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Expulsion fracassante d’une locataire : les trous de mémoire de Thierry Robert et de son fils face aux gendarmes

Ecrit par Eric Lainé – le jeudi 16 avril 2026 à 06H38

Le 28 mai prochain comme annoncé par Letangue.re, Thierry Robert, son fils Thomas et leur chargée de gestion locative comparaissent devant le tribunal judiciaire de Saint-Pierre pour « manœuvre, menace, voie de fait ou contrainte pour forcer une personne à quitter son lieu d’habitation ». Récit de l’expulsion d’une locataire qui a fait beaucoup de bruit mais dont les Robert ont eu peine à se souvenir chez les gendarmes.

Avant de faire couler de l’encre dans les médias, l’affaire de l’expulsion par la famille Robert d’une de ses locataires, en proie à des retards de loyer, a provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux, livrée en pâture aux internautes via le Facebook de Thierry Robert. Les faits sont somme toute assez simples. Amélie (*), mère célibataire de 40 ans, occupe avec son enfant un petit appartement situé à l’étage d’un immeuble locatif de la rue du docteur Raymond Vergès à Saint-Louis, propriété de la famille Robert de Saint-Leu.

Problème : Amélie ne paie plus son loyer de 680 euros depuis plusieurs mois. La dette frise les 8.000 euros sans que personne ne semble s’en être ému au sein de la société DIOI, maison mère des différentes SCI à vocation locative détenues par les Robert. Dans leur parc immobilier qui compte environ 160 logements, le cas d’Amélie est loin d’être isolé. Le pot aux roses est découvert par la nouvelle responsable de la gestion locative des Robert qui prend ses fonctions le 6 janvier 2025. « Quand j’ai pris ce travail et que je me suis aperçu qu’il y avait plus de 80.000 euros de loyers impayés, et que j’ai exposé tout cela à M. Robert et aux autres, j’ai eu l’impression qu’ils étaient tombés des nues et qu’ils n’étaient pas au courant des sommes exactes que les locataires devaient… », a indiqué l’employée aux enquêteurs.

« J’ai eu comme directive de changer la serrure »

Branle-bas de combat dans la société Robert en ce début d’année 2025. La décision est prise de récupérer les impayés. Et la responsable de la gestion locative, alors en période d’essai, est chargée de faire entendre raison aux retardataires. Il se trouve qu’Amélie de Saint-Louis est en tête de liste. L’employée procède à quelques relances. Sans succès. Le 24 janvier, les choses prennent une tout autre tournure. « J’ai reçu l’ordre du gérant, Monsieur Thomas Robert, de procéder à l’expulsion », avoue-t-elle sur PV. Une fois sur place, la consigne est on ne peut plus claire. « J’ai envoyé un message à mon responsable et j’ai eu comme directive de changer la serrure », indique-t-elle encore.

Une version que confirme le responsable technique, lui aussi en période d’essai et présent sur place avec un autre collègue, pour « veiller à ce qu’il n’y ait pas de débordements ». L’homme raconte avoir changé le barillet de la serrure à la demande de la gestionnaire. « Son but était de mettre une pression à la locataire pour payer les dettes de son loyer en échange des nouvelles clés ».

« C’est M. Thierry Robert. De toute façon, c’est lui qui prend toutes les décisions… »

Finalement, la consigne de Thomas Robert, fils de Thierry et gérant des sociétés familiales sur le papier, est plus radicale que prévu. « J’ai reçu un message d’enlever la porte », admet l’employée. Dans quel but ? « Je pense de mettre la pression pour que la locataire paie le loyer. » Qui en a donné l’ordre sur le groupe WhatsApp ? La réponse a le mérite de la franchise : « Monsieur Thierry Robert. » Laquelle est approuvée par son fils, gérant. Le responsable technique confirme. « C’est M. Thierry Robert. De toute façon, c’est lui qui prend toutes les décisions… »

La gestionnaire sait que « ce n’est pas légal ». Elle admet d’ailleurs qu’il n’y avait pas d’huissier dans la boucle comme l’exige la loi. Mais elle n’avait pas d’autre choix que de suivre « les directives », précisant y être allée « pour manger à la fin du mois ». Et d’ajouter encore : « On peut faire quoi quand on a un loyer à payer et qu’on est en période d’essai... »

« Sans porte, elle a dû se barricader avec une armoire »

Quand les trois employés des Robert quittent Saint-Louis ce 24 janvier 2025, ils laissent derrière eux la locataire et son enfant dans un appartement ouvert à tous les vents. « Sans porte, elle a dû se barricader avec une armoire », reconnaît le responsable technique. Ainsi, pendant quinze jours et autant de nuits, Amélie se retrouve dans un complet climat d’insécurité. A la merci d’un cambrioleur ou d’un agresseur de passage. Dans les jours qui suivent, le cas d’Amélie fait débat au sein de la société Robert. Le 30 janvier, la gestionnaire sollicite une décision de la part de sa direction « puisqu’elle ne veut pas sortir de l’appartement malgré l’enlèvement de la porte ». Ce à quoi Thierry Robert répond par écrit : « Qu’il faut qu’elle se rende sur place avec Gladys (Ndrl : l’épouse de Thierry Robert) et ne plus jouer avec la locataire ».

