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Un appel à des "États Généraux" pour transformer l’agriculture réunionnaise

Ecrit par P.M. – le dimanche 21 septembre 2025 à 14H20
L'appel a été lancé ce jeudi depuis les jardins familiaux du Chaudron par Oasis Réunion en présence de la SREPEN, DU BAG Réunion et de l'élue chargée des jardins collectifs à la mairie de Saint-Denis, Julie Lallemand.

Le collectif Oasis Réunion appelle à des États Généraux pour transformer l’agriculture et l’alimentation à La Réunion. Objectif : accélérer la transition agroécologique face à la dépendance alimentaire. Pas une utopie pour le collectif : “ nourrir en quantité et en qualité avec nos sols est possible. »

Ils ont tous dit oui. Interrogés par courrier par le collectif Oasis Réunion, les 24 maires ont répondu favorablement à la question posée sur l’organisation d’États Généraux Réunionnais de l’agriculture et de l’alimentation durables et résilientes, dits EGRAALIM.

Quelques mois plus tard, et dans la foulée des états généraux organisés en juin pour la canne, le collectif appelle à élargir le spectre et à mettre tous les acteurs autour d’une table pour changer de modèle.

Pour le collectif Oasis Réunion, il y a urgence à faire évoluer le modèle.

Lire aussi : Oasis Réunion : “Pour des Etats généraux de la canne ET de l'agriculture réunionnaise”

« EGRAALIM vise à réunir toutes les parties prenantes pour obtenir une véritable souveraineté alimentaire, basée sur des pratiques respectueuses du vivant, une fertilisation organique et régénérative, alors que pèse de façon permanente une épée de Damoclès sur nos approvisionnements », résume une bénévole de la première heure.

Une conversion vers un modèle agroécologique, « qui concerne au premier chef les agriculteurs et jardiniers, premières victimes des produits chimiques qu’ils utilisent », poursuit-elle.

Une dépendance aux importations

Un discours qui résonne dans l’actualité alors que les importations de produits alimentaires ne cessent de battre des records.

Lire aussi : Nouveau record d’importations agricoles : le prix de la dépendance

Pour un porte-parole du collectif, Patrice Payet, le modèle actuel est arrivé à bout de souffle : « Il faut arrêter de s’intoxiquer en mangeant et faire de notre alimentation un médicament. »

« Nous n’avons rien contre les planteurs et les canniers, l’Histoire est faite comme ça mais il y a besoin d’un virage », insiste une autre porte-parole du collectif, Yvette Duchemann.

Le collectif n’appelle pas à faire brutalement table rase du modèle actuel mais à le faire évoluer dans le temps : « Arrêter la canne et passer à la diversification prendra du temps », juge Patrice Payet. En faisant notamment basculer les subventions « d’un modèle agrochimique vers cette transition, d’un système finissant vers un modèle tourné vers l’avenir. »

« Il faut arrêter de s’intoxiquer en mangeant et faire de notre alimentation un médicament », lance Patrice Payet.

Pour une transition progressive

« Nous ne ferons pas une oasis du jour au lendemain mais il s’agit d’un enjeu de société, c’est possible et des ingénieurs sont là pour vous accompagner », encourage Sébastien Bellemene, président du GAB Réunion (Groupement des Agriculteurs Biologiques).

Pas une utopie selon lui : « Les sols de La Réunion sont riches. »

Il croit à la faisabilité du modèle : “J’y crois, par une diversification ciblée et la multiplication progressive de petites exploitations vivrières qui favoriseraient un revenu équitable pour les producteurs. L’agroforesterie est aussi une filière encore à créer, c’est tout nouveau », estime l’agriculteur bio.

Pour le collectif, « nourrir en quantité et en qualité et avec plus d’autonomie, c’est possible, de nombreuses études le démontrent. »

Pour y parvenir, la population est aussi invitée à changer son mode de consommation et à retourner vers la terre : « À chacun de réfléchir à sa consommation pour promouvoir le local et la vie des enfants », appelle le président du GAB Réunion. En mangeant moins de viande par exemple.

Revenir aux "fondamentaux"

« Nous devons recréer du goût, donner de l’envie et ramener les gens vers la production à l’échelle familiale, ce que faisaient nos anciens. Il faut revenir à ces fondamentaux. Le goût standard promis par l’industrie agro-industrielle, ce n’est pas ça le progrès. », clame le porte-parole.

Le collectif appelle à la multiplication de jardins partagés dans les quartiers et au pied des immeubles, en parallèle d’une sensibilisation dès le plus jeune âge dans les écoles. 

La production de semences locales et la préservation du foncier agricole dans le schéma d'aménagement régional (SAR) figurent aussi parmi les priorités mises en avant.

« Les citoyens demandent à être concertés pour une transition agroécologique, les agriculteurs doivent pouvoir vivre dignement de leur travail, par un juste salaire et un juste prix. Nous demandons cette transformation », lance Yvette Duchemann, qui appelle les institutions à organiser ces États Généraux.

Sébastien Bellemene, président du GAB Réunion, au côté de l'agriculteur Eliard Técher, en cours de conversion au bio à Cilaos.

Un exemple à Cilaos

Agriculteur à Cilaos et fondateur de Cilagro (Cilaos Agroécologie), Eliard Técher fait de son parcours un exemple. Il est en train de terminer la conversion de son exploitation en bio.

Alors que cette dernière était tournée exclusivement vers la lentille sur un modèle de production conventionnel, « je produis aujourd’hui plus et de façon beaucoup plus diversifiée tout en travaillant moins. En permaculture, grâce à l’apport de matières organiques, il n’y a pas de gestion des mauvaises herbes », témoigne l’agriculteur de Cilaos.

Pour écouler ses produits, il a créé avec d’autres producteurs un petit village et un marché qui se réunit une fois par mois.

« Quand j’étais gamin, je voyais tout le monde dans les jardins, il y avait un poulailler, un petit coin chouchou… Il faut redonner l’envie de planter via des jardins partagés au niveau des quartiers, des immeubles. »

L’appel est lancé à l’Etat et aux collectivités pour faire de ces états généraux une réalité. 

Etiquettes : Agriculture

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