"Ce que j’ai fait est monstrueux" : l’ex-principal de collège à Saint-Denis condamné à 13 de réclusion pour viols et agressions sexuelles incestueuses

Déclaré coupable de viols et agressions sexuelles incestueux sur son aînée puis sa fille adoptive, des faits qu’il avait avoués en 2020, l’ancien principal du collège Juliette Dodu a été condamné à 13 de réclusion par la cour criminelle.
La question aura plané tout au long des débats. Au cours de sa longue carrière de moniteur de colonie, d’instituteur, de chef d’établissement, Jacques Gorisse aura-t-il fait d’autres victimes parmi les enfants dont il avait la charge ?
L’enquête n’aura pas permis de le démontrer, et ce n’est pas pour d’autres faits de pédophilie que ceux commis sur ses propres filles que le principal du collège Juliette Dodu de Saint-Denis de 2018 à 2020 a été condamné jeudi 2 juillet à la peine de 13 ans de réclusion criminelle, assortie de cinq ans de suivi socio-judiciaire et une interdiction définitive d’exercer toute activité avec les mineurs.
"Son rôle de père et son statut dans l’Education nationale"
Conformément aux réquisitions de l’avocate générale Léa Filippi qui avait réclamé 14 ans de réclusion, c’est « dans son rôle de père, mais aussi en lien avec son statut, son pouvoir dans l’Education nationale, son devoir de protection de l’enfance » que l’ancien chef d’établissement a été sanctionné.
« Une peine à hauteur de la gravité des faits, commis sur deux victimes à quinze ans d’écart, et qui tient compte de votre carrière et votre position sociale », a confirmé la présidente Doriane Trombi. Venu libre à l’audience, six ans après s’être dénoncé lui-même au commissariat Malartic, le fonctionnaire en retraite à 65 a pris le chemin du centre pénitentiaire après l’énoncé du verdict.
Plus tôt dans la journée, l’ancien enseignant avait de nouveau reconnu, avec plus ou moins de précision, les faits dont il était accusé : les viols, pendant six mois entre 2016 et 2017 à Mayotte, de sa fille adoptive de 8 ans, ainsi que les agressions sexuelles, en métropole entre 1997 et 1999, de sa fille naturelle alors âgée d’une dizaine d’année.
"C’était moi l’adulte"
« Ce que j’ai fait est monstrueux, horrible, et je suis bouleversé des dommages que j’ai causé à mes filles » s’est-il excusé, en sanglots à la barre. « Elles n’étaient pas responsables, c’était moi l’adulte, mais je n’étais plus moi-même » a-t-il déclaré.
Trop tard au goût des parties civiles, trop léger aussi, alors qu’il avait d’abord réduit les faits à « des gestes déplacés » s’agissant des plus anciens, et poussé encore plus loin dans l’abject s’agissant des faits les plus récents, en imposant des viols et filmant ses actes avec la fillette de huit ans qu’il avait adopté. Une réitération à quinze ans d’écart qui interroge.
"Perversion pédophilique non-prévalente"
Pourtant, a-t-il assuré, « je ne suis pas attiré par les enfants. Je ne supporte pas qu’on leur fasse du mal. » De quoi susciter ces conclusions de l’expert psychiatre Alain Penin, soulevant l’existence « d’une perversion pédophilique non-prévalente mais réelle » et une certaine « dangerosité criminologique » compte tenue de « l’intelligence supérieure » de l’accusé. Comment comprendre alors que cet enseignant reconnu dans son métier ait ainsi pu passer à l’acte, franchissant « l’interdit fondamental de l’inceste » ?
La réponse trouve peut-être racine dans un cercle familial « où l’inceste s’est quasiment transmis de père en fils, comme le métier d’enseignant » a rappelé une avocate après les dépositions entendues la veille par la cour. L’accusé lui-même ayant révélé avoir subi des faits de la part de son grand-père durant son enfance dans le Nord.
"Un crime qui bousille tout"
« Mais cela n’excuse pas le fait d’être agresseur à son tour. Il était l’adulte référent, il a transformé la tendresse d’un père en violence sexuelle » assène l’avocate générale.
Plus tôt, les parties civiles avaient dénoncé « les atrocités d’un crime qui bousille tout, détruit les repères et dont on peut voir les conséquences à 10, 20, 40 ou 60 ans ». Pour Me Léna Baro, l’accusé a usé « de stratagèmes, de chantage affectif, d’emprise » sur la fillette violée à Mayotte.
Pour l’aînée, « la chair de sa chair », Me Manon Lebert a fustigé « une reconnaissance a minima », « l’absence d’excuses » et « une omerta familiale » qui a développé chez elle « un sentiment de culpabilité que de tels faits aient pu se reproduire quinze ans plus tard sur un autre enfant. »
"Pronostic d’évolution favorable"
Rappelant cependant que Jacques Gorisse « a reconnu les faits et suivi une thérapie depuis six ans », la défense a insisté sur la nécessité « d’une peine juste et utile. » « La prison est incontournable pour la reconstruction des victimes, mais 14 ans, à son âge, ce serait une condamnation à mort » avait mis en garde Me Erick Hesler, soulignant que l’expertise psychiatrique a aussi posé « un pronostic d’évolution favorable car il a pris conscience des faits, fait un travail psychologique et exprime sa culpabilité. » L'accusé n'aura obtenu qu'un an de moins que le quantum requis.
Jugée pour non-dénonciation d’un crime qu’elle avait découvert dès 2017, soupçonnée d’avoir fait chanter son mari pour obtenir une contrepartie financière à son silence, l’ex-épouse de Jacques Gorisse est condamnée pour sa part à trois mois de prison avec sursis. Les condamnés ont dix jours pour faire appel.


