Affaires David Vital : le parquet invite 17 prévenus à plaider coupable

Ce jeudi 22 janvier, 17 prévenus sont convoqués en mode plaider coupable devant le parquet de Saint-Denis, suspectés d’avoir joué un rôle dans les affaires à tiroir impliquant David Vital.
Ils sont presque tous chefs d’entreprise et parfois mordus de poker. Certains d’entre eux étaient conviés à se rendre dans le luxueux appartement de David Vital à Bois-de-Nèfles-Saint-Denis pour prendre place autour de sa table royale. Un tripot clandestin pour VIP plutôt friqués où de fortes sommes d’argent pouvaient changer de main en une nuit. Le tout agrémenté de mets délicats, arrosé de champagne et de vins fins.
Entendus par les policiers du Service territorial de police judiciaire (STPJ), ils ont aussi en commun d’avoir reconnu peu ou prou les faits qui leur étaient reprochés. Certains ont puisé dans la trésorerie de leurs entreprises pour éponger leurs dettes de jeu. D’autres ont recyclé des chèques contre des espèces moyennant une petite commission. Des chèques-taxis ont circulé entre les sociétés de David Vital et celles de dirigeants zélés ou simplement intéressés à ramasser les miettes d’un système de blanchiment tous azimuts.
Une société d’électricité utilisée comme lessiveuse
Parmi les 17 qui ne devraient pas se retrouver à la barre du tribunal judiciaire aux côtés de David Vital en février prochain, pour peu qu’ils acceptent de plaider coupable jeudi, figurent aussi des acteurs d’un pacte de corruption présumé. Celui qui concerne l’obtention par le groupe Caillé de marchés automobiles avec la mairie de Saint-Paul. Il est question par exemple d’un petit chef d’entreprise de l’Est du département à la tête d’une société d’électricité.
Sa boîte, qui battait de l’aile, a servi de lessiveuse pour blanchir des chèques à gogo. Pas seulement pour payer des pots de vin mais aussi maquiller des détournements de fonds au moyen de fausses factures. Le groupe Air Austral en a fait les frais à hauteur de près de près de 37.900 euros. Et ce n’est pas du cinéma, pourrait-on dire. Car deux sociétés dirigées par Yves Ethève, les SARL Mascareignes Kino et Lory, en ont fait aussi l’amère expérience par le biais de cinq factures bidon pour un montant total de près de 296.000 euros.
Promesses d’embauche
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Que pouvait espérer en retour le petit patron de cette société d’électricité ? Un contrat de travail au sein d’Air Austral, semble-t-il. Un peu à l’image de l’entremetteur de la mairie de Saint-Paul, affecté à l’analyse des offres des marchés automobiles. Lui aussi a cru à l’ascenseur social que lui faisait miroiter David Vital mais dans lequel il n’a finalement pas trouvé place.
Bonne pêche par contre pour cet autre chef d’entreprise qui est parvenu à obtenir une autorisation d'occupation temporaire de l'espace public (AOT) auprès des services de la Région et qui, comme par hasard, aurait offert des t-shirts pour la campagne de l’ami de David Vital. Quoi qu’il en soit, tous sans exception s’en mordent les doigts depuis qu’ils sont tombés dans les mailles du filet des policiers de la financière du STPJ. Ils regrettent d’avoir trempé dans les affaires du lobbyiste de Bois-de-Nèfles Saint-Denis même si certains ont tenté de faire croire qu’ils le connaissaient à peine.
Des cadres, des grands patrons et des petits chefs d’entreprise
Imprimeur, électricien, gérants de station-service, grands patrons de l’immobilier, expert-comptable, professionnels de la petite distribution, patron d’une pêcherie, restaurateurs, roi de l’ameublement, dirigeants du groupe Caillé, petit fonctionnaire déchu, ex-dirigeants d’Air Austral… Tous se sont brûlés les ailes, persuadés à tort que David Vital était intouchable. Et hors d’atteinte d’une justice qu’il se vantait d’avoir dans sa main…
Ce jeudi, les « 17 » sont bel et bien attendus dans le huis clos du bureau de la procureure de la République pour une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) marathon qui devrait s’étirer tout au long de la matinée. Accompagné d’un avocat, chacun sera reçu individuellement par le parquet avec une proposition de peine à la clé. Si le mis en cause en est d’accord, ladite sanction sera définitivement entérinée par un juge du siège.
Qui tentera sa chance aux côtés des sept prévenus appelés à la barre du tribunal ?
Pour ceux qui estiment avoir franchi la ligne rouge, cette solution en mode plaider-coupable offre l’avantage d’échapper à la publicité d’un procès. Parfois aussi, il permet de bénéficier d’une sanction raisonnable. Pour les magistrats, la CRPC présente un double avantage dans ce type de procédure. Elle permet d’alléger l’audience correctionnelle, de se concentrer sur les suspects au cœur du système et de bénéficier d’aveux de culpabilité que les prévenus auront peine à détricoter à la barre.
Ceux parmi les 17 qui refuseront cette porte de sortie devront s’afficher sur le banc des prévenus aux côtés des Vital père et fils, de François Caillé, de Nelly Darouèche, son ex-directrice, de Nany Divène, l’employé de la mairie de Saint-Paul, de Joseph Bréma, l’ex-PDG d’Air Austral et de Frédéric Mangata, l’homme de confiance des cinémas d’Yves Ethève. Une place que personne ne leur envie, au cœur d’un florilège d’infractions allant de la corruption à la fraude fiscale en passant par le recel, les abus de biens sociaux, le blanchiment et l’abus de confiance. Y aura-t-il des candidats à la CRCP suffisamment joueurs pour tenter un coup de poker à la barre ? Réponse ce jeudi.


