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Et maintenant, le non-cumul !

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 2 mars 2012 à 09H46

 

Je lis souvent «Témoignages». C’est très instructif. A la une de l’édition du 18 décembre 2011, une conférence de presse donnée par le secrétaire général du P.C.R., Elie Hoarau, Témoignages titre : "Le non-cumul des mandats, prend tout son sens". Elie l’a dit, Elie l’a fait : il démissionne de son mandat de député européen. Et Monsieur Elie Hoarau d’ajouter son soutien inconditionnel à l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à la Réunion (AJFER) qui s’est lancée dans une campagne au slogan sans équivoque : "Ras le cul de ton cumul" (…).

Je salue l’initiative de Monsieur Elie Hoarau. Mais en même temps, faute de l’interroger, je m’interroge : pourquoi dans même temps annoncer la candidature de Maurice Gironcel à la Mairie -et c’est bien son droit de se représenter aujourd’hui- mais aussi aux législatives, le PCR exigeant un "député maire" (sic). Et le non-cumul alors ? Idem, à l’Ouest, Madame Huguette Bello est aujourd’hui maire de la plus grande commune de l’île en superficie, la deuxième en population. Est-il admissible qu’un maire doté de responsabilités aussi considérables, soit restée député depuis son élection à la Mairie de Saint-Paul en 2008 ? Pire, la voilà qui se représente pour la troisième fois à l’Assemblée Nationale, je crois. Ce qui pose au passage la question du cumul des mandats dans le temps.

La modernité, n’est-ce pas aussi limiter à deux (ou trois) l’exercice dans le temps du même mandat ? Nicolas Sarkozy n’a-t-il d’ailleurs pas fait voter cette mesure en se l’appliquant, à lui-même ? Cette limitation est aujourd’hui dans l’air du temps pour les autres mandats.
 
A gauche, toujours le P.S. a su, ici et là, montrer la voie -timide- : un Michel Vergoz abandonnant son siège de Conseil régional au moment de son entrée au Sénat, ou un Gilbert Annette, Maire de Saint-Denis, refusant de tout s’approprier : Présidence de la CINOR, siège de député, présidence des Sociétés d’Economie Mixte etc, etc. Il faut toutefois noter, au passif de Gilbert Annette, le réflexe systématique et automatique d’envoyer à toutes les élections sur Saint-Denis, sa protégée, Madame Bareigts : élections européennes, régionales, législatives sans parler de la présidence de la CINOR. Les autres socialistes n’ont qu’à attendre. Et se taire. Ce qu’ils font, à l’exception de Michel Nativel qui a le courage de dire non. Au Sud, et à l’inverse, un Patrick Lebreton continue de cumuler sans vergogne la mairie de Saint-Joseph et la députation.

Un tel empilement des responsabilités n’est plus adapté aux temps d’aujourd’hui, surtout quand la commune est grande. A fortiori, s’il s’agit d’un département, d’une collectivité d’agglomération, etc, etc. Le Parti socialiste va-t-il enfin imposer à ses élus ce que François Hollande prône aujourd’hui : le non-cumul d’une fonction de maire ou de parlementaire ? Il ne serait que temps de mettre ses actes en conformité avec ses discours…
 
A droite enfin cela n’est pas mieux. Du Nord au Sud, cumul hier, cumul aujourd’hui, et cumul demain. Premier adjoint au Maire de Saint-Denis pendant 7 ans, j’étais aux premiers loges pour assister à l’accaparement du pouvoir. Résultat : une défaite fracassante aux municipales de 2008 avec un tiers du Conseil municipal qui déserte à Gauche ! Fidèle à mes convictions, à droite, j’ai observé avec tristesse ce désastre électoral, pourtant annoncé. La solidité d’une majorité ne se construit-elle pas dans l’équilibre et la répartition des pouvoirs ? De façon plus générale, le résultat est là : un bilan parlementaire affligeant souligné par le JIR (20 Janvier 2012) il y a quelques jours : les députés réunionnais sont les lanternes rouges de l’Assemblée nationale en terme de présence et de travail.
 
