La modeste éleveuse de poulet s'est fait déplumer

L'histoire d'Annie Rose Ledoyen n'est pas banale. Éleveuse de volaille à l'Entre-Deux, elle risque demain de perdre définitivement le terrain qu'elle exploite depuis 1996. Lorsqu'elle raconte son histoire, les trémolos dans la voix, il est facile de comprendre qu'elle a été dépassée par les événements
Pour Annie Rose Ledoyen, les soucis commencent en 2005 avec la crise du chikungunya. L'éleveuse tombe malade et tarde à se remettre d'aplomb. Pour gérer son exploitation, elle fait appel à un employé mais ces quelques mois ont eu raison de sa trésorerie et les dettes s'accumulent. Rapidement, elle doit 12.000 euros à sa banque et se retrouve condamnée par le tribunal. En difficulté, sa société est placée en redressement judiciaire.
Malheureusement, on lui refuse alors de constituer un compte bancaire et malgré sa capacité à générer un chiffre d'affaires stable et régulier, elle ne peut plus encaisser ses ventes et donc redresser sa situation. Le tribunal finit par prononcer la liquidation de sa société. Le terrain qu'elle exploite est alors vendu pour 102.000 euros alors que la mise à prix est de 100.000 euros. L'heureux acquéreur n'est autre que Crète d'Or, la société qui commercialise la "volay péi".
"Le temps est l'ennemi du droit"
Pour les bâtonniers Georges-André Hoarau et Isabelle Lauret, qui viennent de reprendre le dossier, leur cliente s'est littéralement faite escroquer. Selon les deux avocats, il existe plusieurs irrégularités dans la procédure du redressement judiciaire et surtout de l'adjudication de son terrain. D'après Georges-André Hoarau, qui évoque une "véritable mafia", l'éleveuse aurait été victime d'une magouille visant à récupérer son terrain qui jouxte celui de la société Crète d'Or. Annie-Rose Ledoyen aurait subi des pressions.
Reste maintenant à savoir si ce n'est pas trop tard pour réagir. Demain, le tribunal de commerce doiit procéder à la clôture de la liquidation pour extinction du passif. En d'autres termes, le tribunal solde la liquidation. C'est donc demain que l'agricultrice doit officiellement tout perdre.
Les avocats espèrent obtenir un renvoi pour constituer un dossier solide afin de démontrer notamment que la procédure de redressement n'a pas joué son rôle et qu'elle a été victime d'une arnaque. Il reste à espérer pour l'éleveuse qu'il ne sera pas trop tard. Rien n'est moins sûr : "Le temps est l'ennemi du droit", rappelait justement Me Isabelle Lauret qui a bien conscience de rentrer en scène un peu tard...
Malgré nos tentatives nous n'avons pas réussi à joindre la société Crête d'Or.


