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Exécution de Jean-Fred Cazambo à Saint-Gilles : les frères Confiance, le second tireur et cinq complices présumés renvoyés devant la cour d’assises

Ecrit par Sébastien Gignoux – le mardi 21 avril 2026 à 06H36

Trois ans après le meurtre de Jean-Fred Cazambo devant la discothèque La Villa Club à L’Hermitage, les frères Dylan et Jordan Confiance sont renvoyés devant la cour d’assises pour assassinat et association de malfaiteurs. Six autres personnes, dont le second tireur présumé, sont également mis en accusation.

Une scène digne d’un film de gangsters dans l’un des secteurs les plus fréquentés par les noctambules à La Réunion. Ce 23 mars 2023, il est un peu plus de 4h du matin lorsqu’une Peugeot 208 sans plaque d’immatriculation freine brusquement devant la discothèque La Villa Club de Saint-Gilles, d’où vient de sortir Jean-Fred Cazambo, 34 ans. Habitant de Bras-Panon connu de la justice, celui-ci est venu profiter d’une dernière virée entre amis avant de se faire poser un bracelet électronique.

Entre 4 et 6 coups de feu dans la nuit

Sans sommation, le passager de la 208, visage dissimulé sous une cagoule, descend du véhicule arme au poing et fait feu à 4 ou 5 reprises en direction du fêtard. Quasi instantanément, le passager arrière sort aussi de la voiture avec un fusil à pompe, et tire à son tour en direction de la victime, qui s’écroule devant la boîte de nuit. Touché au thorax, Jean-Fred Cazambo succombe à ses blessures une heure plus tard.  

Quant à la 208 et ses occupants, ils ont quitté les lieux en trombe et disparu de la circulation. La scène, qui ressemble à une exécution en bonne et due forme, n’a duré qu’une poignée de secondes.

Reddition des Confiance

Très vite cependant, la rumeur désigne les frères Dylan et Jordan Confiance, 29 et 24 ans, surnommés « les rois de la nuit » à Saint-Benoît. Se sachant recherchés, tous deux se rendent à la gendarmerie le surlendemain. Niant dans un premier temps jusqu’à leur présence sur les lieux du crime, ils finissent par reconnaître leur implication dans la mort de Jean-Fred Cazambo, avec qui ils entretiennent un contentieux ancien mais dont l’origine reste floue. Ils nient cependant toute préméditation des faits, expliquant avoir rappliqué à la demande d’un camarade présent ce soir-là dans la discothèque et qui les aurait appelés à l’aide.

La thèse d’une exécution préméditée

Mais au terme de trois ans d’instruction, c’est au contraire la thèse d’un règlement de comptes prévu de longue date qui est soumise à l’appréciation de la cour d’assises. Dans une ordonnance de mise en accusation rendue le 17 mars dernier, le juge d’instruction dionysien en charge du dossier a conclu au renvoi devant la juridiction criminelle des deux frères pour des faits d’assassinat, mais également d’association de malfaiteurs.

A leurs côtés, le deuxième tireur présumé, Brice Hoarau, 29 ans, doit répondre des mêmes chefs d’accusation. Le Dionysien, ami des Confiance et déjà connu pour sa participation à une violente expédition punitive, avait été placé en garde à vue trois jours après les faits.

Complicités multiples

Sont également poursuivies cinq autres personnes, quatre hommes et une femme, ayant participé de près ou de loin à la commission des faits, durant leur préparation ou dans les heures suivant le crime.

L’un d’eux semble lié à un précédent projet « d’éteindre » Jean-Fred Cazambo. Dans les heures suivant le meurtre, les policiers de Saint-Denis font en effet le rapprochement avec une affaire dont ils ont eu à connaître le 21 mars, soit deux jours à peine avant les faits survenus devant La Villa Club.

Une première saisie d’armes l’avant-veille du drame

Avertis d’un projet de représailles, ils contrôlaient ce soir-là le conducteur d’une Ford Focus, un jeune Dionysien réputé proche du clan Confiance. Dans la voiture, un fusil à pompe, un pistolet 9 mm, des cagoules et du ruban adhésif noir. Mis en examen, le suspect évoquait déjà le Panonnais comme une cible potentielle.

Les autres, au terme d’une enquête minutieuse de la section de recherches de la gendarmerie, sont soupçonnés d’avoir aidé à la logistique entourant le meurtre. Soit en allant récupérer les armes, soit en aidant à dissimuler des preuves, soit en informant les frères Confiance des mouvements de Cazambo.

Lire aussi : Famille et amis de Jean-Fred Cazambo lui rendent hommage

Le "top" donné depuis la discothèque

C’est ainsi qu’un de leurs proches est suspecté de les avoir prévenus par messagerie de la présence de la future victime dans le secteur des discothèques, puis d’avoir donné le « top » lorsque celle-ci est sortie de La Villa.

Deux autres protagonistes, un homme et une femme, auraient joué un rôle crucial en se transportant à Saint-Gilles avec le commando pour prendre en charge la Ford Fiesta de Dylan Confiance, puis pour exfiltrer les tireurs après avoir pris soin d’incendier la 208 ayant servi à la mission.

Voiture brûlée et armes enterrées

Le véhicule utilisé par les tueurs, retrouvé carbonisé près du musée de Villèle, avait été volé à une agence de location plusieurs jours auparavant. Le petit groupe s’était aussi retrouvé quelques minutes avant les faits à proximité de Saint-Gilles, Dylan Confiance, le chauffeur, arrachant les plaques d’immatriculation pour compliquer l’identification du véhicule.

Les membres du clan Confiance seront également impliqués dans la dissimulation des armes employées cette nuit-là : un pistolet Luger 9 mm et un fusil à pompe. D’abord enterrées dans un champ de canne, elles seront déplacées le lendemain des faits, et à nouveau cachées dans la forêt sur les hauteurs de Bellepierre, à Saint-Denis.

Messagerie désactivée

Tout ce petit monde, qui dit avoir agi dans l’impulsivité du moment, semble pourtant, d’après l’enquête, avoir méticuleusement préparé son coup. Un groupe formé sur la messagerie éphémère Snapchat aurait servi aux échanges, avant que sa dizaine de participants ne le quitte dans les heures suivant les faits sans que leurs communications ne puissent être restaurées.

Mais ce qui a frappé les enquêteurs, outre les éléments indiquant l’existence d’un projet criminel, c’est cette faculté du clan Confiance à se procurer des armes avec une facilité qui interroge.

Un procès début 2027 ?

Début février 2023, les deux frères avaient déjà été arrêtés à Saint-André à bord d’une BMW transportant un révolver et une autre arme de poing. En perquisition, les policiers retrouvaient également des grenades, un fusil et des munitions. Et l’affaire de la Ford Focus, avec un nouveau lot d’armes interceptées, n’avait pas empêché les deux frères d’être à nouveau lourdement armés le jour du meurtre.

De quoi s’interroger sur le mobile du crime. Simple rivalité entre hommes réputés bagarreurs, ou règlement de comptes sur fond de domination territoriale en lien avec des activités criminelles ? Dans un milieu où les armes, l’argent liquide et les stupéfiants apparaissent avoir circulé de façon importante, la question ne manquera pas de se poser aux jurés de la cour d’assises. Le procès pourrait se tenir en début d’année prochaine.

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