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Sainte-Rose : une demande de classement pour "sauver" l'église Notre-Dame Des Laves

Ecrit par p;m; – le samedi 25 avril 2026 à 09H07
L'église est en mauvais état et nécessite une restauration lourde.

L’évêque de La Réunion et la mairie de Sainte-Rose ont engagé auprès du préfet une demande de classement de l’église Notre-Dame des Laves au titre des monuments historiques. Une démarche appuyée par la Région Réunion, présentée comme “indispensable” pour permettre la restauration de l’édifice, comptant parmi les plus célèbres et visités de l’île, aujourd’hui en mauvais état, ainsi que sa mise en valeur historique, pour un coût estimé à deux millions d’euros. Pour l’heure, les messes ne sont plus célébrées dans l’église.

C'est par un courrier daté du 19 janvier que la procédure a été initiée par le propriétaire de l'église, l’évêque de La Réunion. Une démarche rapidement relayée par le maire de Sainte-Rose, puis par la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, auprès du préfet. Dans son courrier, daté du 2 février dernier, Michel Vergoz souligne la portée patrimoniale du site, devenu “un édifice majeur du patrimoine religieux et historique de La Réunion” depuis l’éruption de 1977. Elle abrite également la célèbre statue de la Vierge au parasol.

Un site emblématique de l’histoire réunionnaise. Construite en 1927, à l’origine sous la forme d’une chapelle en bois, l’église a connu plusieurs transformations au fil du temps. Agrandie dans les années 1930 avec l’ajout d’un clocher en pierre, d’un autel, d’une sacristie en béton et d’un chœur en bois, elle est reconstruite après le cyclone de 1948. Devenue trop exiguë, elle est finalement remplacée en 1952 par une église en béton, achevée et bénie le 26 octobre 1958, alors consacrée à l’Enfant Jésus de Prague.

Son destin bascule le 13 avril 1977, quand une coulée de lave hors enclos détruit une grande partie du village et encercle l’édifice, pénétrant jusqu'à l’intérieur de l'édifice, mais sans le détruire. Selon certaines explications, la configuration du terrain aurait permis à la lave, très fluide, de contourner l’église. Un événement “aussi extraordinaire qu’exceptionnel”, rappelle le maire dans son courrier, qui a contribué à la notoriété du site bien au-delà de l’île. L’édifice est ensuite remis en état au début des années 1980 et prend le nom de Notre-Dame des Laves.

La coulée se raconte sur les murs

Une histoire qui se raconte aujourd'hui dans l'église. Les vitraux d’origine, soufflés par la chaleur, ont été remplacés par une série réalisée par l’artiste Guy Lefèvre, passionné par le volcan. Ces vitraux, aux couleurs vives, racontent en quinze tableaux l’histoire de la coulée, de manière symbolique et sans représentation humaine. Leur lecture se fait de droite à gauche lorsque l’on se tient dos à l’autel.

L’artiste est également l’auteur de la fresque monumentale située au fond de l’église, inspirée d’un épisode de l’Évangile dans lequel Jésus apaise la tempête sur la mer de Galilée, ici réinterprété dans un contexte volcanique.

Plus de messes dans l'édifice

Le bâtiment appartient à la paroisse, qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour en assurer l’entretien. La municipalité avait envisagé d’en récupérer la propriété afin de pouvoir intervenir directement, une démarche qui n’a pas abouti. L'un et l'autre alertent sur l'état du bâti, mis à mal par les infiltrations.

Dans son courrier, le maire alerte le préfet sur l'état du bâtiment, "aujourd'hui fermé au public pour des raisons de sécurité, la structure de l'église peut être en danger". Plus précisément c'est la messe qui n'est plus célébrée dans l'enceinte de l'église mais dans la salle paroissiale à l'arrière. Un problème avec le réseau électrique est également en cours de traitement. 

La liste des désordres est bien plus longue et d’ordre structurel, nécessitant des travaux lourds : reprise des bétons en gros œuvre, réfection complète de la toiture et restauration des façades. Le coût global de l’opération est estimé à environ deux millions d’euros, a chiffré ce jeudi lors du conseil municipal Michel Vergoz en informant les élus sur l'avancée du dossier.

L'église fut encerclée mais "épargnée" par la coulée le 13 avril 1977 (photo Mohamed Sadar).

Replonger l'église au 13 avril 77

La suite d'une réflexion avancée de mise en valeur historique initiée par la ville en lien avec le diocèse de mise en valeur du site avec l’objectif de restituer l’église dans l’état qui était le sien au lendemain de la coulée de 1977, lorsque la lave s’était arrêtée à l’entrée de l’édifice.

“Nous, on avait beaucoup avancé là-dessus puisqu’on était allé jusqu’à quasiment l’avant-projet définitif […] on avait un projet quasiment fini”, explique le maire. Des études ont été réalisées en amont, pour un montant de 70 000 euros financé par la collectivité. 

Mais le projet est aujourd’hui suspendu à l’issue de la procédure de classement. “On ne peut pas commencer ces travaux sans qu’il y ait accord pour que ce site soit classé”, commente le maire. Le classement au titre des Monuments historiques apparaît comme un "préalable incontournable" pour mobiliser des financements extérieurs et permettre la réalisation des travaux. La Direction des affaires culturelles doit instruire le dossier avant son passage en Commission régionale du patrimoine et de l’architecture. 

L'ambition à terme est de restituer l'église comme elle l'était le 13 avril 1977 (Photo collection de l'évêché de la Réunion).

Un enjeu touristique et patrimonial

Face à l’ampleur des coûts, la collectivité reconnaît ne pas pouvoir porter seule le projet. “Petite ville qu’on est, il serait difficile pour nous de porter cette affaire-là jusqu’à sa réalisation”, indique Michel Vergoz. La mairie s’est ainsi tournée vers la Région, en mettant en avant le potentiel touristique du site. “On est allé voir la Région […] dans le cadre du développement touristique, c’était un site attractif.”

Le maire insiste sur l’importance du lieu, tant pour les Réunionnais que pour les visiteurs. “C’est un site aimant, attractif, majeur pour La Réunion. Chaque touriste s’arrête ici.” Le site enregistre plusieurs centaines de milliers de passages par an et constitue un élément central du patrimoine naturel, historique et culturel du territoire. Porté par la ville, un musée raconte désormais l'histoire de la coulée 77.

Être à la "hauteur" du 50ème anniversaire

Une histoire qui a marqué au fer rouge celle de La Réunion. Dans cette perspective, le cinquantième anniversaire de la coulée, le 13 avril 2027, est identifié comme une échéance symbolique. La municipalité y voit déjà "une opportunité supplémentaire pour valoriser cette démarche" et un moment idéal pour annoncer un classement de l’édifice, comptant parmi les plus célèbres de la Réunion. 

Un événement pour lequel la mairie a également sollicité la Région afin qu'elle endosse le rôle de "collectivité pivot" pour que l’organisation soit “à la hauteur de cet événement aussi spectaculaire qu’historique.”

Une démarche pas sans rappeler celle du pont suspendu de la rivière de l'Est, inscrit en 2014 au titre des monuments historiques puis rétrocédé par la ville à la Région, pour que cette dernière gère les travaux de restauration hors norme et l'entretien qui allaient suivre. 

Etiquettes : Église | Sainte-Rose

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