Pierrot Dupuy : des élections municipales à hauts risques pour Huguette Bello

Le premier tour des élections municipales doit se dérouler dimanche 15 mars, dans trois jours. Tout le monde y va de son pronostic. A part deux ou trois communes où l’élection est déjà pliée avant même d’avoir commencée, je pense notamment à Saint-Denis et Saint-Joseph où les maires sortants sont certains de repasser, voire même au premier tour, bien malin qui peut dire avec certitude qui va l’emporter dans les autres communes.
Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, il y avait quelque chose que je détestais en maths au lycée, c’était les équations à une inconnue. Dans ces élections, il n’y a pas une inconnue mais plusieurs, qui chacune vient complexifier la problématique.
Une des élections qui sera le plus scrutée dimanche soir sera incontestablement Saint-Paul. Tous les jours je reçois des appels ou des messages de Saint-Paulois qui me demandent qui selon moi va l’emporter. Et chacun y va de son pronostic.
Pourtant, je le répète, oser donner le nom d’un vainqueur serait aussi fiable que de lire le résultat dans le marc de café. Surtout que ces pronostiqueurs du dimanche ne pensent généralement qu’en termes de premier tour, alors que c’est probablement ce qui va se passer durant les 48 heures qui vont suivre le scrutin qui va être déterminant pour le résultat final.
Une histoire de voix
Revenons à nos inconnues. Nous allons les résumer par une série de questions.
- Qui va arriver en tête dimanche et avec quel écart ? Vous l’avez compris, le résultat sera totalement différent selon que Melchior ou Séraphin arrivera en tête. Mais ce n’est pas tout, quel sera l’écart ?
Si un des deux candidats arrive largement en tête au premier tour, son adversaire aura beaucoup de mal à remonter l’écart une semaine plus tard.
On sait que le président du Département peut compter, théoriquement, sur un report des voix (dans l’hypothèse où il ne se maintiendrait pas) des électeurs de Didier Robert qui fondamentalement, sont plutôt de droite.
Alors que le maire sortant lui, ne peut compter que sur très peu de solutions de reports de voix...
Le score de Didier Robert
- Quel score va faire Didier Robert ? Les spécialistes du terrain le voient autour de 10%. Qu’il soit au dessus ou au dessous de ce seuil fatidique peut tout changer pour le résultat du 22 mars.
S’il fait plus de 10%, il pourra se maintenir au second tour et disposera d’un levier important de négociation avec Cyrille Melchior. Mais si ce dernier persiste dans son positionnement de ne pas négocier avec l’ancien président de Région, Didier Robert pourrait être tenté de se maintenir et donc de faire battre le président du Département.
A l’inverse, s’il fait moins de 10%, le champ serait libre pour Cyrille Melchior qui pourrait alors plus sereinement envisager la victoire.
- Cette question du positionnement de Didier Robert nous amène à nous poser la question sur les raisons qui l’ont poussé à se présenter. Dès le départ, il était évident pour tous les experts politiques qu’il n’avait aucune chance d’être élu. Et pourtant, malgré cela, il s’est entêté. Pour quelle raison ?
A l’écouter, ce serait parce que Cyrille Melchior aurait refusé, comme il le lui avait demandé, de lui laisser la tête de liste. Un peu plus tard dans la négociation, ses exigences avaient un peu changé : d’accord pour Cyrille Melchior tête de liste, mais il exigeait en contrepartie la présidence du Territoire de l’Ouest.
Le "deal"
En vertu de quoi ? Il a d’abord résidé au Tampon dont il a d’ailleurs été maire, puis à Saint-Denis, ce qui lui a d’ailleurs valu un procès dont on connaitra le verdict dans quelque temps et où il risque une peine d’inéligibilité. Son seul attachement avec Saint-Paul réside dans le poste de directeur de cabinet qu’il a occupé sous la mandature... d’Alain Bénard, entre 2000 et 2005. Tout en notant qu’à partir de 2001, il était en même temps adjoint au maire du... Tampon. Ce qui signifie qu’au mieux, il était directeur de cabinet à temps partiel.
Cet entêtement incompréhensible donne du corps aux rumeurs qui circulent actuellement à Saint-Paul sur un « deal » entre Didier Robert et Huguette Bello.
« Je ne transmets pas à la procureure de la République les dossiers que j’ai trouvés dans les placards de la Région à mon arrivée et en échange, tu m’aides à faire battre Cyrille Melchior et à conserver Saint-Paul », aurait-elle dit.
Une hypothèse en apparence folle mais mon père avait l’habitude de le répéter : « Quand tu as plusieurs hypothèses dont une en apparence folle, que tu as au fur et à mesure éliminé toutes les autres et qu’il ne te reste plus que la folle, alors c’est la folle qui est la bonne »...
D’autres élections s’annoncent également très serrées : Saint-Pierre, Le Tampon, pour ne citer que ces deux-là.
Mais si on prend un peu de hauteur, on s’aperçoit que le scrutin de dimanche s’annonce particulièrement périlleux pour les deux têtes de nos principaux exécutifs, à savoir le Département et la Région.
Si Cyrille Melchior perd le dimanche 22 mars à Saint-Paul, sa position sera grandement fragilisée au Département.
Et ses poulains ?
Mais c’est Huguette Bello qui risque le plus gros. Faisons un rapide tour d’horizon des principales communes.
Alors qu’elle dispose des fabuleux moyens de la Région en termes d’emplois dans les lycées et de subventions aux associations avec une forte capacité d’embauches dans les espaces verts par exemple, son poulain, Jean-Hugues Ratenon, a peu de chances de l’emporter à Saint-Benoît.
A Saint-André, Joe Bédier semble en difficulté et bien malin celui qui peut dire s’il sera réélu ou pas. À Sainte-Suzanne, le député chanteur Frédéric Maillot a vu ses chances décliner et beaucoup le voient arriver en 3ème position.
À Sainte-Marie, Céline Citouze que beaucoup voyaient vainqueur il y a deux ou trois mois, a aussi vu son aura pâlir avec le temps et on s’acheminerait selon les bruits de terrain vers un duel Nirlo/Lagourgue avec au mieux une triangulaire.
Ne parlons pas de Saint-Denis où la seule question qui vaille est de savoir si Ericka Bareigts, sa grande concurrente pour le leadership à Gauche et pour la présidence de la Région en mars 2028, sera élue ou pas dès le premier tour.
Au Port, c’est Olivier Hoareau qui devrait devancer son poulain Yves Langenier. On a déjà évoqué les interrogations concernant Saint-Paul. Saint-Pierre et Le Tampon pourraient également lui échapper...
Au final, ces élections du 15 et du 22 mars s’annoncent à hauts risques pour la présidente de Région...


