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Tentative de féminicide à Saint-Louis : malgré ses dénégations "abracadabrantesques", l’accusé condamné à 13 ans de réclusion criminelle

Ecrit par S.G. – le samedi 25 avril 2026 à 10H09
Photo d'illustration

Alors qu’il a nié l’intention homicide et plaidé un « accident », Jean-Claude Hécalé, 71 ans, a été reconnu coupable de tentative d’assassinat sur son épouse le 23 mars 2023 à Saint-Louis.

Ses dénégations n’auront pas convaincu les jurés. Au terme de deux jours d’audience, la cour d’assises de La Réunion a déclaré Jean-Claude Hécalé, 71 ans, coupable de tentative de meurtre avec préméditation sur son épouse Yolande, 59 ans, le 23 mars 2023 à Saint-Louis. Une tentative de féminicide pour laquelle cet ancien employé communal devenu commerçant a été condamné le vendredi 24 avril à la peine de 13 ans de réclusion criminelle.

Une thèse de l’accident qui ne passe pas

Jusqu’au bout, pourtant, le septuagénaire a nié l’intention homicide, plaidant tout au long de l’audience une thèse de l’« accident » de plus en plus difficile à entendre à la vue des éléments du dossier. Parfois capable de digresser sur des détails sans importance, l’accusé s'est montré beaucoup moins disert lorsqu’il s’agissait de répondre aux questions précises du président Franck Alzingre.

« Vous dites qu’elle a voulu vous empêcher de vous suicider avec le couteau et que c’est ainsi qu’elle s’est blessée, mais alors, pourquoi a-t-elle pris la fuite ? » - « Je ne sais pas, je ne suis pas dans sa tête. Peut-être qu’elle était choquée », répond le retraité.

Lire aussi : "J’ai vu la mort devant moi", un septuagénaire de Saint-Louis jugé pour tentative d’assassinat sur son épouse

Inspiré du Cluedo ?

« Mais pourquoi ne pas l’avoir suivie pour savoir comment elle allait si c’était un accident ? Pourquoi ingérer le détergent à ce moment-là ? », relance le président. Jean-Claude Hécalé botte encore en touche, après avoir mimé de façon théâtrale comment sa femme se serait blessée elle-même en lui arrachant le couteau des mains « pour (l)’empêcher de (s)e tuer. »

Mais pour l’avocat général Antoine Barat, qui va requérir 20 ans de réclusion criminelle dans ce dossier « complexe », le Saint-Louisien « n’a jamais eu l’intention de se suicider, en tout cas pas sans l’avoir tuée avant. »

« On se demande si l’accusé ne s’est pas inspiré du Cluedo », questionne le magistrat, rappelant la présence de trois armes sur la scène de crime : révolver chargé, cordelette et couteau, illustrant « sa détermination » à tuer.

"Un coup d’estoc à la gorge"

Dans sa démonstration, le représentant de la société va égrener les éléments de preuves allant dans le sens du récit de la victime, par opposition à la version « abracadabrantesque » de Jean-Claude Hécalé : l’ADN de l’accusé sur la détente et la crosse du révolver et le couteau ensanglanté, même si la cordelette retrouvée sur place n’est pas celle décrite par Yolande Hécalé. Une femme dont les blessures au menton et à l’épaule démontrent « un coup d’estoc », porté à l’horizontale dans une région vitale, la gorge.

Avant le ministère public, Me Nathalie Pothin avait déjà fait part de sa conviction que Jean-Claude Hécalé avait prémédité le meurtre de sa femme qui l’avait quittée depuis trois mois, situation insupportable pour lui : « Il y a eu des menaces de mort, il est passé dans une armurerie trois semaines plus tôt, il s’est assuré qu’elle viendrait seule au rendez-vous... », expose la partie civile. « Un révolver, une corde, un couteau : trois armes, c’est rare dans un dossier, et c’est la preuve de l’intention de tuer », poursuit l’avocate.

"Il voulait qu’elle ait sa mort sur la conscience"

« Tous les éléments corroborent la version de ma cliente. Depuis qu’elle s’est enfuie de la scène, elle a toujours raconté la même chose, quand lui a multiplié les déclarations farfelues » a-t-elle rappelé, soulignant « le traumatisme » occasionné à la victime et aux enfants du couple.

Pour la défense, Me Nicolas Dyall tentera bien de faire coller le dossier à la ligne choisie par son client pour plaider l’acquittement : « Il voulait se suicider et qu’elle ait sa mort sur conscience. » Pointant ce qui constitue selon lui des « incohérences » dans les déclarations de la victime, l’avocat saint-pierrois s’est attaché à démontrer que son récit ne correspondait pas toujours aux constatations.  

Mais sans pouvoir persuader les jurés de ne pas suivre le sens des réquisitions. Ceux-ci ont toutefois prononcé une peine tenant compte de l'âge avancé de l'accusé, 71 ans, et de l'état de « souffrance psychologique » dans lequel il se trouvait à l'époque des faits, comme l'ont décrit de nombreux témoins.

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