il avait été nettoyé.

Tout le corps était marqué mais particulièrement l’arrière du crâne. Il conclut que le décès était dû à une diminution de la masse sanguine, occasionnant des troubles neurologiques. Il explique également que la victime avait sur les bras des traces de défense. Il note également qu’à 18h, la température du corps n’est plus que de 31 degrés, rendant impossible le décès dans l’heure ou même la demi-heure. 

Le médecin traitant lui succédait, indiquant qu’il suivait Mariame depuis 2014. Il a vu le corps le jour de sa mort : « Le corps était à terre avec de nombreux hématomes, il était méconnaissable », indique-t-il à la cour. Il ne confirme pas avoir constaté sur sa patiente des crises de démences, alors que les accusées l’affirme pour justifier de l’emploi de la violence sur leur soeur pour se défendre. 

"Ma mère était la meilleure des mères qu’il y avait"

Le fils aîné de 45 ans de Mariame lui succède à la barre. « La maison était un château fort. Je ne pouvais pas voir ma mère quand je voulais, il fallait toujours demander à l’avance. Mon frère ne pouvait plus venir la voir seul à cause de son caractère rebel. Quand je posais des questions à ma mère, c’était toujours une soeur qui répondait pour elle. Pour les questions gênantes, il n’y avait jamais de réponse. Elles sont manipulées par un gourou que j’ai vu quand je suis allé en Inde. C’est la plus belle arnaque que j’ai jamais vue de ma vie. Nous étions une famille très aisée et nous avons été ruinés par ce gourou. Il a construit un village entier autour d’une tombe en Inde avec l’argent de la famille. C’était une famille sous influence de ce monsieur, d’abord le père, puis ensuite le fils. Pour la mort de ma mère, je n’ai pas d’explication mais si on allait dans leur sens tout allait bien sinon c’est qu’on était malade. Elles étaient tellement accro' à ce gourou que s'il leur avait dit de la découper, elles l’auraient fait. Nous avons refusé de nous porter partie civile car nous voulons en finir. Ça fait 40 ans que cette famille nous pourrit la vie ! Ma mère était la meilleure des mères qu’il y avait, elle s’est sacrifiée pour ses enfants ». 

Pour bien comprendre, il faut re-situer le contexte. En 2004, un corps momifié depuis 23 ans est retrouvé dans la maison familiale. Il s’agissait de la soeur du grand-père des accusées et de la victime. Avant son décès, le grand père avait fait jurer à son fils de garder le secret, il s’était exécuté. Il s’agissait de ne pas ébruiter le divorce de sa sœur qui avait alors sombré dans la démence car cela constituait un déshonneur pour la famille. Elle ne pouvait donc pas être mise en terre tout de suite,  comme le veut la tradition musulmane (NDLR : c’est ce qui est rapporté au cours de l’audience en rapport aux croyances du grand-père qui était déjà sous l’influence du gourou. Lequel avait dit qu’elle allait se réveiller et que tout allait revenir comme avant si elle était gardée dans la maison). Ce corps, qui s’est momifié avec le temps, avait été placé dans la chambre des accusées. Elles dormaient en sa présence toutes les nuits. 

"Je ne serais pas étonné qu’elles aient voulu l’exorciser"

Le deuxième fils de la victime a 41 ans. À la barre, il explique qu’il était interdit de séjour dans la maison. « Je n’ai pas grand chose à dire car rien ne ramènera jamais ma mère. On laisse la justice faire son travail. C’était une femme extraordinaire. Mes parents ont divorcé car mon père frappait et trompait ma mère. Cette famille a des pratiques religieuses complètement différentes de l’islam que l’on a appris. Il y avait un décalage entre nous et la famille. Ma mère m’a demandé de la déposer à Saint-Benoit dans la maison familiale 3 ou 4 ans avant son décès et elle n’est jamais revenue. Je l’ai vue changer au fil du temps. On m’a interdit de venir environ 2 mois et demi avant sa mort. On m’a reproché de rendre malade la grand-mère car je m’énervais de voir ma mère dans cet état. Je voyais ma mère partir, je devenais agressif. Pour moi, Sofia était le cerveau. Le jour de sa mort, Sofia m’a dit froidement au téléphone « ta mère est partie ». Avec le recul, ce qu’il s’est passé ne pouvait pas se passer autrement. Porter des coups à sa soeur, ça relève de la psychiatrie. Elle sont sous l’influence du gourou, je ne serais pas étonné qu’elles aient voulu l’exorciser. C’est une volonté de nous trois de ne pas être partie civile, ça ne changerait rien. Je m’efforce d’oublier ce qu’il s’est passé », conclu le fils de Mariame, indiquant que leur sœur vit en métropole. 

Après la suspension d’audience, la présidente interrogera les accusées l’une après l’autre. Les deux sœurs reconnaissent avoir porté des coups, il sera alors question de savoir qui a fait quoi et dans quel but. La défense de Sabeira a déjà mis en exergue que, contrairement à Sofia, son examen médical ne fait état d’aucune marque d’ecchymoses au niveau des avants bras laissant penser qu’elle n’a pas reçu de coups en retour et donc qu’elle pourrait n’avoir porté aucun coups.

 

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