Après neuf ans de procédure, le "naufrage" de l’enquête sur la pharmacie de Sainte-Clotilde qui escroquait la Sécu

Après plusieurs années d’enquête sur une fraude massive à la CGSS au sein de la pharmacie De Tassigny à Sainte-Clotilde et la mort de son gérant en 2021, le dossier s’est définitivement refermé vendredi 13 mars avec la relaxe de sa compagne, jugée pour complicité.
« Un château de sable qui s’écroule » résume vendredi 13 mars le président Bernard Molié, au moment de rendre la décision du tribunal contre la dernière des mis en cause dans l'affaire de fraude massive à la CGSS visant les responsables de la pharmacie De Tassigny de Sainte-Clotilde.
A la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis, une préparatrice en pharmacie de 49 ans, qui était également à l’époque la compagne du pharmacien Patrick Panchoo, 64 ans, gérant de l’officine et principal suspect dans cette affaire d’escroquerie et d’abus de confiance à grande échelle. Mais l’homme, mis en examen en 2020, est décédé un an plus tard pendant l’épidémie de Covid 19 et n’est donc plus là pour répondre aux reproches adressés par la justice.
Ordonnances falsifiées, médicaments surfacturés et petits cadeaux
Des poursuites qui ont mis des années à prendre forme, après la révélation dans la presse des pratiques douteuses à l’œuvre au sein de cette pharmacie de Sainte-Clotilde. Falsifications d’ordonnances, facturation de médicaments non délivrés, produits non déstockés, pressions sur des médecins et racolage des patients pour « doper » des ordonnances, petits cadeaux en produits de parapharmacie aux clients et employés, liquide ponctionné dans la caisse…
"Miracle économique"
Un inventaire à la Prévert de malversations « habituelles » voire « systématiques » qui ont sans doute permis à l’officine, reprise en 2013 par le pharmacien avec 2,7 millions d'euros de dettes, de voir son chiffre d’affaires littéralement exploser en seulement un an, passant de 1,4 million à 3,4 millions d’euros. « Alors que la moyenne nationale est d’1,2 million d’euros, on peut parler de miracle économique », ironise le président.
La Sécu regarde ailleurs
Destinataire de nombreux signalements, la CGSS avait pourtant détourné le regard de ces « anomalies » pendant des années, jusqu’à renoncer finalement à chiffrer son préjudice et même à se constituer partie civile à l’audience. Bon an mal an, la justice va pourtant tenter de faire sortir le dossier en mettant en examen le pharmacien.
Mais avec le décès du principal suspect et l’extinction des poursuites le concernant, le costume d’escroc en chef semble désormais trop grand pour la seule préparatrice en pharmacie, qui sanglote à la barre.
"Jaloux car j’étais la femme du patron"
« Je faisais seulement mon travail. Quand j’ai relevé des irrégularités, il me rembarrait, me disait que j’étais une simple employée », se défend la prévenue. De nombreux salariés l’ont pourtant décrite comme une cheville ouvrière essentielle aux combines de Patrick Panchoo, chargée notamment de la télétransmission des délivrances de médicaments auprès de la Sécu. « Ils étaient jaloux parce que j’étais la femme du patron » affirme-t-elle.
"Secret de polichinelle"
« Visiblement, ce fonctionnement était un secret de polichinelle au sein de l’officine », tance encore le président Molié. « Pourquoi ne pas être partie si vous ne le cautionniez pas ? » La préparatrice est bien contrainte de reconnaître que la soupe était bonne. Bombardée cadre sans aucune formation, la compagne du pharmacien émarge bientôt à 4.500 euros mensuels, et des primes annuelles se chiffrant en dizaines de milliers d’euros.
"Pas le cerveau de l’affaire"
« De quoi fermer les yeux sur certaines pratiques », estime la procureure, tout en reconnaissant que la quadragénaire n’était « sûrement pas le cerveau de l’affaire. » Si elle demande la relaxe s’agissant de faits mal qualifiés d’abus de confiance, la magistrate requiert néanmoins une condamnation à 12 mois de prison avec sursis pour complicité d’escroquerie. « On a retrouvé chez elle des liasses d’ordonnances, des cartes vitales, un cahier de comptabilité occulte des espèces et elle était forcément en lien avec les stocks. Elle plaide aujourd’hui la soumission et la naïveté, mais elle a sa part de responsabilité », pointe l’accusation.
"On essaye de justifier ces années d’investigations"
Mais la défense va s’engouffrer dans les brèches laissées par l’instruction. « Cette enquête est un naufrage, et on essaye de rattraper quelqu’un par la culotte pour justifier ces années d’investigations », dénonce Me Mathieu Girard. « Bien sûr que le fonctionnement de cette officine était problématique, mais ce n’est pas la pharmacie qu’on juge, juste une employée qui n’avait pas fonction de direction », souligne l’avocat.
"Des médecins et infirmiers jamais inquiétés"
« Ce n’est pas interdit d’être bien payé », avait d’abord plaidé Me Marie Briot, rappelant que d’autres employés de Patrick Panchoo ont « bidouillé » et bénéficié du système sans avoir fait l’objet de la moindre poursuite. « Il y a aussi des médecins et des infirmiers qui ont participé sans jamais être inquiétés », affirme l’avocate.
Considérant que le dossier « manque d’éléments concrets » pour incriminer la prévenue, le tribunal va prononcer une relaxe totale et ordonner la restitution des sommes saisies sur les comptes de la préparatrice pendant l’enquête.
Revendue à la suite du décès de Patrick Panchoo, la pharmacie de Tassigny a depuis changé de propriétaire.
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