Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

A la gloire de la forêt de Petite-France

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 26 avril 2013 à 06H57

Aucune image à la une trouvée pour cet article.

A la gloire de la forêt de Petite-France

Que mes frères chrétiens ou en Islam me pardonnent d’évoquer un qualificatif qui s’adresse au Dieu créateur, mais c’est bien Lui qui a créé les beautés du monde même si Dame nature n’est qu’un pâle mais, pour nous, retentissant reflet.
Marcel Pagnol, dans « La gloire de mon père » ou « Le château de ma mère », avait évoqué ce qui peut nous exalter dans des souvenirs éclairés, ceux de notre jeunesse dorée.
Les constructeurs de cathédrales signaient leurs travaux « UIOGD » ce qui signifie qu’en toute chose le grand architecte de l’univers soit honoré.
La forêt de Petite-France, envisagée dans une vision de travail et d’épanouissement par Jacques Lougnon, avait comme il le disait, deux cœurs. L’un, gauche (aujourd’hui côté luge dont il aida la construction pour nos marmailles) plus dédié à la contemplation ; l’autre, le côté droit et l’activité des hommes. Bardeautiers, tresseurs de calumets, tailleurs de pierres en fond de ravine ou charbonniers faisaient résonner dans toute la forêt des bruits vivifiants, ceux de la gloire du travail des hommes en harmonie avec leur nature et avec la forêt.
Le temps a passé…
Côté gauche, la retenue collinaire qui servait aux pâturages, aux planteurs et à la lutte contre l’incendie, n’a pas été entretenue, elle est délabrée.
Côté Sans-Souci, toute la colline de bois de couleurs a été par contre préservée. Un peu plus haut, au sanctuaire de « Plateau fougères bleues », notre Vieux Tangue avait au milieu de la bambouseraie de calumets, tracé un chemin historique. Ce lieu a été relativement bien respecté et la forêt des tamarins des Hauts, en fait des Acacias Heterophylla est restée couvrante grâce à l’intervention de gentils lutins qui interpellaient alors la curiosité de notre Kalevipoeg pays avec, à ses côtés, un petit hérisson espiègle.
Par contre, la partie droite, où les fougères « aigles » sont les plus nombreuses, vouée à l’activité, est devenue une catastrophe écologique. La retenue collinaire a été saccagée, elle est entourée de raisins marrons et de bringelliers. Où est la triste mouche bleue ? Que mangera-t-elle après ? Mais le plus terrible est que les chemins ont été terriblement dégradés.
Cela depuis que les autorités (dont le Parc National ?) ont accepté dans ce sanctuaire la pratique du quad qui n’est pas écologique. Cela, hélas, a provoqué une catastrophe écologique sans pareil et c’est désormais du ressort des autorités d’agir dans le concret pour que cette activité cesse et soit transférée sur le littoral ou dans des lieux plus propices.
Nous avons bien entendu conscience que des travailleurs des Hauts sont employés.
Notre objectif n’est pas de détruire cette activité et l’emploi s’y afférent mais de l’aider et la transférer sur d’autres pistes. Le chemin Feoga, la route des cryptomerias peuvent être utilisés.
Le quad est une activité mi-sportive, mi-loisir généreuse qui donne du plaisir à ses pratiquants. Honorable à condition qu’elle ne détruise pas le milieu.
Lors d’une sortie en forêt avec l’Académie « Arts et Lettres » (ARAL), des botanistes internationaux et des dizaines d’autres adeptes et amoureux de la vraie nature, nous avons été saisis ! Là où l’on entendait le gazouillis des oiseaux, où l’on est accompagné du sempiternel Tec-Tec, nous avons pu nous rendre compte à quel point cette activité pétrolifère agressive et bruyante, dans une forêt endémique, était nuisible, créant en peu de temps des trous de dizaines centimètres.
Ainsi les quads génèrent-ils une terrible érosion sur des sites et des chemins forestiers exceptionnels. Ils ont mutilé l’avoune de surface dans laquelle nous pouvions découvrir des pépites comme « la Mascareignite », formation siliceuse, pierre de lumière, qui n’existe qu’ici !
