Agressions sexuelles : Les prédateurs se justifient par un simple regard de leur victime

Jacky est effronté. Il interrompt régulièrement les magistrats. L'homme d'une soixantaine d'années se présente à la barre en fauteuil roulant. Il est paralysé du côté droit depuis un AVC. Il a agressé sexuellement sa jeune voisine. Pour autant, il jure que c'est elle qui le faisait chanter.
Six mois plus tard, c'est son infirmière qui porte plainte. Jacky lui pose des questions personnelles et lui soumet des propositions indécentes. En novembre 2023, il est allé plus loin et lui a touché la poitrine alors qu'elle procédait à des soins. Comment explique-t-il son comportement répréhensible ? “Elle était en chaleur sûrement”, lance Jacky. “De toute manière, je ne veux plus de femmes”, s'offense-t-il. “Vous êtes seul, vous êtes malade, vous êtes diminué et vous avez les mains baladeuses. C'est vous qui allez être encore plus seul”, lui fait remarquer la présidente du tribunal.
“Ce sont des comportements inacceptables aujourd'hui et c'est compliqué de lui faire comprendre”, déplore la vice-procureure.
Six mois de sursis sont prononcés à l'encontre de Jacky, casier vierge jusqu'à présent. Compte tenu de son état de santé, il a été dispensé de l'inscription au fichier des délinquants sexuels. “Aujourd'hui, je suis devant la justice des hommes, enfin des femmes”, lâche-t-il haut et fort son mépris pour le sexe féminin.
“Il y a la bouche et les yeux qui parlent ”
Thierry a abusé de sa propriétaire vulnérable. Le 28 mai 2021, il est arrivé par surprise derrière elle et a sorti son sein de ses vêtements pour le porter à sa bouche. Une agression sexuelle qui a évidemment traumatisé la dame de 61 ans, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Thierry avoue les faits après avoir tenté de faire porter l'accusation sur un autre ouvrier.
“Il l'aidait beaucoup pour les travaux et savait donc qu'elle était malade”, souligne la représentante de la société. Mais pour Thierry, il y avait “les regards”. “Il y a la bouche et les yeux qui parlent ”, tente d'expliquer son geste le quadragénaire. Il y a ceux qui voient ce qu'ils ont envie de voir, a-t-on envie de répondre à Thierry qui s'est certainement fait des films. Là encore, il ne s'est absolument pas posé la question du consentement.
18 mois de prison pèsent au-dessus de la tête de Thierry pour ces faits d'agression sexuelle imposée à une personne vulnérable. Son nom a été inscrit au Fijais.
10 ans après, elle raconte tout
Pendant longtemps, la jeune Joy* a gardé pour elle les paroles obscènes et les gestes que son père a eu à son encontre alors qu'elle n'était qu'une adolescente. Son journal intime témoigne des violences subies. Joy craque et raconte son enfer 10 ans plus tard. Son père, Paul* est alors en garde à vue pour des menaces de mort sur sa mère. “Petite adoptée, j'ai laissé passer beaucoup de choses dans cette famille”, a-t-elle révélé. Durant ses années collège, son père lui a touché la poitrine ou a mis la main dans sa culotte. L'homme de 61 ans est allé jusqu'à proposer l'innommable à sa fille : des relations sexuelles avant qu'elle en ait.
“C'est vrai que c'est quelque chose qui va me marquer à vie et je vais devoir vivre avec”, impressionne-t-elle le tribunal par sa clémence. Joy ne veut pas que son père aille en prison. “J'ai envie qu'il soit suivi”.
Face au tribunal, Paul nie après avoir reconnu les faits d'agressions sexuelles incestueuses en garde à vue. Au pire, assure-t-il, les attouchements ont été accidentels.
Mère et fille “pardonnent et finalement lui se fixe dans une rigidité. C'est triste parce que les victimes attendent plus d'une audience”, tance le parquet.
Le tribunal exauce le souhait de Joy. Son père échappe à la prison ferme. Trois ans de sursis probatoire sont prononcés à son encontre. “Il va falloir se soigner, monsieur. Et la première des choses à faire quand on se soigne, c'est de reconnaitre”, appuie la présidente du tribunal. Cinq ans d'interdiction d'exercer des activités en lien avec des mineurs et son inscription au Fijais complète sa peine.
"Provoquer par le regard, la façon de s'habiller et de se maquiller”
Toutes ces affaires montrent que les rapports hommes/femmes restent problématiques. "La loi a fait un pas pour davantage protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et incestueux", indique le ministère public. La question du consentement de l'enfant ne se pose plus en dessous de l'âge de 15 ans et de 18 ans dans les affaires d'inceste. C'est d'ailleurs ce que s'est attachée à démontrer la vice-procureure dans cette dernière affaire de viol correctionnalisée en agression sexuelle.
Tony*, âgé à peine de 18 ans au moment des faits, s'en est pris à une jeune fille, le 22 février 2022 à Saint-Joseph. Marie*, la victime, a été abordée alors qu'elle attendait sous l'arrêt de bus devant son collège. Tony regarde Marie avec insistance. Les violences sexuelles ont lieu dans un champ de canne. Les analyses et prélèvements ne laissent aucun doute sur les faits. Du sperme est retrouvé dans la culotte de l'adolescente de 14 ans et sur le côté passager de la voiture de Tony. Pour le jeune homme, c'est elle qui l'"a allumé”. Ce procès, il le vit donc comme une injustice. Pourtant, Tony savait que Marie était mineure.
“Pour le prévenu, la victime aime provoquer par le regard, sa façon de s'habiller et de se maquiller”, s'insurge Me Ghislain Chung To Sang pour la partie civile. L'avocat s'inscrit dans les propos de la présidente. "On peut se la jouer comme les dames, mais on reste une enfant".
Les faits sont également caractérisés par les expertises médicales. Tony écope de trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire. Il a l'interdiction de contact avec la victime et d'exercer des activités en lien avec des mineurs durant trois ans. Il devra également verser 3.000 euros de préjudice moral à la victime qui depuis les faits n'a jamais pu retourner à l'école.
*Prénoms d'emprunt


