Revenir à la rubrique : Politique

1er-Mai : la Fédération socialiste de La Réunion dénonce une "politique de casse"

Ecrit par S.I. – le vendredi 1 mai 2026 à 10H33

Hier, jeudi 30 avril, à la veille de la Fête du Travail, la Fédération socialiste de La Réunion a haussé le ton contre la politique du gouvernement dans les Outre-mer. Baisse des crédits pour le logement social, chute des contrats aidés, indicateurs de l’emploi jugés trompeurs : élus et responsables socialistes dénoncent des choix budgétaires aux conséquences sociales majeures pour l’île.

La Fédération socialiste de La Réunion a dressé un constat particulièrement sévère de la politique gouvernementale menée dans les Outre-mer. Réunis en conférence de presse ce jeudi 30 avril à Saint-Denis autour de leur première secrétaire fédérale Ericka Bareigts, les responsables socialistes dénoncent une série de décisions jugées "dangereuses" pour l’équilibre économique et social du territoire.

Aux côtés de la maire de Saint-Denis, la sénatrice Audrey Bélim, le député Philippe Naillet, ainsi que plusieurs élus et cadres du parti ont tour à tour alerté sur la réduction des moyens de l’État.

Logement social : une coupe budgétaire jugée "alarmante"

Au cœur des critiques, la baisse drastique de la Ligne Budgétaire Unique (LBU), principal levier du financement du logement social dans les Outre-mer. Selon les socialistes, cette enveloppe passerait d’environ 78 millions d’euros à seulement 27 millions d’ici 2026.

Pour Philippe Naillet, cette réduction compromet directement la capacité de production de logements : "26 millions d’euros, c’est à peine 500 logements construits et 500 réhabilités, alors que les besoins annuels se situent entre 2.500 et 3.000 logements".

Lire aussi : 53.000 demandes de logements sociaux à La Réunion : les bailleurs alertent sur une chute brutale des financements en 2026

La situation est d’autant plus préoccupante que plus de 200.000 Réunionnais seraient concernés par la crise du logement, avec des délais d’attribution qui atteignent désormais huit ans.

De son côté, Olivier Difernand rappelle l’ampleur des besoins : plus de 51.000 demandes de logement sont actuellement en attente. "Quatre Réunionnais sur dix sont touchés par cette crise", souligne-t-il, pointant également une réduction des moyens de l’État "au moment même où la situation se dégrade".

Contrats aidés : une chute brutale dénoncée

Autre point de crispation : la diminution massive des Parcours Emploi Compétences (PEC). Alors que 10.000 contrats avaient été maintenus l’an dernier, seuls 2.000 seraient prévus cette année. Une décision incompréhensible pour Ericka Bareigts qui estime que c'est au moment où la crise "est la plus forte" que le gouvernement "décide de tirer le tapis sous le pied des familles."

La première secrétaire fédérale évoque un"choix politique grave", estimant que l’État retire brutalement un dispositif essentiel à l’insertion professionnelle, particulièrement dans un territoire où le chômage reste structurellement élevé.

Lire aussi : La Réunion : alerte sur une forte baisse des contrats PEC, Philippe Naillet interpelle le gouvernement

Les socialistes contestent également la lecture gouvernementale d’une amélioration de l’emploi à La Réunion. Selon eux, cette analyse repose sur des indicateurs biaisés. Philippe Naillet rappelle que le taux de chômage atteint encore 16 % sur l’île, contre 7 % dans l’Hexagone, et que le taux d’emploi plafonne à 52 %, soit 17 points de moins qu’au niveau national. "À peine un tiers des salariés sont en CDI", insiste-t-il.

Pour les élus socialistes, la baisse des contrats aidés dans ce contexte relève d’une "irresponsabilité" et alimente un sentiment croissant d’abandon.

Le conseiller départemental Gérard Françoise s’inquiète par ailleurs d’un décalage entre les résultats financiers des bailleurs sociaux et la réalité du terrain. Il cite notamment l’exemple de la SIDR, dont les performances économiques progressent tandis que les investissements dans la rénovation diminuent. Une situation qu’il qualifie de "fuite en avant vers la financiarisation du logement social", au détriment des conditions de vie des locataires.

"Un sacrifice des Outre-mer"

Plus largement, la sénatrice Audrey Bélim va encore plus loin dans l’analyse politique. "Il ne s’agit pas simplement d’un abandon, mais d’un sacrifice des Outre-mer", affirme-t-elle, dénonçant une stratégie de recentrage de l’État sur l’Hexagone.

Elle alerte également sur les conséquences pour les collectivités locales : la baisse des contrats aidés fragilise directement le fonctionnement des services publics et les perspectives pour de nombreuses familles.

Dans ce contexte, la Fédération socialiste entend maintenir la pression à l’occasion du 1er mai. Ericka Bareigts a réaffirmé son soutien "plein et entier" aux travailleurs, dénonçant au passage toute banalisation du travail en ce jour symbolique.

Face à ce qu’ils qualifient de "dérive inacceptable", les responsables socialistes assurent vouloir poursuivre leur mobilisation pour défendre les intérêts des Réunionnaises et des Réunionnais, dans un climat social jugé de plus en plus tendu.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :