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Enquête à tiroirs sur David Vital : le milieu du poker à la croisée des affaires

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 21 mars 2025 à 16H29

Fil rouge des affaires Air Austral, Caillé et Yves Ethève, David Vital a su mettre à profit le carnet d'adresse qu'il s'est constitué autour des tables de poker pour mettre en place une mirifique machine à cash.

Les juteuses parties de poker organisées par David Vital ne sont que le point de départ de sa réussite fulgurante. Par amitié et sans doute grâce au jeu, le petit chef d'entreprise sera embauché à la fois comme consultant chez Air Austral et comme homme à tout faire à la Région Réunion, à l'époque où Didier Robert faisait la pluie et le beau temps au sommet de la pyramide inversée.

Cette double, voire triple, casquette a permis à David Vital d'être en capacité de régler les petits et les gros soucis de sa clientèle au poker. Une demande d'emploi, un dossier qui coince, une AOT difficile à dégoter... Il est l'homme de la situation. Celui à qui tout sourit. Et comme rien n'est gratuit, David Vital prospère. Une chef d'entreprise a reconnu devant les policiers le versement d'une commission de plusieurs milliers d'euros pour accélérer l'obtention d'un précieux sésame auprès de la Région. A moins qu'il ne s'agisse d'un passe-droit.

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François Caillé et sa directrice en savent quelque chose. Tous deux doivent à David Vital de s'être retrouvés en garde à vue en septembre dernier. Dans une enquête ouverte pour corruption, favoritisme et trafic d'influence, ils ont reconnu avoir remis de l'argent liquide à David Vital. Ils ne savent pas vraiment à quoi et à qui les fonds étaient destinés.

Le problème est que le groupe Caillé a bénéficié de marchés automobiles publics truqués auprès de la mairie de Saint-Paul. Cela avec la complicité d'un employé communal, également candidat aux municipales, qui jure ses grands dieux n’avoir pas reçu un kopeck en retour.

Des fausses factures et des chèques contre espèces

Un système de fausses factures a permis de déguiser des transferts de fonds pour en faire un rouage essentiel du pacte de corruption mis à jour par les policiers. Par exemple, le responsable d'une petite société dionysienne amateur de parties de poker a édité pour environ 20 000 euros de factures bidons concernant l'achat de boissons que le groupe Caillé a réglé par chèques comme si de rien n'était. A charge pour le petit patron d'en restituer le montant en cash.

David Vital a eu recours à d'autres sociétés pour blanchir des chèques en provenance de sa propre société. Il y a trois à quatre ans, un autre dirigeant d'entreprise a été approché par le biais d'une connaissance commune au poker. La personne a mis un doigt dans l'engrenage infernal en acceptant un puis deux chèques contre des espèces. Le petit manège a duré pendant près de deux ans. 

“Il revenait tout le temps à la charge pour changer un chèque d'un montant de 2 à 3 000 euros. Si vous lui disiez non, il insistait... C'est un grand manipulateur et une grande gueule ! Il m'arrivait de me cacher sur mon lieu de travail pour ne pas le voir et j'ai fini par bloquer son numéro de téléphone”, rapporte un témoin. Quand la personne a été convoquée à Malartic, elle n'a pas pu faire autrement que de reconnaître les faits. Combien de chèques a-t-elle accepté de changer ? Une soixantaine, car l'argent liquide ainsi récupéré se monte à un peu de 170 000 euros.

Prestations fictives similaires pour Air Austral et les cinémas

Mais David Vital a plus d'une corde à son arc. L'ex-président de la ligue réunionnaise de football en sait quelque chose. Deux de ses sociétés de cinéma ont été siphonnées à hauteur de 290 000 euros par le biais de fausses factures émises par une société de travaux électriques de l'Est dont Yves Ethève dit n'avoir jamais entendu parler. Les chèques et les virements bancaires frauduleux auraient été validés en usurpant sa signature par le biais de son responsable administratif et financier. 

Une fois les fonds versés sur le compte taxis de la société de travaux électriques, l'argent se serait évaporé au profit de celui que l'ex-patron de la ligue qualifie de “grande gueule et d'escroc”. Y-a-t-il eu des pressions ou un chantage quelconque pour détourner l'argent du magnat des cinémas ? C'est à l'enquête de le dire. Il est en tout cas difficile pour David Vital de nier son implication dans le volet Yves Ethève. Car la société qui a permis de donner un vernis de respectabilité aux virements opérés depuis les comptes des cinémas apparaît aussi dans le volet Air Austral.

A Air Austral, où David Vital a eu un emploi de consultant aux contours plutôt flous, il aurait joué un rôle de modérateur pour voler au secours d'un ponte de la compagnie dont les déboires ont fait à l'époque les choux gras d'un journal local. Il aurait été “une sorte d'influenceur”, ironise un proche du dossier. Reste que de fausses factures ont bel et bien été émises à hauteur de 35 000 euros par une société de travaux électriques... la même donc qui a siphonné les sociétés d'Yves Ethève. 

Les prestations fictives réglées par Air Austral ont permis de dégager du cash. Un bonus de 30 000 euros aurait permis à l'ex-patron d'Air Austral de retrouver un peu de sérénité au réveil, le samedi matin quand il prenait connaissance des nouvelles du jour. Le reste aurait servi à dédommager l'intermédiaire. Une version qui n'est pas du goût de David Vital qui s'inscrit en faux. Tout juste, admet-il être intervenu pour renouveler l'octroi de billets d'avion en classe club. Ce qui prouve à tout le moins que le chargé de mission avant le bras long à Air Austral. Qui a voyagé dans la cabine Club Austral où “l'excellence est sans limite” ? Un aréopage de privilégiés dans le milieu de la presse.

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Eric Lainé

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