A un an des municipales, les hostilités sont ouvertes

Honneur au chef-lieu où quelques prétendants se sont déjà faits connaître, et ce dès 2012. Gino Ponin-Ballom et son "Rassemblement Respect Réunion - La Nouvelle Droite", part au front contre le maire Gilbert Annette, alors qu'il en est son troisième adjoint actuel. Le prétendant argue à ce jour un accord explicite avec le premier magistrat pour ne parler bilan de mandature qu'en 2014. La ville possède donc encore une bonne dizaine de mois de répit pour parachever ses chantiers de mandature. Nassimah Dindar semble avoir décliné l'offre d'entrer dans cette lutte, Didier Robert y est attendu, comme à Saint-Paul d'ailleurs où son nom circule. Le président de Région a promis de clarifier ses intentions très prochainement, courant mars.
Que vont faire les députés-maires ?
Un lot de communes actuellement administrées par des socialistes cumulards est particulièrement observé. Leurs maires respectifs iront-ils à la bataille pour six années programmées, tout en sachant que le projet de loi limitant le cumul des mandats est largement soutenu par l'opinion publique mais visiblement repoussé à 2016. Jean-Claude Fruteau pour Saint-Benoît, Patrick Lebreton pour Saint-Joseph, Huguette Bello (PLR) à Saint-Paul entrent dans ce cas de figure. L'heure du choix n'est pas loin.
Au Port, l'élection va de nouveau offrir aux électeurs le choix entre deux candidats communistes. Olivier Hoarau, qui est suppléant de la députée Bello, devrait être logiquement désigné tête de liste du "Mouvement pour La Réunion". Sa dernière attaque frontale vis-à-vis du budget primitif 2013 de la collectivité a le mérite de relever le pouls de la situation : assurément tendue si l'on en croit la réponse sèche apportée par Jean-Yves Langenier. Deux candidats communistes dans le bastion PCR : de l'inédit en vue.
Plein Sud, à Saint-Pierre, Virginie Gobalou, suppléante du député Patrick Lebreton, souhaite porter les couleurs du PS aux municipales. Un vote interne devrait départager les futures candidatures. Krishna Damour (du PCR) et Yanis Payet (Union Démocrate) ont déjà fait acte de candidature depuis… novembre dernier. Krishna Damour devra passer par la candidature à la candidature du PCR pour pouvoir se présenter devant les électeurs saint-pierrois. Le choix des militants et de la direction du parti devrait ou non confirmer sa ferme intention, dit-il, d'"incarner un véritable changement". Il retrouvera dans ce cas un Michel Fontaine (UMP) à multiple casquettes depuis 2011 et sa fonction de Sénateur de la Réunion. Lui aussi devra réfléchir à cette épée de Damoclès du cumul en poussant peut-être la relève à prendre ses marques. Yanis Payet n'aura pas besoin de faire valider sa candidature auprès de son propre mouvement, l'Union démocrate, dont la ligne sociale-libérale a le mérite d'étendre le choix politique localement.
A Saint-Leu, tout sourit à Thierry Robert depuis 2008 et son élection remportée à hauteur de 58% qui a fait chavirer Jean-Luc Poudroux. Jean-Louis Maillot pour la Réunion en Confiance, Philippe de Deboisvilliers du PS ou Julie Pontalba, la jeunesse du PCR, sont autant de noms évoqués pour contrer le boulimique député-maire qui vient de lâcher son poste de Vice-président du Conseil général.
A Saint-Louis, la justice s'en mêle
Aux Avirons, les hostilités sont ouvertes à grand renfort de médiatisation. Jean-Daniel Dennemont, pourtant ex-adjoint de la majorité de…Michel Dennemont, ne cache plus ses intentions depuis son départ en 2011. Tout comme l'autre versant de l'opposition municipale menée cette fois par Eric Ferrère, Colette Caderby et Jacky Grondin. Une opposition qui ne manquera pas de s'emparer des dossiers encore sur le grill que constituent les soupçons de prise illégale d'intérêt dans le cadre du plan local d'urbanisme ou encore de la Coopérative des Avirons.
