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RN2 : élus et passionnés appellent à rouvrir la route sans “effacer” la coulée

Ecrit par P.M. – le lundi 27 avril 2026 à 16H51
Deux pelles hydrauliques se sont mises en action de chaque côté de la route.

La Région Réunion et la mairie ont présenté ce matin le début du chantier de réouverture de la RN2, avec comme première étape l’ouverture d’une piste provisoire d’ici quatre semaines. Dans le même temps, des passionnés du volcan et la mairie de Sainte-Rose appellent à ne pas reproduire les erreurs du passé et à conserver un tronçon de route enseveli. Ce qui serait une première sur la route des laves.

Coupée depuis le 13 mars après la première coulée de lave ayant atteint la chaussée, la RN2 fait désormais l’objet d’un colossal chantier de réouverture piloté par la Région.

Sur une emprise d’environ 900 mètres, quatre traversées de lave représentent près de 600 mètres à dégager, avec des épaisseurs variant de quelques dizaines de centimètres à plus de 10 mètres selon les relevés de la Région.

Les travaux ont débuté avec une première phase consistant à créer une piste provisoire. Cette voie, d’une largeur adaptée au passage de camions, devrait être opérationnelle d’ici environ quatre semaines afin de permettre une circulation encadrée, notamment sous forme de convois aux heures de pointe.

« On commence par une piste provisoire […] puis on fera du mieux que nous pouvons pour rétablir la circulation », explique Guillaume Branlat, DGA à la Région Réunion en charge des routes et des transports.

Une seconde étape, également estimée à quatre semaines, doit permettre un rétablissement en double sens sur une piste provisoire. La reconstruction définitive de la route interviendra ensuite, après refroidissement complet de la lave, dans un délai estimé entre quatre et cinq mois.

Le chantier, évalué à environ deux millions d’euros et financé par la Région, mobilise des moyens techniques importants. Deux pelles hydrauliques interviennent simultanément depuis chaque côté de la coulée.

Huguette Bello a rappelé dans le même temps le déblocage par la Région d'une aide de 500 000 euros pour les TPE et PME de Saint-Philippe et de Sainte-Rose.

"On avance ti pas, ti pas"

Des mesures spécifiques sont prises pour ce chantier hors normes : « La plus grande difficulté ? C’est qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on va trouver, on ne sait pas s’il y a des cavités, la température qu’il y aura, l’état de la route en dessous... On espère que le bon Dieu nous enverra de la pluie pour aider à refroidir le tout », commente le DGA. « On avance à l’avancement, ti pas ti pas », résume-t-il.

Pour sécuriser les engins et leurs chauffeurs, le chantier a recours à des pelles munies de bras longs « qui travaillent loin devant ». Dans certains cas, un système d’attaches entre les engins est aussi prévu pour retenir ces derniers en cas de « bascule ».

Sous la croûte solidifiée, les températures restent élevées. La présence de vapeur confirme que certaines zones dépassent encore les 100 degrés. Pour des spécialistes, « on a encore entre 200 et 300 degrés à quelques mètres sous la surface ». On ne parle plus de lave mais de « roches incandescentes ».

Raison pour laquelle le chantier porte d’abord sur une phase de terrassement pour « niveler » la surface de la coulée, sans travailler plus en profondeur pour le moment. La réfection de la route interviendra dans un second temps.

Présente sur place ce matin, la présidente de Région, Huguette Bello, a rappelé qu’une aide de 500 000 euros destinée aux TPE et PME de Saint-Philippe et de Sainte-Rose, impactées par la coupure de la route, a été débloquée en parallèle, vendredi dernier en commission permanente, pour aider les professionnels à combler leurs pertes dans l’attente de la reprise de la circulation.

Lire aussi : RN2 coupée : une aide de la Région de 500.000 euros pour soutenir les acteurs économiques de Sainte-Rose et Saint-Philippe

La route est coupée sur un linéaire totale de 900 m mais ensevelie sur environ 600 mètres.

Un appel à conserver une "trace"

Au-delà du chantier, la gestion de cette coulée ravive un débat déjà posé après l’éruption de 1977, lorsque la lave avait été rapidement dégagée autour de l’église de Piton Sainte-Rose, rebaptisée Notre-Dame des Laves.

