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Après le câble SAFE, La Réunion joue son avenir numérique avec ReuNION

Ecrit par S.I. – le mercredi 2 septembre 2026 à 15H42
Les principaux acteurs de ReuNION réunis autour d’un même objectif : sécuriser et renforcer la connectivité numérique de La Réunion. De gauche à droite : Denis Fabrègue (directeur général La Réunion Connectée), André Martin (directeur général Orange Réunion-Mayotte), Nathalie Infante (secrétaire générale pour les affaires régionales), Huguette Bello (présidente de la Région Réunion), Normane Omarjee (président La Réunion Connectée), Nassir Goulamaly (PDG du groupe Océinde - zeop), Thomas Michoud (directeur général Telco OI - free)

Le câble SAFE vit ses dernières années. Pour La Réunion, impossible d’attendre une coupure pour réagir. Avec le câble  ReuNION, l’île investit dans une nouvelle connexion sous-marine capable de sécuriser son accès au reste du monde.

Avec ReuNION, La Réunion prépare déjà l’après-SAFE. Ce nouveau câble sous-marin, qui doit relier l’île à l’Afrique du Sud en 2028, vise à sécuriser les connexions internationales, accompagner l’explosion des usages numériques et ouvrir la voie à une nouvelle liaison vers Singapour. Un projet stratégique à 93,1 millions d’euros selon les éléments présentés ce mercredi 2 août par la Région Réunion, en présence de ses partenaires.

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ReuNION, la nouvelle assurance-vie numérique de La Réunion

La prochaine grande infrastructure réunionnaise ne se verra presque pas. Elle prendra place au fond de l’océan Indien, mais son rôle sera déterminant pour le quotidien des habitants comme pour l’économie locale. Baptisé ReuNION, pour "Réunion New Indian Ocean Network", le projet prévoit la création d’un câble sous-marin reliant La Réunion à l’Afrique du Sud, équipé de 16 paires de fibres optiques.

Pourquoi un nouveau câble ? La réponse tient en trois enjeux : "sécuriser afin de garantir la continuité des services numériques, connecter pour accompagner les besoins croissants des Réunionnais et des entreprises, préserver pour renforcer la souveraineté numérique de notre territoire", explique la collectivité régionale. 

Car l’île joue désormais gros sur sa connectivité internationale. Trois câbles assurent aujourd’hui ses liaisons avec le reste du monde : SAFE, mis en service en 2002, LION, depuis 2009, et METISS, arrivé en 2018. Mais SAFE doit arriver en fin de vie à partir de 2027.

Après SAFE, éviter la dépendance à un seul câble

Le problème n’est pas tant celui de la capacité disponible que celui de la redondance. Les trois câbles représentent ensemble une capacité annoncée de 25,2 Tbit/s, largement suffisante pour les besoins actuels de l’île. Mais en cas d’incident sur l’une des infrastructures, la marge de sécurité se réduit considérablement.

À court terme, après l’arrêt de SAFE, METISS pourrait devoir absorber à lui seul l’essentiel du trafic réunionnais. Or, les besoins continuent de grimper : le trafic fixe et mobile doit passer de 1,9 Tbit/s en 2024 à 2,6 Tbit/s en 2025, avec une projection à 6,4 Tbit/s en 2030.

L’épisode d’août 2023 a donné un avant-goût du risque. La coupure de SAT3, combinée à des opérations de maintenance sur LION2, avait entraîné des saturations et des interruptions de connexions. "Perte de résilience, perte de concurrence : voilà ce qui nous était promis", résume Normane Omarjee, président de "La Réunion Connectée", un établissement public de la Région Réunion.

Car l’enjeu est aussi économique. Avec la concentration des capacités internationales entre les mains d’un nombre plus réduit d’acteurs, le risque est de voir les prix augmenter. "Et ce sont les entreprises réunionnaises, les collectivités, les ménages qui en paient l’addition."

Un choix public dicté par l’urgence

La Région avait déjà joué un rôle décisif dans le désenclavement numérique de l’île. À la fin des années 1990, La Réunion est encore au bas débit, avec une connexion à 56 kbit/s et des liaisons principalement assurées par satellite. Une étude menée en 1999 conclut qu’il faut une capacité 300 fois supérieure pour développer le haut débit.