« Il fallait des gens musclés pour enlever les meubles… »

Comme rien n’y a fait, les Robert organisent une ultime réunion le 5 février suivant. Elle a pour but de décider du sort qui sera réservé à la locataire. Le responsable technique n’y assiste pas mais il reçoit un message sur WhatsApp le soir même. « On me disait de prendre mes dispositions pour la journée de jeudi parce qu’il allait y avoir sûrement une expulsion. En gros, il fallait des gens musclés pour enlever les meubles… » Le 6 février 2025, la gestionnaire et les deux employés sont devant la porte de la locataire pour déménager ses affaires à 7 heures pétantes.

Après avoir essuyé une fin de non-recevoir, la gestionnaire se prend le bec avec la locataire de part et d’autre de l’armoire qui fait désormais office de porte d’entrée. Après avoir eu l’épaule et/ou la cuisse plus ou moins coincée, la gestionnaire appelle son patron à la rescousse. Les Robert font le déplacement en nombre. Par ordre d’arrivée : Gladys Robert, Thomas Robert puis Thierry Robert. C’est le fils qui prend l’initiative de « tirer des meubles pour les mettre dehors », explique le responsable technique. Sa mère, la gestionnaire et les deux employés se joignent à lui dans un ballet incessant. « Thomas et Gladys étaient à l’intérieur quand nous sommes entrés à notre tour et que nous avons tout enlevé », confirme la gestionnaire. Tout en disant : « J’ai eu des ordres et j’ai suivi. »

Thomas Robert n’a « plus tous les éléments en tête »

Le coup de force des Robert se conclut quelques jours plus tard par un accord amiable aux contours flous dont on comprend qu’il arrange tout le monde à commencer par les auteurs de l’expulsion illégale. Dans une vidéo postée sur son Facebook, Thierry Robert se vante d’avoir signé « un protocole d’accord » avec la locataire, lui accordant même une remise sur sa dette. Surtout, il précise qu’elle a bien retiré sa plainte. Thomas Robert fait de même en prenant l’initiative de téléphoner aux gendarmes pour leur assurer que la clé de l’appartement et les effets de la locataire vont lui être restitués sous peu.

Les Robert ont vite compris qu’ils avaient dépassé les bornes dans cette affaire d’expulsion, risquant jusqu’à trois ans de prison et 75.000 euros d’amende pour s’être fait justice eux-mêmes. Alors, ils se sont empressés de faire du rétropédalage. Entendus par les gendarmes, ils ont eu de la peine à se remémorer les faits. Trois mois seulement se sont écoulés que, déjà, Thomas Robert avoue qu’il n’a « plus tous les éléments en tête ». Il fait l’impasse sur l’enlèvement de la porte pour vite enchaîner avec « l’agression physique de la part de la locataire envers la gestionnaire ». Et de conclure : « Cette violence, en plus des impayés, a conduit à l’enlèvement de ses affaires. »

« Je ne me souviens même pas être entré dedans »

Alors, les gendarmes lui rafraîchissent les idées, rappelant que la gestionnaire avait agi sur ordre à chaque fois. « Je n’ai pas tout en tête… », répète-t-il. Du bout des lèvres, il admet que « le fait de l’enlèvement est une possibilité. Par contre, les instructions, je ne me rappelle pas ». S’il reconnaît avoir été présent le 6 février « pour porter main forte et voir si tout allait bien », il a de nouveau la mémoire qui flanche quand il s’agit d’indiquer s’il est entré dans l’appartement.

Quand les gendarmes lui opposent le témoignage de ses salariés, Thomas Robert sous-entend qu’ils n’ont pas nécessairement dit la vérité. « Je pense que ça a dû être intimidant pour eux d’être questionnés… », suggère-t-il. Le militaire insiste : « Vous vous souvenez quand même avoir sorti quelques meubles de l’appartement ? » « Je ne me souviens même pas être entré dedans », prétend-t-il. Thomas Robert va jusqu’à douter d’avoir adressé la parole à la locataire ou assisté à la scène du déménagement. « Votre gestionnaire nous déclare qu’elle a reçu l’ordre via le groupe WhatsApp de rentrer et d’enlever les meubles… » lui opposent les gendarmes. « Cela remonte un peu donc je ne peux pas vous dire exactement ce qu’on s’est dit. »

Mémoire de poisson encore à l’évocation de la réunion préparatoire, la veille du déménagement. « C’est lointain et c’est une possibilité. » La présence de Thierry Robert à cette réunion semble un sujet délicat pour lui. « Généralement, il n’est pas là et je ne me souviens pas s’il était là. » Quand les gendarmes reviennent sur l’enlèvement de la porte d’entrée qui s’est étiré pendant deux semaines, Thomas Robert est embarrassé. Il précise que cela l’inquiétait « au plan humain ». Mais précise que « le contexte était qu’elle devait quitter le logement ».

