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"Un coup de feu dans le visage à bout portant" : une médecin légiste de La Réunion alerte sur le danger des airbags Takata, encore trop nombreux en circulation

Ecrit par Sébastien Gignoux – le samedi 18 avril 2026 à 06H25

Alors qu’un nouvel accident possiblement lié à l’explosion d’un airbag Takata fait l’objet d'une enquête à L'Étang-Salé, le Dr Olivia Plé, légiste à l’institut de médecine légale de La Réunion et auteure d’une étude sur le sujet, alerte sur le danger mortel que représente cet équipement et incite vivement les automobilistes réunionnais à faire vérifier leur véhicule.

« Il faut se figurer une pièce comparable à une capsule Nespresso écrasée projetée à plus de 300 km/h. C’est l’équivalent d’un coup de feu à bout portant en plein visage ». Médecin légiste à l’institut de médecine légale de La Réunion, le Dr Olivia Plé se penche depuis plusieurs mois sur les accidents liés aux airbags défectueux de la marque Takata dans le département.

Auteure d’une étude sur une série de cas groupés recensés à La Réunion, elle a présenté le résultat de ses recherches à l’occasion du dernier congrès de la Société française de médecine légale et d’expertises médicales en juin 2025, et alerte les usagers de la route sur les risques mortels que représente cet équipement.

"Celles qui ne meurent pas ont beaucoup de chance"

« Le type de lésion occasionné est vraiment comparable à une blessure par arme à feu, avec un projectile de 2 cm de diamètre et qui, en fonction de la taille du conducteur ou du réglage de son volant, peut aller se loger directement dans le cerveau ou dans le bas du visage, voire les cervicales » détaille cette médecin. « Parfois, les personnes sont touchées à l’épaule. Mais celles qui ne meurent pas ont beaucoup de chance, car les lésions causées sont très graves » rappelle le Dr Plé.

Si un premier cas mortel est documenté dans le Sud de l’île en 2016, c’est surtout depuis 2019 et le décès d’une automobiliste à la Saline-les-Bains que La Réunion a découvert le sujet de ces airbags tueurs, pourtant connu aux Etats-Unis dès 2004. Depuis, les services de l’IML ont recensé dans l’île dix accidents liés à ces équipements défectueux, dont quatre mortels.

Nouvelle campagne de sensibilisation aux dangers de l'airbag Takata

Lourdes séquelles pour les survivants

Pour les victimes ayant survécu, les conséquences sont souvent terribles : « des séquelles physiques, esthétiques, fonctionnelles et psychologiques », énumère la légiste, soulignant l’importance des expertises en dommages corporels dans la procédure judiciaire, et le calcul d’une éventuelle indemnisation.

 « Souvent, les victimes sont sous le choc de ce qui s’est passé et ne savent même pas qu’il y a une procédure judiciaire en cours à laquelle elles peuvent se joindre », rappelle le Dr Plé, alors qu’une vaste enquête regroupant la plupart des cas d’accidents survenus en France est désormais entre les mains de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris.

Les Outre-mer en première ligne

L’étude rappelle aussi combien La Réunion, à l’image de la Guadeloupe ou la Martinique, est particulièrement exposée aux risques de déclenchement intempestif de l’airbag Takata. « La capsule qui intervient dans le déclenchement de l’airbag contient du nitrate d’ammonium, un gaz très instable qu’on retrouve dans l’explosion de l’usine AZF en 2001 ou celle survenue en 2020 au port de Beyrouth. Le problème, c’est que ces capsules sont dysfonctionnelles, ne sont pas très étanches et se dégradent sous l’effet de l’humidité et de la chaleur. Les climats qu’on a dans les Outre-mer vont aller déstabiliser ce nitrate d’ammonium qui va devenir explosif, c’est pour ça qu’on y recense plus de cas qu’en France métropolitaine », résume la scientifique, qui ne cache pas son inquiétude quant à la survenance de nouveaux cas sous nos latitudes.

Après deux accidents mortels lié à l’airbag en janvier et décembre de l’année dernière, sur la NRL puis sur la route des Tamarins, un nouvel événement ayant fait un blessé grave fait d’ailleurs l’objet d’une enquête en 2026, à la suite d'un accident survenu sur la quatre-voies de L'Étang-Salé en février dernier.

Affiche de la campagne de rappel Takata pour La Réunion

"La campagne de rappel ne fonctionne pas"

« On se rend compte que la campagne de rappel ne fonctionne pas suffisamment. Les gens ne se rendent pas forcément compte de la gravité du risque », souligne le Dr Plé, pointant les difficultés rencontrées par le dispositif Stop Drive.

« Il y a des gens qui n’ont pas reçu la lettre de rappel. Parfois il s’agit de véhicules de 5e main, ou pour lesquels le changement d’adresse ou de carte grise n’a pas été fait. Il y a aussi des personnes qui viennent pour une courte période à La Réunion : des étudiants, des saisonniers, qui ne prennent par le temps de vérifier », illustre-t-elle, rappelant qu’il est primordial de soumettre le numéro VIN de sa carte grise, « celui mentionné à la rubrique E » aux moteurs de recherche de la campagne de rappel.

Près de 19.000 véhicules toujours concernés à La Réunion

Le fait est que celle-ci patine clairement à La Réunion. Lancée en février 2025, la campagne baptisée Stop Drive concernait alors 35.000 véhicules à La Réunion. Un an plus tard, alors que le contrôle technique rend obligatoire depuis le 1er janvier 2026 la vérification de l’airbag des modèles concernés, ce sont toujours 18.946 voitures équipés de l’airbag défectueux qui restent dans la nature, selon les derniers chiffres du Syndicat de l’importation et du commerce (SICR).

« Ce chiffre descend très doucement effectivement », confirme Phillipe-Alexandre Rebboah, son président. « Il y a sans doute des cartes grises qui ne sont pas à jour, mais aussi des véhicules peut-être déjà envoyés à la casse ou que des gens conservent chez eux en non-roulant », envisage-t-il.

Campagne de rappel diffusée en Guadeloupe.

"Faire bouger les choses"

« En tout cas, nous continuons à communiquer pour inciter les personnes concernées à se manifester », assure Phillipe-Alexandre Rebboah, qui compte sur la nouvelle campagne lancée au niveau national « pour faire bouger les choses. »

A titre de comparaison, la Guadeloupe, qui comptait 42.000 véhicules concernés au début de la campagne, avait fait descendre ce chiffre à 16.000 fin 2025, avec une campagne de sensibilisation grand public peut-être plus « agressive » que celle de La Réunion, comme en témoigne le visuel ci-dessus.

Le Dr Plé, pour sa part, espère que son message d’alerte incitera les automobilistes de La Réunion à s’informer et à faire le nécessaire afin d’éviter de nouveaux drames. En décembre 2025, selon les chiffres communiqués à l'AFP, on recensait en France 46 accidents impliquants un airbag Takata, dont 42 dans un département ou une collectivité d’Outre-mer. 20 avaient provoqué le décès de la victime, dont 18 en Outre-mer.

Lire aussi : Airbags tueurs, des drames et un scandale d’État à La Réunion

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