"Les personnes qui tentent de se suicider ne veulent pas mourir..."

Avec un décès tous les quatre jours, et environ dix tentatives par jour, le suicide est un véritable fléau à la Réunion, comme ailleurs. Durant la période 2008-2010, d'après les chiffres de l'ORS, il y a eu en moyenne 94 suicides par an à la Réunion. 80% des décès concernent des hommes. Un tiers des décès concerne des Réunionnais de moins de 35 ans.
La pendaison est la façon la plus courante de mettre fin à ses jours dans l'île, devant le saut dans le vide. Afin de sécuriser les ponts, Ondon Odayen, présidente de l'Association Prévention Suicide, a déposé ce matin une motion à la sous-préfecture de Saint-Pierre. "Les ponts ne sont pas sécurisés du tout ! La moindre des choses serait de mettre des filets", s'emporte la présidente d'APS.
Elle a également fait la demande de la création d'un Observatoire du suicide "afin d'avoir des données sur les causes du suicide. A la Réunion on ne dispose que de très peu de chiffres". Elle espère une réponse positive de la Préfecture sur ces deux sujets.
"Avec la crise, c'est une période difficile..."
En cas de mal-être, difficile de se tourner vers un membre de sa famille ou un proche, la question du suicide ou du passage à l'acte restant particulièrement taboue. Deux associations,[ SOS Solitude]url:http://www.sos-solitude.re/ et l['APS]url:http://aps974.blogspot.com/ , assurent une écoute téléphonique 24h/24 et 7 jours sur 7 grâce à leurs bénévoles. "J'ai un cadre supérieur l'autre jour, qui m'a appelé depuis sa salle de bain, pour ne pas être entendu par ses proches", raconte Frédérique Jonah, présidente de SOS Solitude.
Preuve que le suicide concerne tout le monde et de la difficulté de parler de ses idées noires. "Avec la crise, on a observé un changement dans la typologie d'appels. Avant, les appels que l'on recevait provenaient essentiellement de femmes seules en difficulté. Aujourd'hui on a 60% de femmes et 40% d'hommes, qui sont souvent actifs professionnellement. C'est une période difficile", souligne Frédérique Jonah. Chaque jour, 10 à 20 personnes appellent SOS Solitude pour se confier. Les bénévoles écoutent avec bienveillance et empathie mais ne se montrent pas directifs, sauf si la personne est sur le point de passer à l'acte.
L'objectif est d'établir un "pacte" avec la personne qui a fait le choix de les appeler. "Nous lui proposons d'aller voir son médecin en lui signifiant que pour nous c'est important. On lui fait comprendre que ce n'est pas un tabou d'avoir des idées noires. On essaie de l'accompagner dans un début de resociabilisation", détaille Frédérique Jonah.
"Les personnes qui tentent de se suicider, c'est paradoxal, ne veulent pas mourir. Elles veulent arrêter la souffrance insoutenable qu'elles endurent", conclut-elle.