« Je pense cependant que c’est mon fils Thomas Robert qui a décidé de cette expulsion »

Thomas Robert dit encore n’avoir « pas vraiment » conscience du caractère illégal de leur coup de force. Mais il n’a pas en mémoire qui était le donneur d’ordre. Invité à livrer son sentiment sur le fait que « la locataire est restée seule avec son enfant dans un appartement sans porte », il suggère sans ciller que « c’est pour ça que l’équipe passait régulièrement la voir et qu’elle est passée le 6 février pour qu’elle quitte les lieux ». « Vous reconnaissez donc que le but de l’enlèvement de la porte était d’inciter la locataire à quitter les lieux ? » « C’est une interprétation qu’on peut donner (..) mais les faits remontent et je n’ai plus tout en tête. »

Si Thomas Robert a globalement la mémoire qui flanche, son père semble carrément frappé d’amnésie. Ainsi, Thierry Robert ne sait « strictement rien sur les faits du 24 janvier 2025 ». Moins radical que sur les réseaux sociaux, il indique que « la politique de la société est d’abord de trouver des solutions en cas de litige entre nous et les locataires ». L’ex-député tombe des nues quant à la décision d’expulsion de la locataire. « Je n’ai pas eu cette information. » Mais à l'inverse, il a une petite idée de l’identité du donneur d’ordre.« Je pense cependant que c’est mon fils Thomas Robert qui a décidé de cette expulsion en tant que gérant de la société », charge-t-il.

Thierry Robert n’a « plus le souvenir d’avoir abordé ce sujet avec le personnel de l’entreprise »

Le gendarme tente tout de même de savoir s’il a été « informé ultérieurement qu’une porte avait été enlevée chez la locataire ». Décidément peu au fait de ce qui se passe dans la société contrairement aux apparences, Thierry Robert n’a « plus le souvenir d’avoir abordé ce sujet avec le personnel de l’entreprise ». Concernant le déménagement forcé du 6 février, il a tout de même en tête l’agression mentionnée par la gestionnaire. Il précise s’être rendu sur les lieux en tant qu’associé. Il reconnaît s’être quelque peu emporté. « Je me suis énervé car je ne trouvais pas ça normal que madame ne paye pas son loyer et qu’elle ose pousser un meuble sur une employée de l’entreprise. »

« Cela démontre notre humanité et la volonté de toujours trouver des solutions à l’amiable »

S’il prend soin de se tenir à l’écart de la procédure d’expulsion, Thierry Robert endosse volontiers le costume du bon samaritain. Le 10 février, il est entré en relation avec le garant de la locataire qui a réglé une partie de l’ardoise tandis que l’entreprise a également pris en charge une partie des loyers impayés. « Cela démontre notre humanité et la volonté de toujours trouver des solutions à l’amiable. » Et de conclure : « Devant ce battage médiatique et sachant que je suis un homme public, je suis intervenu en tant qu’associé pour démêler le problème. »

« Il est entré dans la société volontairement pour m’espionner dans ma vie professionnelle… »

Thierry Robert livre une explication bien à lui pour balayer d’un revers de main le témoignage accablant du responsable technique de sa société. « J’ai appris par ses posts sur les réseaux sociaux qu’il était un farouche opposant à ma personne. Il est entré dans la société volontairement pour m’espionner dans ma vie professionnelle afin de me nuire par la suite. » Il réfute donc avoir demandé à son fils ou aux employés d’enlever la porte pour faire pression sur la locataire. Et ce, en dépit du fameux message WhatsApp rapporté par sa gestionnaire.

Confronté à la copie du message incriminant, Thierry Robert dit l’avoir « complètement oublié ». Finalement, il s’agissait « d’une proposition adressée à mon fils gérant, majoritaire de la société ». Faut-il plutôt y voir une directive d’un associé minoritaire ? « Ça peut sembler être le cas… », admet-il. Ne serait-il pas le véritable donneur d’ordre ? Thierry Robert fait cette réponse formidable : « Non car ils étaient tous plus volontaires que moi car leurs salaires sont en jeu et qu’il y avait tellement d’impayés que la société était en difficulté… »

Etiquettes : Justice | Thierry Robert

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