Un peu plus à l'Ouest, à Trois-Bassins, l'opposition issue de l'ancienne majorité emmenée par l'ancien maire Pierre Heideger tente de se remobiliser. L'objectif pour Frédéric Aure est de présenter un front uni de droite au maire Roland Ramakistin dont la ligne politique reste floue. Aperçu au meeting de création du PLR d'Huguette Bello en 2012, Roland Ramakistin a également assisté, lors des législatives 2012, aux rassemblements du candidat MoDem Thierry Robert.
A Saint-Louis, ce n'est pas l'éventuelle loi sur le cumul des mandats qui rebattra les cartes politiques mais les décisions de justice. Claude Hoarau et Cyrille Hamilcaro, maire et ancien maire, doivent encore répondre de leurs actes. Les magistrats de la Cour d'appel de Saint-Denis ont condamné le 31 janvier dernier l'actuel conseiller général à cinq ans d'inéligibilité, deux ans de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende dans l'affaire "Surgine Fontaine". Cyrille Hamilcaro a décidé de se pourvoir en cassation. Bien qu'il soit également sous le coup d'une confirmation du jugement en appel par la Cour de Cassation, l'édile Claude Hoarau a déjà annoncé qu'il ne serait pas candidat à la mairie de Saint-Louis lors des municipales. De plus en plus affirmé, le PCR pourrait pousser logiquement son fils Fabrice Hoarau à lui succéder.
A Sainte-Marie, Christian Annette travaille ses dossiers, toujours bien ficelés, pour destabiliser un maire jusque-là impassible. Si le désir d'alternance est un trait commun à chacune des élections, qu'elle soit nationale ou locale, l'enlisement socialiste aux affaires du pays risque sérieusement d'entamer la dynamique locale de conquête des mairies. En 2008, la concurrence n'avait pas existé face à Jean-Louis Lagourgue, élu dès le premier tour à 60% des suffrages.
Le "Progrès" va-t-il saborder le PS ?
Faire oublier leur couleur politique : serait-ce la dernière trouvaille des quatre sudistes du "Progrès" ? En affichant leur intention de présenter des listes sur le maximum de communes en 2014, Patrick Lebreton, Jean-Jacques Vlody, Jean-Claude Fruteau et Michel Vergoz, prennent le risque de diviser les chances socialistes, au moins par deux. A moins que la stratégie façon Réunion en Confiance pour mieux éluder son appartenance à un grand parti, accessoirement au pouvoir, soit une nouvelle fois sollicitée. A Gilbert Annette, Philippe Leconstant, Ericka Bareigts et Monique Orphé de porter, seuls, le bilan intermédiaire du gouvernement en 2014 ? En réponse à ce cisaillement interne, l'orientation des militants et sympathisants dans les prochains mois révélera la vraie couleur des uns et des autres.
Faut-il en rire ? Sainte-Suzanne offrira à ses administrés trois élections municipales en six ans d'intervalle. Peu de communes en France peuvent rivaliser. L'élection partielle de 2012, résultante du retour aux affaires de Maurice Gironcel, avait permis l'assemblage d'une liste de second tour improbable Alamélou-Pausé-Grondin face à lui. Avec Aline Murin, les protagonistes devraient être les mêmes à quelques noms près.
A Petite-Ile, la venue annoncée de l'avocate Brigitte Hoarau dans la bataille politique obligera Guito Ramoune à trouver un axe de défense solide, comme celui du bilan de sa mandature par exemple. Le maire socialiste devra également composer avec une fronde interne. Quatre adjoints et conseillers de sa majorité ont quitté le navire fin 2012. Ils n'en restent pas à la remise de leur lettre de démission puisque la constitution d'une liste est évoquée. Un cas de figure qui ressemble à s'y méprendre au psychodrame possessionnais version 2012.
Les postulants au siège de maire de La Possession observent. Roland Robert, son maire recordman avec bientôt 42 années successives de mandats, a déjà affirmé qu'il serait du combat, mais reste évasif sur la place qu'il occupera sur la future liste communiste. Comme au Port, le PLR d'Huguette Bello pourrait très bien être représenté, par Sylviane Rivière -à condition que la Justice lui en donne la possibilité- ou par un autre dissident de la majorité. Après avoir acquis ses galops d'essai aux régionales de 2010 puis aux cantonales de 2011, la côte de progression de l'écologiste Vanessa Miranville sera l'un des focus incontournables des municipales qui, décidément, commencent bien tôt.


