Anne-Laure Dijoux, d'un doctorat parisien en archéologie au cimetière marin de St-Paul

Quatre ans après le passage de Gamède, l’archéologie réunionnaise semble vivre son année zéro, grâce à ce cyclone qui avait mis au jour des os en bordure du cimetière marin, léché par les vagues. Tout est à envisager. Après les découvertes faites aux pieds de l’hôtel de ville de Saint-Paul en 2010, voici que la baie du meilleur ancrage livre une partie de ses secrets.
Mais après l’euphorie, les crédits de recherche restent à solliciter. "L’Etat devra également tenir sa part" disait Huguette Bello, en s’adressant à Thomas Campeaux, sous-préfet de Saint-Paul lors de la conférence de presse qui s’est tenue à 5 mètres des trous béants. Pour sa part, la jeune doctorante réunionnaise a du aller les chercher…à Paris.
A l’heure où tous les projecteurs sont braqués sur les fouilles fructueuses d’une poignée d’archéologues sur le site du cimetière marin de Saint-Paul, la présence de la jeune doctorante Anne-Laure Dijoux relève de l’exception péi.
A quand une vraie filière d’archéologie à l’université ?
En plein travail de fouilles ou plutôt d’échantillonnage pour délimiter la zone d’études finale, Anne-Laure nous livre une partie de son parcours qui s’écrit forcément avec des pointillés, car "il me reste une quatrième et dernière année de doctorat à effectuer" précise-t-elle.
"J’ai du préparer une thèse en archéologie hors de la Réunion" car évidemment une telle spécialité n’existe pas à l’université du Moufia. Ce qui, au vu des dernières trouvailles faites, pourrait être remis en cause mais nous n’en sommes pas encore là.
C’est à Paris 1 Panthéon-Sorbonne qu’elle prépare une thèse à l’orientation toute trouvée pour une Réunionnaise. "Etude des sites archéologiques liés au marronnage". Pas de doute, la jeune doctorante a mis tous les atouts de son côté. "C’était forcément le but de pouvoir lancer un sujet d’études en liaison avec la Réunion" avoue-t-elle, pour pouvoir revenir le plus possible dans son île évidemment.
Et pourquoi pas, à terme, signer une percée de l’archéologie dans les murs de l’Université de la Réunion ? Mis à part le service de la DAC Océan Indien (Direction des affaires culturelles) dirigé par Edouard Jacquot, la discipline reste mineure sur nos terres.
D’autres sites exploitables scientifiquement à la Réunion
De retour sur l’île pour des vacances pour le moins studieuses, la jeune Salazienne vit une expérience unique. Au cœur même de la mise au jour de ce qui s’apparente, au fil des coups de pelle, à un lieu de sépulture important des esclaves de Bourbon.
D'autres fouilles au village en ruines du Petit Brûlé à Sainte Rose attendent la doctorante le mois prochain, après le cimetière marin dont les fouilles doivent s’achever ce samedi. De quoi engranger encore des connaissances pour alimenter ses travaux de thèse. Encore faut-il que les crédits de recherches pour de tels travaux riches d'enseignements historiques soient accordés. Afin que ce "moment exceptionnel" évoqué par Sudel Fuma vive au-delà de la fenêtre médiatique actuelle.


