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"La souveraineté alimentaire est possible" : un nouvel appel à des "États généraux" pour un autre modèle agricole et alimentaire

Ecrit par P.M. – le mardi 19 mai 2026 à 11H55
Le collectif relance son appel à l'organisation d'EGRAALIM (photo D.R).

Dans un contexte marqué par des inquiétudes sur l’avenir de la filière canne et les débats autour de la souveraineté alimentaire, le collectif Oasis Réunion plaide pour l’organisation d’États Généraux Réunionnais de l’Agriculture et de l’ALIMentation durables et résilientes (EGRAALIM), afin d’ouvrir une large concertation sur le modèle agricole et alimentaire de l’île.

L’objectif n’a pas varié : ouvrir une concertation élargie sur un modèle agricole alternatif, que ses défenseurs jugent « possible », en réunissant autour de la table agriculteurs, syndicats, coopératives, collectivités, institutions, transformateurs et consommateurs. « Autour de la table des EGRAALIM, ce sera aux Réunionnais de décider pour les Réunionnais », insiste Bernard Astruc, co-coordinateur et co-porte-parole d’Oasis Réunion.

Un appel qui intervient dans un contexte particulier, marqué par des interrogations et la relance des débats autour de l’avenir de la filière canne, des inquiétudes suscitées par l’ouverture du capital de Tereos Océan Indien, de la stratégie agricole départementale et de la souveraineté alimentaire.

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« On est dans un constat très sévère que ce système ne peut pas perdurer », estime Bernard Astruc, pour qui le temps n'est plus aux demi-mesures. Ce dernier défend une réflexion dépassant la seule question agricole pour intégrer l’alimentation, la santé, l’éducation et les consommateurs. « L’agriculture, l’alimentation, l’éducation et la santé doivent désormais fonctionner ensemble », plaide-t-il.

Une demande officielle adressée aux institutions

Une demande officielle doit être adressée au préfet, à la Région, au Département, à la DAAF et à la Chambre d’agriculture afin de solliciter l’organisation de ces états généraux.

Oasis Réunion doit aussi s’entretenir prochainement avec le délégué interministériel à la souveraineté agricole des outre-mer afin de présenter le projet EGRAALIM.

Le collectif rappelle par ailleurs que les 24 maires de l’île avaient déjà exprimé leur soutien au principe, après avoir tous été sollicités par courrier l’an dernier (avant les élections de mars 2026, NDLR).

Aujourd’hui structuré autour d’un groupe de coordination « Oasis–Réunionnais » d’une trentaine de membres, le collectif insiste sur sa volonté de se positionner comme « une force de réflexion, concertation et proposition », sans remise en cause directe des filières existantes.

« Il ne s’agit pas de faire de l’agribashing », insiste Bernard Astruc, qui appelle au contraire à accompagner les agriculteurs dans une transition.

Un appel avait déjà été lancé en septembre 2025 depuis les jardins familiaux du Chaudron par Oasis Réunion et la SREPEN.

Trois scénarios pour une souveraineté alimentaire réunionnaise

Au cœur du projet : des travaux menés avec un groupe de scientifiques associés au collectif, mobilisant notamment des chercheurs du CNRS, de l’INRAE ou de l’INSERM.

Oasis Réunion a élaboré trois scénarios devant permettre les conditions d’une souveraineté agricole et alimentaire locale. « La souveraineté alimentaire inclut à la fois l’autosuffisance et l’autonomie. L’autosuffisance, c’est produire suffisamment ; l’autonomie, c’est ne plus dépendre des importations », explique Bernard Astruc.

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Premier levier envisagé : faire évoluer progressivement le modèle agricole vers davantage d’autonomie, avec une réduction de la dépendance aux intrants importés (engrais de synthèse, pesticides, semences ou alimentation animale).

Deuxième axe : réorienter une partie des productions vers davantage de cultures vivrières tout en conservant une place pour la canne, notamment sous des formes agroécologiques ou biologiques.

Des "choix stratégiques" à faire

Le collectif évoque également une nécessaire évolution progressive des habitudes alimentaires avec une part plus importante accordée aux protéines végétales (grains, légumineuses, céréales, tubercules), conformément aux recommandations sanitaires internationales.

Troisième levier : réduire le gaspillage alimentaire, évalué à environ 30 % selon le collectif, avec une attention particulière portée à la restauration collective.

« Il y aura des changements de cultures, des choix stratégiques, des investissements et des accompagnements, mais c’est possible », estime Bernard Astruc. « La souveraineté alimentaire est possible, il faut simplement la vouloir collectivement. »

Oasis Réunion rappelle dans ce cadre la forte dépendance alimentaire de l’île. Selon les chiffres avancés par le collectif, environ 80 % des aliments consommés seraient importés.

Oasis Réunion veut "revaloriser" le métier d'agriculteur et réfute tout "agribashing".

Pour une "revalorisation" du métier d’agriculteur

Autre priorité mise en avant : la « revalorisation » du métier d’agriculteur. Le collectif estime qu’une transition ne pourra se faire qu’avec un accompagnement technique, administratif et financier renforcé.

Parmi les pistes avancées figure la mise en place d’un accompagnement technico-économique-administratif et notamment d’un revenu d’accompagnement basé sur des « Paiements pour services environnementaux » (PSE). Oasis Réunion évoque un objectif initial de 1 500 euros mensuels par personne, dans le cadre d’un accompagnement à la transition.

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« Ce changement devra être accompagné techniquement, administrativement et financièrement pour que personne ne soit lésé », estime Bernard Astruc.

Le collectif met également en avant la faiblesse de la rémunération agricole dans la chaîne de valeur alimentaire : « Sur 100 euros d’aliments achetés, il n’y a que 6,80 euros pour l’agriculteur contre 41,50 euros par exemple pour le marketing et la publicité ! C’est le monde à l’envers », avance Oasis Réunion.

"L'enjeu, c'est une sécurité alimentaire de qualité"

Cette nouvelle demande intervient un an après un premier appel du collectif, qui plaidait déjà pour une transformation progressive du modèle agricole réunionnais, en écho aux états généraux de la canne.

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Le discours ne varie pas : la défense d’un « autre modèle agricole et alimentaire », présenté comme possible, reposant sur l’agroécologie, la diversification et une moindre dépendance extérieure.

Pour Bernard Astruc, l’enjeu dépasse la seule production agricole : « les gens ne font pas encore suffisamment le lien entre la qualité de l’alimentation et leur santé. »

« L’objectif, c’est une sécurité alimentaire de qualité pour La Réunion », ajoute-t-il.

Contacts : [email protected] – Facebook : Egraalim

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