“À l’époque, qu’avons-nous fait ? On a laissé la roche se refroidir (...), puis on a passé le bulldozer pour rouvrir la route et dégager l’église, une démarche lue postérieurement comme une erreur mais qui était de bonne foi à l’époque”, commentait le maire, Michel Vergoz, sur le sujet au moment de présenter son projet, soutenu par l’évêché, de replonger l’église dans sa configuration du 13 avril 1977, lorsque la lave avait franchi son seuil sans l’anéantir.

Une démarche à l’origine d’une demande de classement de l’église au titre des monuments historiques, initiée par l’évêché et la mairie avec le soutien de la Région, afin de réhabiliter l’édifice, aujourd’hui en mauvais état (la messe n’y est pour l’instant plus célébrée), mais aussi de le mettre en valeur et de rappeler ce passage de l’histoire de La Réunion.

Lire aussi : Sainte-Rose : une demande de classement pour "sauver" l'église Notre-Dame Des Laves

Alain Bertil, spécialiste du volcan et chargé de mission volcanisme à la mairie de Sainte-Rose, appelle à ne pas reproduire les « mêmes erreurs ».

Sur un tronçon, la lave a buté sur le muret et s'est répandue sur la chaussée. Un tronçon que des passionnés et des élus appellent à conserver (photo F.M-A).

Quand la lave bute sur un muret...

« D’habitude, c’est la route qui traverse la lave […] pour une fois, ce serait bien que ce soit la lave sur la route », avance-t-il.

« Nous sommes plusieurs à avoir reconnu le parcours en entier, et il y a une unanimité pour dire qu’au moins une partie mériterait d’être conservée en l’état, parce que ce qu’il s’est passé est assez exceptionnel. Tout enlever transformerait cette coulée en une coulée comme les autres, c’est-à-dire banale. En pensant au développement durable et au développement du tourisme, ce serait bien de conserver une portion, car cela va attirer beaucoup de monde, même si cela pose des problématiques avec le Parc pour la conservation des espèces protégées : la question mérite vraiment d’être posée », est-il intervenu.

Les dernières coulées ont un « caractère exceptionnel parce que cela n’a pas été observé dans d’autres. Sur une portion, la lave a buté sur le parapet et, au lieu de continuer à descendre, elle a suivi la route sur plusieurs centaines de mètres avant de rejoindre d’autres bras. Ce sont des phénomènes jamais vus, et en plus c’est vraiment très beau, avec des arbres qui ont brûlé et ont laissé la trace de leur empreinte".

Il appelle à conserver cette portion, sur environ 100 à 200 mètres. 

"Pour 1977, tout a été enlevé dans l’église et on n’a pas cet aspect historique. Ce serait bien de ne pas refaire la même erreur", plaide-t-il.

Jamais un tronçon de lave recouvert par la lave n'a été conservée jusqu'à présent (photo F.M-A).
Sous la lave, des traces de l'ancienne route.

La balle est dans le camp du Parc national

Le maire de Sainte-Rose, Michel Vergoz, va dans le même sens : « On a l’occasion de donner un relief supplémentaire à cette route si bien nommée route des laves, ne ratons pas ce rendez-vous », indique-t-il.

Il rappelle le caractère évolutif du site du Grand Brûlé, soumis à des transformations rapides et à des contraintes environnementales fortes : « Le Grand Brûlé est par essence un site éphémère », souligne-t-il, appelant à concilier protection, aménagement et mémoire.

La balle est désormais dans le camp du Parc national, la route étant située en cœur de parc, avec des contraintes environnementales strictes à respecter et à prendre en compte.

Contourner la route, même sur quelques mètres, nécessite en temps normal de longues et onéreuses études d’impact environnemental, même si des observateurs rappellent que le Grand Brûlé est malheureusement d’abord envahi par les espèces exotiques.

Nous avons questionné le Parc national sur cet arbitrage délicat, entre impératif de désenclavement, préservation de l’environnement et mémoire de cet épisode volcanique. Nous attendons leur retour prochainement.

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