La collectivité intervient alors pour que SAFE, qui ne devait initialement pas desservir l’île, y fasse escale. Le câble est mis en service en 2002. En 2003, une nouvelle intervention auprès de l’ARCEP permet de diviser par dix le prix des capacités sous-marines. Le haut débit peut alors véritablement décoller.

Vingt-cinq ans plus tard, Normane Omarjee revendique cette continuité : "Plus de 98 %. C’est le taux de couverture en fibre optique à La Réunion. Dans l’Hexagone, c’est 95 %." Et d’ajouter : "Sur une île de l’océan Indien, à des milliers de kilomètres de Paris, on se connecte aujourd’hui mieux qu’en moyenne dans l’Hexagone."

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Mais pour conserver cette avance, il fallait agir vite. "Entre la décision et la mise en service, il faut quatre à cinq ans. Fin de vie annoncée pour 2027 : à partir de 2023, nous n’avions plus de marge."

88,3 millions d’euros et 16 paires de fibres

Le projet repose sur un partenariat entre La Réunion Connectée, Orange, Réunicable et Telco OI. Après une première candidature européenne non retenue en 2024, le dossier a été sélectionné lors du quatrième appel à projets du Connecting Europe Facility (CEF) en 2025, avec une subvention européenne de 20 millions d’euros.

Le montage financier prévoit également 30 millions d’euros de FEDER, 6,5 millions de l’État et 36,6 millions d’euros apportés par le consortium des opérateurs, pour un investissement global chiffré à 93,1 millions d’euros dans les éléments financiers détaillés du dossier.

Le choix de 16 paires de fibres est, lui aussi, stratégique. Les opérateurs partenaires disposeront de capacités dédiées, tandis que les paires restantes sont attribuées à La Réunion Connectée. L’objectif : disposer d’une réserve suffisante pour accompagner les futurs besoins et préparer les prochaines extensions.

"Est-ce du surdimensionnement ? Non. C’est exactement l’inverse : c’est ce qui rend possible la suite", insiste Normane Omarjee.

Singapour, prochaine étape pour faire de l’île un hub

Car derrière le premier tronçon vers l’Afrique du Sud se dessine une ambition plus large : relier La Réunion à Singapour, l’un des principaux hubs internationaux de l’Internet dans la région.

Cette deuxième liaison permettrait de disposer d’une route numérique supplémentaire, indépendante de l’axe africain, tout en positionnant La Réunion sur un corridor stratégique entre Afrique et Asie. Des extensions vers Madagascar, Mayotte et d’autres câbles de la région sont également envisagées.

Pour Huguette Bello, cette stratégie répond à un objectif de long terme : "La Réunion doit pouvoir maîtriser son destin numérique." La présidente de la Région estime que l’île doit tirer parti de sa position géostratégique dans l’océan Indien, alors que les tensions internationales et les cybermenaces renforcent les enjeux autour des infrastructures critiques.

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L’ambition est résumée par une formule de Normane Omarjee : "Pour SAFE, nous n’étions qu’un point de passage ; avec ReuNION, nous devenons un carrefour."

Un chantier déjà lancé pour une mise en service en 2028

Le calendrier est désormais contraint. 2026 sera consacré aux études du tracé et à l’enquête maritime. La fabrication et la pose du câble, ainsi que les stations d’atterrissement, sont prévues en 2027 et 2028, avant une mise en service en 2028. Pour la Région, ReuNION constitue ainsi le prolongement logique de vingt-cinq années de politique numérique : du câble SAFE au réseau Gazelle, puis au déploiement de la fibre, l’objectif reste le même, réduire l’éloignement de l’île.

Mais cette fois, l’enjeu dépasse les frontières réunionnaises. "Nous faisons ici le choix de l’anticipation plutôt que de la dépendance, de la résilience plutôt que de la vulnérabilité", insiste Huguette Bello.

Et Normane Omarjee de conclure : "En 1999, la Région a fait le pari qu’une île éloignée pouvait être une île connectée. Vingt-cinq ans plus tard, ce pari est gagné. Aujourd’hui, nous ne réparons pas, nous planifions. Nous préparons les vingt-cinq prochaines années."

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