Une connaissance approximative des mécanismes législatifs, une présence aléatoire à l’Assemblée nationale. Bilan de tout cela : une île de la Réunion mal défendue sur le plan législatif avec une assemblée qui a entériné tout, y compris les pires mesures pour la Réunion : fin de la défiscalisation, suppression des abattements fiscaux pour les sociétés, atteintes portées au photovoltaïque, etc, etc.
 
Certes, l’effort national doit se partager. Mais la Réunion reste très en retard : n’est-elle pas plus pauvre que la plus pauvre des régions de l’Union européenne ? Or, l’on sait bien qu’il n’y a de pire inégalité que de traiter également des choses différentes. Les efforts financiers exigés ces dernières années de l’Outre Mer ont dépassé la limite du raisonnable et nos territoires, isolés et  pauvres, n’en peuvent plus. Nos parlementaires doivent donc être désormais en première ligne.
 
Au seuil de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012, le moment est venu d’arrêter de finauder en demandant aux différents candidats de s’engager sur :
 
1 – un non-cumul des mandats de maire et député (ou sénateur) ;
2 – un non-cumul dans le temps (pas plus de deux mandats consécutifs).
 
Cette réforme est attendue par nos concitoyens qui, non seulement la plébiscitent dans les sondages mais en parlent souvent quand on leur rend visite, chez eux. L’opinion publique y est massivement acquise.
 
Les Français, qui détiennent la souveraineté nationale, alors, trancheront. Bien sûr, il n’est point besoin d’exagérer : je ne trouve pas anormal pour un maire d’être, de surcroît, Conseiller général ou régional. Mais pas davantage. Regardons autour de nous et voyons ce qui se passe dans les grandes démocraties comme aux Etats Unis où le maire d’une grande ville n’est jamais sénateur ou membre de la Chambre des Représentants. Alors chaque camp -et peut être quelques élus- se sentiront visés par un propos. A tort. Car une réforme ne s’appliquerait, de toutes façons, que pour l’avenir.

Au moment où l’exercice du mandat d’élu devient plus compliqué que jamais, dans une période où un jeune Réunionnais sur trois ne travaille pas et demeure en quête d’un métier, chaque homme, chaque femme politique doit faire preuve d’humilité et de concentration sur le mandat qui lui est confié par le peuple.
 
En écrivant cette tribune, je m’adresse bien sûr aux Réunionnais. Mais je souhaite également m’adresser à nos parlementaires toutes tendances confondues. Je voudrais qu’ils ressentent à quel point nos compatriotes sont las de responsables politiques absents, jamais disponibles, et passant leurs temps dans les avions. Sans doute, est-il difficile de nous arracher aux conservatismes et aux clientélismes d’antan. Je ne souhaite pas que cette initiative soit perçue comme une démarche personnelle. Aussi, je me réjouirais, que chemin faisant, cette démarche soit reprise par tel homme ou femme politique soucieux de l’intérêt général. Cette réforme, formulée simplement, aurait des conséquences majeures non seulement sur la qualité de notre vie politique mais aussi sur la perception, aujourd’hui dégradée, que nos concitoyens ont de l’action des élus.
 
Il y a douze ans, Valéry Giscard d’Estaing, dans une fameuse tribune publiée dans le grand quotidien du soir "Le Monde" avait plaidé pour la réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans. J’ai repris sa formule pour le titre de cette tribune. Il insistait à cette occasion sur la nécessaire modernisation de nos institutions en invoquant une "superbe fenêtre d’opportunité". Je crois, plus modestement, là où je suis, que le moment est venu de réaliser cette réforme pour renforcer la République qui, depuis l’âge romain, s’appuie sur des hommes libres mais au service de leurs concitoyens.
 
Jean-Jacques MOREL
Ancien Conseiller général et avocat

 

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