Allemagne : le triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt fait trembler Berlin

Avec près de 44 % des suffrages, l’extrême droite allemande arrive très largement en tête des élections régionales en Saxe-Anhalt. Un résultat historique qui fragilise le chancelier Friedrich Merz et confirme l’enracinement de l’AfD dans l’est du pays.
L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) vient de franchir un nouveau cap. Dimanche 6 septembre, le parti d’extrême droite a recueilli 43,8 % des voix lors des élections régionales en Saxe-Anhalt, selon les résultats quasi définitifs. Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une formation classée à l’extrême droite n’avait remporté aussi largement un scrutin régional en Allemagne.
L’AfD devance de plus de 26 points la CDU du chancelier Friedrich Merz, reléguée à 17,2 %. Le SPD obtient 9,3 % des suffrages, devant les Verts à 8,9 % et Die Linke à 8,6 %. Avec 5,3 %, l’Alliance Sahra Wagenknecht franchit de justesse le seuil lui permettant d’entrer au Parlement régional.
Le résultat est d’autant plus spectaculaire que l’AfD avait obtenu un peu moins de 23 % des voix lors du scrutin précédent. En quelques années, le parti a donc presque doublé son score dans ce Land de 2,2 millions d’habitants.
Ulrich Siegmund, nouveau visage de l’AfD
Cette victoire porte la marque d’Ulrich Siegmund. Âgé de 35 ans, le chef de file régional de l’AfD a mené une campagne très présente sur le terrain, multipliant les réunions et les échanges avec les habitants.
Le candidat a centré son discours sur le supposé « déclin » de la Saxe-Anhalt, l’immigration et la défense d’une identité traditionnelle. Les réfugiés et les minorités sexuelles ont notamment été pris pour cibles dans son programme.
« Nous avons écrit l’histoire dans ce pays », s’est félicité Ulrich Siegmund sur la chaîne publique ARD, appelant à un « changement politique fondamental ».
Son discours trouve un écho particulier dans l’est de l’Allemagne, où demeure un fort sentiment de déclassement. Près de quatre décennies après la réunification, plusieurs territoires restent marqués par une population vieillissante, le départ des jeunes et des écarts économiques persistants avec l’ouest du pays.
Le vote AfD demeure en partie un vote de sanction contre les formations traditionnelles. Mais, selon les chercheurs interrogés par franceinfo, il traduit aussi une adhésion croissante aux positions du parti.
Un avertissement pour Friedrich Merz
Le résultat constitue un revers majeur pour le chancelier conservateur Friedrich Merz, au pouvoir depuis mai 2025. Celui-ci avait promis de reconquérir les électeurs passés à l’extrême droite. Sa stratégie, fondée sur un durcissement du discours de la CDU, ne semble pas avoir contenu la progression de l’AfD.
La formation nationaliste est désormais créditée d’environ 28 % des intentions de vote à l’échelle fédérale. Dans le même temps, le SPD, partenaire de la coalition gouvernementale, poursuit son effondrement et ne recueillerait plus qu’environ 12 % des voix.
La faiblesse de la popularité du chancelier complique encore la situation. En juillet, seuls 16 % des Allemands interrogés par YouGov déclaraient avoir une opinion favorable de Friedrich Merz.
Cette défaite pourrait relancer les tensions au sein de la coalition fédérale. Des voix critiques se font déjà entendre dans les rangs de la CDU et du SPD, même si les conséquences immédiates sur l’avenir du chancelier restent encore difficiles à mesurer.
Une stratégie radicale récompensée dans les urnes
Le scrutin est également observé comme un laboratoire par la direction nationale de l’AfD. Contrairement à plusieurs partis d’extrême droite européens, qui ont cherché à lisser leur image pour élargir leur électorat, la formation allemande a continué à durcir ses positions.
Créée en 2013 autour de la contestation de l’euro, elle a progressivement évolué vers un discours nationaliste, hostile à l’immigration et de plus en plus radical. Cette orientation ne l’a pas empêchée de progresser. Elle semble même avoir consolidé son implantation dans plusieurs régions orientales.
La prochaine élection régionale, prévue le 20 septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, constituera un nouveau test. L’AfD y est créditée d’environ 35 % des intentions de vote.
Première dans les urnes, mais sans allié pour gouverner
Malgré son score, l’AfD n’est pas assurée de prendre les commandes de la Saxe-Anhalt. Elle ne dispose pas seule de la majorité et la quasi-totalité des autres partis excluent toujours de gouverner avec elle. Seule l’Alliance Sahra Wagenknecht n’a pas totalement fermé la porte à une coopération, sans annoncer pour autant d’accord.
Le « cordon sanitaire » dressé autour de l’extrême droite pourrait donc empêcher Ulrich Siegmund d’accéder à la tête du Land. Les autres formations devront toutefois réunir une coalition particulièrement large pour gouverner sans l’AfD.
Même maintenu dans l’opposition, le parti sort considérablement renforcé. Son poids parlementaire pourrait lui permettre de bloquer certaines réformes nécessitant une majorité qualifiée. Il bénéficiera également de moyens financiers supplémentaires, d’une présence médiatique accrue et d’une tribune institutionnelle plus importante.
Le scrutin de Saxe-Anhalt pose ainsi une question devenue centrale en Allemagne : jusqu’à quand les partis traditionnels pourront-ils maintenir l’AfD à l’écart du pouvoir alors que celle-ci ne cesse de progresser dans les urnes ?


