À Saint-André, un rouage de Bois-Rouge fait revivre l’histoire sucrière de la commune

À l’occasion du dévoilement d’une ancienne pièce de l’usine sucrière de Bois-Rouge, la ville de Saint-André a choisi de mettre en lumière son patrimoine industriel et l’histoire de la filière canne-sucre. Une initiative destinée à rendre hommage aux générations de planteurs, d’ouvriers agricoles et d’ouvriers d’usine qui ont façonné le territoire.
Un morceau de l’histoire industrielle de Saint-André trône désormais à l’une des entrées de la ville. Dévoilée ce samedi 29 août en présence d’élus, d’agriculteurs, de partenaires et d’habitants, cette ancienne pièce de rouage provient de l’usine sucrière de Bois-Rouge.
À travers cette installation, la municipalité entend donner une dimension patrimoniale à cet espace et rappeler le rôle joué par l’industrie sucrière dans la construction de Saint-André. "Ce rouage est un symbole de notre histoire, du travail de générations de Saint-Andréens et du savoir-faire de nos agriculteurs", souligne le maire Joé Bédier.
La canne à sucre a en effet profondément marqué les paysages, l’économie et l’organisation de la commune. Les traces de cette histoire demeurent visibles à travers les anciens calbanons, les cheminées et différents vestiges des anciennes installations sucrières, notamment à Ravine-Creuse.
Saint-André, une ville profondément liée à la canne à sucre
Lors de la cérémonie, l’historien Jean-Michel Jauze a rappelé l’ancienneté et l’ampleur de cette histoire. Si plusieurs cultures se sont développées dans l’Est de La Réunion dès les premières périodes de colonisation, la canne prend une place prépondérante au début du XIXe siècle, dans un contexte de bouleversement de l’approvisionnement français en sucre.
Entre 1815 et 1832, le nombre d’usines sucrières augmente considérablement dans l’île. Saint-André compte alors sept établissements : Bois-Rouge, Colosse, Désert, Menciol, Dioré, l’Avenir et Ravine-Creuse. Ces usines produisent du sucre, mais également du rhum, et deviennent progressivement des pôles structurants pour les populations environnantes.
La restructuration de la filière réduit ensuite le nombre d’établissements. En 1914, deux usines fonctionnent encore à Saint-André, Ravine-Creuse et Bois-Rouge. Après la fermeture de Ravine-Creuse en 1969, Bois-Rouge reste le dernier site sucrier de la commune.
"Saint-André peut s’enorgueillir d’avoir conservé au moins l’un de ces deux centres de traitement de la canne de l’île, l’autre étant le Gol à Saint-Louis", a rappelé Jean-Michel Jauze.
Du patrimoine industriel à l’identité saint-andréenne
Pour l’historien, l’importance de cette industrie ne se limite toutefois pas à la production de sucre. Son influence s’étend aux dimensions sociale, architecturale, culturelle et économique de la commune.
L’activité sucrière a notamment permis à de nombreuses familles de vivre de la culture de la canne ou du travail dans les usines. Elle a également laissé une empreinte architecturale importante, des grandes demeures coloniales aux cases plus modestes qui composent encore une partie du patrimoine bâti saint-andréen.
L’histoire de la canne est également intimement liée à celle de l’engagisme. À la fin du XIXe siècle, plusieurs exploitations sucrières de Saint-André emploient un grand nombre de travailleurs immigrés, notamment indiens. Les logements et lieux de culte associés à cette organisation contribuent à la formation de plusieurs quartiers actuels.
"Cabanons et temples sont à l’origine des bourgs actuels de l’agglomération saint-andréenne : Ravine Creuse, Colosse, Bois-Rouge/Cambuston", explique Jean-Michel Jauze.
Une mémoire qui se prolonge dans le présent
L’héritage de l’industrie sucrière se retrouve aussi dans la culture réunionnaise de Saint-André. Le métissage de la population, le multiculturalisme, les traditions religieuses et les pratiques festives, parmi lesquelles le Dipavali, témoignent de cette histoire.
L’économie locale a elle aussi été durablement influencée par la filière. Au-delà de la production de sucre et de rhum, l’activité des usines a généré des revenus pour les familles et soutenu de nombreux commerces du centre-ville.
Avec cette pièce de Bois-Rouge, la municipalité souhaite ainsi faire de l’histoire un élément visible du paysage urbain. "Saint-André se transforme et prépare son avenir, mais nous ne voulons pas effacer ce qui a construit notre territoire", affirme le maire.
Le choix de cette installation traduit donc une volonté de conjuguer développement et transmission. En mettant en scène une pièce issue de l’usine de Bois-Rouge, la commune rend hommage à une filière toujours présente sur son territoire et à celles et ceux qui l’ont fait vivre au fil des générations.
"Car, se souvenir de son passé, savoir d’où l’on vient et qui on est, c’est assurément savoir où l’on va", a conclu Jean-Michel Jauze.