Là où tout n’était que volupté végétale, charme créole, air pur, chemins fleuris, hortensias, jolies pâquerettes, fuchsias (signalant la présence de la fée Clémentine), chemins bordés de calumets royaux non pillés et travaillés, nous retrouvons aujourd’hui un horrible chemin chaotique, lisse, glissant, sans forme et sans âme.
Tristesse, tristesse, tristesse… Tout cela à cause de l’apathie de l’administration complice. Mais comme le rappelle l’adage, espérons quand même ?
Ainsi, tout un pan de notre patrimoine, notre vénérable forêt créole des Hauts couverte de gui (bien plus qu’à Brocéliande), a été saccagé, nous faisant découvrir la dichotomie entre le discours actuel du Parc National et la réalité. Car le Parc est plus enclin à martyriser nos Mafatais ou à mettre en garde à vue les derniers courageux planteurs de géranium (dans le sud) que de s’attaquer aux vrais problèmes.
Mais une lumière d’espérance subsiste. Il est possible qu’un projet hôtelier à l’architecture intégrée (avec nous l’espérons une charte qualité du respect de l’environnement) revienne au goût du jour. Il permettrait le recensement écologique, artisanal, voire le réveil de nos vieilles légendes pour nos enfants dans un site merveilleux et régénérateur, afin que ceux-ci puissent connaître à leur tour la magie de l’enfance que le beau et la paix engendrent.
Nous espérons cette fois-ci que toutes les autorités concernées et compétentes, l’Etat, la Commune, la Région, le Département et surtout l’IRT, prennent conscience des dégâts causés par l’incendie (et la non utilisation des retenues collinaires), par l’absence de politique d’incitation au développement rural où la prime aux paysages, comme cela se fait en RFA, peut être une autre solution. Les allemands et les Bavarois ne sont ni bêtes ni fainéants. Dans notre cas, l’arrêt de la nuisance de la pratique du quad dans des zones qui devraient être protégées.
Cette démarche est de l’écologie élémentaire, non sectaire, qui tient compte de la présence des habitants des Hauts en qualité de partenaires responsables. Et non d’esclaves soumis à des règlementations parfois imbéciles.
La vision de développement de citoyenneté, tout en protégeant l’environnement, prônée par Jacques Lougnon depuis soixante-dix ans et aujourd’hui par Jean Lassalle (infatigable homme de terrain), est possible. A savoir que la première « entité » à préserver est l’homo-erectus. Traduisons localement : les gens des Hauts, les travailleurs (pour ce qu’il en reste) qui aiment et respectent leur forêt nourricière.
Récemment des « tangues » ont été tués malencontreusement par l’ONF qui voulait piéger les rats.
Il faut que le Parc redevienne plus humain et que l’administration arrête ses bêtises cumulées, qu’elle soit plus à l’écoute des opérateurs socio-économiques et des gens de terrain car elle n’a pas la science infuse.
Ceci dit, lorsque l’ONF a ouvert la Route des cryptomerias, son tracé avait été quasiment parfait. Nous devons trouver un juste équilibre entre opérateurs privés et publics.
Le Parc, qui est perfectible, doit comprendre que nous voulons simplement conserver nos forêts avec nos z’oiseaux la vierge et même nos cryptomerias.
Aujourd’hui, la Petite France produit plus d’essence de cryptomeria que de géranium rosat.
Nous devrions tenir compte de cette réalité, sans oublier nos plantes médicinales, qu’elles soient exogènes ou endémiques. Que l’APN qui fait un bon travail en plantant nos « pieds de bois » ou l’Aplamedom qui soutient la diffusion ne s’inquiètent pas, les gens des Hauts (les vrais) les aiment, les préservent et les respectent comme il se doit.
Notre forêt de Petite-France est noble et inspirante. Elle mérite mieux que de devenir poussière prématurément. Observez la poussière ou la boue qui règnent en maîtres autour du campement des quads en dessous de la luge. Vous seriez sidérés.
Notre forêt doit retrouver sa gloire d’antan (et peut-être même plus ?).
Elle serait alors un merveilleux poumon d’oxygène, de rêve et de forces régénératrices pour toute notre Réunion.
C’est possible, il suffit de le vouloir … ensemble !

Christian Vittori

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :