Revenir à la rubrique : Faits divers

"J’ai vu la mort devant moi" : aux assises, un septuagénaire de Saint-Louis jugé pour tentative d’assassinat sur son épouse

Ecrit par Sébastien Gignoux – le jeudi 23 avril 2026 à 19H10

Jugé pour avoir tenté d’assassiner son épouse en mars 2023 à Saint-Louis, un commerçant de 71 ans comparait aujourd’hui jeudi 23 avril et demain, vendredi 24 avril, devant la cour d’assises de La Réunion. L’accusé nie avoir voulu commettre un féminicide.

Ce sont deux versions radicalement différentes qui s’affrontent depuis ce jeudi 23 avril devant la cour d’assises de La Réunion. Dans le box des accusés, Jean-Claude Hécalé, 71 ans, doit répondre d’une tentative d’assassinat commise sur son épouse Yolande, 59 ans, le 23 mars 2023 à Saint-Louis. L’homme nie fermement les faits, assurant avoir seulement voulu se suicider.

En instance de séparation

Le couple qui tient un bar-épicerie en centre-ville était en instance de séparation après 37 ans de vie commune lorsque les secours sont alertés cette après-midi là aux environs de 15 h. Réfugiée dans le commerce d’en face, Yolande Hécalé présente une plaie de 5 cm au menton et une autre à la main, ainsi que des dermabrasions au niveau de l’épaule.

Longuement interrogée durant cette première journée d’audience, la commerçante raconte à nouveau comment son mari lui aurait tendu un piège, prétextant un rendez-vous pour convenir de la vente du magasin.

"Il m’a dit d’approcher…"

« Il m’a dit d’entrer. La veille, il avait annulé la rencontre car j’étais venue avec mon petit-fils » retrace Yolande. « Il m’a dit d’approcher près du congélateur, et il a sorti un revolver qu’il a pointé sur ma tempe. J’ai réussi à le lui arracher, mais alors il a sorti une corde et a essayé de m’étrangler. Comme je résistais, il a pris le couteau et m’a piquée. En lui arrachant la lame, je me suis ouvert la main » témoigne la partie civile, toujours sous le choc trois ans après la scène.

Revolver, corde et couteau retrouvés

Profitant que son mari s’éloigne au cagibi pour « chercher de l’eau », elle s’enfuit et alerte les gendarmes. Quand ceux-ci arrivent sur les lieux, ils trouvent Jean-Claude Hécalé en train de vomir dans la réserve, après avoir ingéré le contenu d’un bidon de détergent.

Lire aussi : Condamné à 20 ans de réclusion pour le meurtre d'Erminah au Gol, Roland Gonthier a clamé son innocence jusqu'au bout

Ils trouvent également un révolver chargé de sept munitions de 22 long rifle, deux morceaux de cordelette blanche, et un couteau ensanglanté caché derrière un pack de soda. Ainsi qu’un écrit de la main de l’accusé : « Je ne peux pas vivre sans toi. Je veux me suicider », mentionne-t-il.

"Violent avec la bouche"

Une thèse du suicide que l'accusé a d'ailleurs défendue tout au long de l’instruction. Sa femme se serait blessée toute seule, prétend-il, de façon « accidentelle », en voulant l'empêcher de mettre fin à ses jours. Mais l’homme multipliait les crises de jalousie et les violences verbales depuis leur mariage en 2016, au point que le couple s’était séparé une première fois en 2020.

« Il était violent avec la bouche, m’accusait de voir des hommes, m’insultait. J’étais fatiguée », poursuit la partie civile. Une dizaine de jours avant les faits, plusieurs membres de la famille affirment avoir vu Jean-Claude menacer Yolande de mort, mimant un geste d’égorgement avec le doigt.

"Il a essayé de me tuer"

Son épouse en est convaincue : « Il a essayé de me tuer. J’ai vu la mort devant moi. Je ne sais pas comment j’ai trouvé la force de résister » déclare-t-elle aux jurés, précisant être toujours suivie pour un syndrome de stress post-traumatique. Pour les médecins qui l’examinent, son état psychologique et les blessures constatées semblent en cohérence avec le récit incriminant son époux.

Décrit comme discret, sportif, bon père, mais aussi jaloux et dépressif, le petit homme sec, au crâne dégarni et aux lunettes rondes, a brièvement pris la parole en début d’audience pour confirmer qu’il contestait toujours ces accusations.

L’accusé nie toujours

 « Je n’ai jamais voulu la blesser. On n’arrivait plus à communiquer », avait-il déjà exposé en garde à vue, à la sortie de son séjour en hôpital à la suite de son empoisonnement volontaire. Mis en examen et placé en détention provisoire depuis le 29 mars 2023, Jean-Claude Hécalé n’a jamais évolué dans sa version. Sans convaincre le juge d’instruction qui l’a renvoyé devant la cour d'assises, où il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le verdict est attendu demain, vendredi 24 avril.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :